Le nombre d’habitants en France pourrait atteindre son maximum en 2037 avant de reculer jusqu’à 65,9 millions en 2070, selon l’Insee. Cette trajectoire ne repose pas seulement sur une population moins nombreuse : elle traduit surtout une recomposition profonde entre générations, avec moins de jeunes, davantage de seniors et un solde naturel durablement négatif
Le recul des naissances en France change l’équilibre démographique
La France n’est pas encore entrée dans une baisse de population. Au 1er janvier 2026, elle comptait 69,1 millions d’habitants, d’après l’Institut national d’études démographiques (Ined). La population a même encore progressé en 2025. Mais cette hausse s’est produite dans un contexte inédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : le solde naturel est devenu négatif, avec davantage de décès que de naissances.
L’Ined souligne que le solde naturel, c’est-à-dire la différence entre naissances et décès, est passé de +205.000 personnes en 2015 à -6.000 en 2025. La bascule est modeste en volume, mais majeure dans sa signification. Pendant des décennies, la population française a augmenté grâce à l’excédent des naissances sur les décès. Cette mécanique ne joue plus avec la même force.
Les données annuelles éclairent ce retournement. Selon l’Ined, la France a enregistré 651.000 décès en 2025, soit 1,2% de plus qu’en 2024. Cette hausse tient en grande partie à l’arrivée progressive des générations nombreuses du baby-boom aux âges de forte mortalité.
La baisse des naissances pèse en parallèle. L’Insee retient dans son scénario central une fécondité stabilisée à 1,45 enfant par femme à partir de 2028. Ce niveau, nettement inférieur aux hypothèses utilisées dans les projections précédentes, réduit mécaniquement le nombre de générations futures et modifie l’ensemble de la pyramide des âges.
Moins d’habitants en 2070, mais surtout moins de jeunes
Le scénario central de l’Insee projette 65,9 millions d’habitants en France en 2070, contre 69,1 millions en 2026. Avant cette décrue, la population continuerait toutefois de croître jusqu’à un sommet de 69,8 millions d’habitants en 2037.
La phrase clé des projections tient au moment où le solde migratoire ne suffit plus à équilibrer le déficit naturel. L’Insee écrit : « À partir de l’année 2037, le solde migratoire ne compenserait plus le déficit naturel. »
Le chiffre global de population peut pourtant donner une image incomplète. La transformation la plus lourde concerne les moins de 45 ans. D’ici 2070, leur nombre diminuerait de 8,9 millions. Les moins de 20 ans reculeraient de 4,8 millions, tandis que les 20-44 ans diminueraient de 4,1 millions.
Cette évolution aurait des conséquences directes sur l’école, l’enseignement supérieur, le marché du travail, la consommation, l’immobilier familial et les finances sociales. Une France un peu moins peuplée peut s’adapter. Une France avec beaucoup moins de jeunes et beaucoup plus de personnes âgées doit repenser plus largement ses équilibres économiques.
Les plus de 65 ans deviendraient un tiers de la population
À l’autre bout de la pyramide, la tendance est inverse. Selon l’Insee, les personnes âgées de 65 ans ou plus passeraient de 15,3 millions en 2026 à 21,1 millions en 2070. Leur part dans la population atteindrait alors 32%, contre 22% en 2026.
La progression serait encore plus marquée après 80 ans. L’Insee précise : « il y aurait ainsi près de 9 millions de personnes de 80 ans ou plus en 2070, contre 4,3 millions en 2026. »
Le nombre de centenaires donne une autre mesure de ce vieillissement. Dans le scénario central, il pourrait être multiplié par quatre d’ici 2070. La France compterait alors environ 160.000 centenaires, contre 37.000 en 2026.
Cette évolution pèsera sur les dépenses de santé, les besoins d’aide à domicile, les établissements médico-sociaux et les politiques de logement. Elle renforcera aussi la question du financement des retraites. L’Insee projette 62 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans en 2070, contre 40 pour 100 en 2026.
Les migrations deviennent une variable centrale
La population française ne dépendra plus seulement du nombre de naissances. Le solde migratoire devient une variable décisive dans les projections. Dans son scénario central, l’Insee retient +150.000 personnes par an. Mais selon les hypothèses, le calendrier de la baisse change fortement.
Avec un solde migratoire de +70.000 personnes par an, le nombre d’habitants commencerait à diminuer dès 2028. Avec +230.000 personnes par an, la baisse serait repoussée à 2053. La démographie française se joue donc désormais dans un équilibre plus fragile entre fécondité, mortalité et migrations.
L’Ined observe déjà ce phénomène à l’échelle européenne. En France, comme dans plusieurs pays voisins, l’excédent migratoire permet encore de compenser un solde naturel devenu négatif ou très affaibli. L’institut résume la situation française de 2025 : « Le solde naturel, différence entre le nombre de naissances et de décès, est négatif pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale. »
L’Insee insiste cependant sur le caractère conditionnel de ses projections. Il ne s’agit pas d’une certitude démographique, mais d’un scénario fondé sur les tendances récentes. L’institut écrit ainsi : « Le vieillissement de la population est certain, mais la décrue de la population totale n’est que probable. »
Les scénarios alternatifs montrent l’ampleur des écarts possibles. En 2070, la France pourrait compter entre 61 et 71 millions d’habitants selon les hypothèses de fécondité ou de solde migratoire. L’incertitude porte donc sur le volume total de population. Elle est beaucoup plus faible sur le vieillissement, déjà inscrit dans la structure actuelle des générations.

