C’est officiel : les patrons hurlent. Ils hurlent dans les colonnes, sur les plateaux, dans les salons. Ils protestent, ils fulminent, ils osent se plaindre du climat fiscal. Eh bien tant mieux ! Qu’ils partent, ces ingrats ! Qu’ils s’envolent vers les cieux fiscaux, on n’a pas besoin d’eux ! Nous avons nos fonctionnaires, solides et constants, piliers de la République, qui tiendront la France debout pendant que les entrepreneurs iront jouer les égoïstes à l’étranger. Et puis, s’ils s’en vont, c’est bien la preuve qu’ils n’étaient pas de bons citoyens. S’ils veulent fuir, c’est qu’ils sont coupables ; leur départ valide notre vertu.
Après tout, à quoi servent ces patrons ? À créer des emplois ? À prendre des risques ? À payer des salaires ? À générer de la valeur ? Franchement, quelle idée rétrograde. Créer de la valeur, c’est so XIXᵉ siècle. Aujourd’hui, la vraie noblesse, c’est de redistribuer, pas de produire. Les Insoumis l’ont bien compris : les patrons sont méchants par essence, car ils volent la valeur ajoutée créée par les ouvriers. Ils volent, exploitent, siphonnent. Leur départ n’est pas une perte : c’est une purification. Et pour ceux qui s’enfuient, pas de pitié. Inutile d’inventer un impôt posthume : on saisira leurs biens, pardi ! Villas, comptes, yachts, souvenirs de vacances : tout y passera. Après tout, la solidarité nationale commence par la confiscation. Mais sinon, il y a mieux. Sinon il y une solution élégante : un impôt international. Oui, un impôt mondial pour tous les ressortissants français, où qu’ils se cachent. Les citoyens sont redevables à vie de ce que leur a apporté leur pays. D’autres l’ont bien fait : les Américains, par exemple, avec leur fiscalité extraterritoriale, et même, pour les plus nostalgiques du contrôle total, la RDA, où l’on considérait que partir était une trahison, puisqu’on avait été formé par la nation. Là-bas, on ne quittait pas le pays impunément : on appartenait à l’État, corps et âme. Eh bien, nous y reviendrons, avec élégance et administration numérique. Après tout, chaque citoyen a coûté de l’argent à la République ; il lui est donc redevable à vie. Et encore heureux qu’on le laisse sortir, pourvu qu’il continue à payer.
Et puis il y a l’impôt sur la fortune. Il faut que les riches expient. Le RN, LFI et le MoDem, le triumvirat des fiscalistes ont trouvé un terrain d’entente sur taxer le fameux « taxer les riches ». Les premiers, parce qu’ils pensent que ça fait plaisir à leur électorat mais peu importe que ça abime l’économie du moment qu’on arrive au pouvoir ; les seconds, parce que les patrons sont par essence des voleurs de valeur ajoutée ; et les troisièmes, parce qu’ils adorent les demi-mesures moralisantes, ni de gauche, ni de droite, mais bien au contraire au centre de la paperasserie. Ensemble, ils veulent un impôt bien symbolique. Peu importe que celui-ci ne rapporte rien du moment qu’il fait mal à ces salauds de nantis. On ne compte plus les recettes, on mesure la douleur vertueuse. Le fisc n’est plus un instrument budgétaire, c’est un instrument de purification nationale. L’assiette fiscale devient cathartique : “Tu gagnes, donc tu nous dois.”
Et si l’économie s’effondre ? Si les investissements s’en vont ? Si les emplois disparaissent ? Peu importe. On créera un Haut-Comité de la Résilience Morale. On fera des colloques, des débats, des hashtags sur “la croissance éthique sans croissance”. On publiera des rapports expliquant que la pauvreté partagée, c’est la justice accomplie. Et si ça tourne mal, la BCE imprimera du bonheur collectif ; il suffira d’y croire. Alors oui, patrons, partez ! Allez créer ailleurs, et laissez-nous entre nous, apaisés, débarrassés de votre arrogance créative. Vous laisserez derrière vous une France purifiée : sans croissance mais pleine de principes, sans entreprises mais pleine de fonctionnaires, sans profits mais pleine de morale. Plus de riches, plus de disparités. Un monde juste où tout le monde est pauvre ;
Et quand il n’y aura plus un seul patron, nous aurons enfin la paix des consciences : des usines transformées en maisons du débat citoyen, des bureaux en ateliers de pensée participative, et des dividendes en confettis administratifs. Tout sera pur, tout sera plat, tout sera égal. Vive la révolution fiscale et bon courage pour fabriquer des yaourts sans capitalistes.



