Le vingtième baromètre Ipsos pour le Secours populaire révèle une aggravation brutale de la pauvreté en France : 40 % des actifs estiment que leur travail ne couvre plus leurs dépenses, 37 % ne peuvent plus se nourrir correctement, et près d’un Français sur trois a sauté un repas par manque d’argent. La France décroche par rapport à ses voisins européens, avec des indicateurs de précarité supérieurs de près de dix points à ceux de l’Allemagne ou de l’Italie.
Un tiers des Français renonce à se nourrir correctement
Le dernier baromètre Ipsos pour le Secours populaire, publié le 10 septembre 2026, révèle une situation préoccupante : 37 % des Français ne peuvent plus s’offrir une alimentation saine permettant trois repas quotidiens, soit une augmentation de 4 points par rapport à l’année précédente. Pour les ménages gagnant jusqu’au SMIC, cette proportion atteint 58 %, mettant en danger leur santé et bien-être.
De plus, 29 % des Français ont déjà sauté un repas malgré la faim, dont 11 % au cours des six mois précédant l’enquête. Un phénomène autrefois rare, mais désormais courant pour des millions de personnes. Le problème ne se limite plus à la qualité de l’alimentation, mais s’étend à sa quantité.
« Nous rencontrons régulièrement des familles qui, à partir du 20 du mois, n’ont plus d’argent pour le carburant nécessaire au travail et doivent refuser des achats à leurs enfants », explique Houria Tareb, secrétaire nationale du Secours populaire en charge de la solidarité en France. Les bénévoles constatent quotidiennement l’impuissance des familles face à des budgets insuffisants pour vivre dignement.
Quand le travail ne suffit plus à couvrir les dépenses essentielles
Quarante pour cent des actifs français estiment que leur emploi ne leur permet plus de couvrir toutes leurs dépenses, soit une augmentation de dix points en un an. Cela remet en question l’idée même que le travail garantit une vie décente.
« C’est probablement l’indicateur le plus significatif. Il reflète ce que vivent les bénévoles au quotidien : les personnes accueillies gèrent au mieux leur budget, mais ne gagnent pas assez pour vivre dignement », insiste Houria Tareb. La hausse continue des prix de l’énergie, combinée à la réduction des budgets sociaux, crée une spirale où les revenus, même ceux issus du travail, ne suffisent plus face à l’inflation réelle.
Conséquence directe : 18 % des Français sont désormais à découvert, soit trois points de plus qu’en 2025. Coincés entre des revenus bas et des dépenses incompressibles, ils vivent constamment à découvert, sans marge pour faire face aux imprévus. En Europe, un tiers des habitants ne disposent pas de revenus suffisants pour couvrir leurs dépenses, mais la situation française se dégrade plus rapidement.
L’énergie, nouveau marqueur du déclassement social
Plus d’un quart des Français (26 %) ont dû renoncer à des dépenses essentielles au cours de l’année écoulée pour payer leurs factures d’énergie. Cela illustre des choix impossibles : se chauffer ou se nourrir, éclairer son logement ou payer le carburant pour aller travailler. La précarité énergétique est devenue une composante structurelle de la pauvreté en France.
De plus, 28 % des Français ont dû abandonner des dépenses vitales pour payer leur carburant, et 53 % ont volontairement réduit la température de leur logement à moins de 18 degrés l’année dernière. Ces mesures de survie économique affectent directement la santé, notamment celle des enfants et des personnes âgées.
L’énergie est devenue le principal indicateur du déclassement social depuis la crise des Gilets jaunes. Sept Français sur dix (73 %) déclarent avoir moins accès à une énergie bon marché que leurs parents. Plus inquiétant encore, 80 % anticipent une dégradation continue pour les générations futures, témoignant d’un désespoir face à un avenir perçu comme inéluctablement plus difficile.
Un effondrement du niveau de vie qui touche tous les aspects du quotidien
Au-delà de l’alimentation et de l’énergie, les conditions de vie se détériorent globalement. Près d’un Français sur deux ne peut plus payer les frais de carburant ou les abonnements aux transports en commun (46 %), soit une envolée de douze points en un an. Le logement absorbe une part croissante des budgets : 33 % des Français peinent à payer leur loyer, leur emprunt immobilier ou les charges, une hausse de cinq points.
Pour les ménages aux revenus inférieurs à 1 400 euros, la situation est critique, avec des écarts de 17 à 20 points pour le transport et le logement.
La France décroche par rapport à ses voisins européens
La sévérité des privations en France est frappante comparée aux autres pays d’Europe occidentale. « Plus d’une personne sur deux a récemment connu une privation en raison de sa situation financière, un chiffre supérieur à celui des autres pays d’Europe de l’Ouest », analyse Pierre Latrille, directeur d’études chez Ipsos. Un écart de près de dix points par rapport à l’Italie ou à l’Allemagne.
Les renoncements aux loisirs familiaux touchent 48 % des Allemands et 59 % des Italiens et Britanniques, mais 73 % des Français. L’incapacité à répondre aux besoins essentiels des enfants concerne 11 % des Britanniques, 12 % des Allemands, 13 % des Italiens, mais près d’un quart des Français (23 %). Plus de la moitié des Français ont récemment subi une privation faute de moyens, contre environ 40 % de la population en Allemagne et au Royaume-Uni.


