Plus de la moitié des dégâts des catastrophes naturelles ne sera pas remboursée

Les catastrophes naturelles ont généré 100 milliards de dollars de pertes économiques au premier semestre 2026, selon les estimations publiées mardi par le réassureur Swiss Re.

Publié le
Lecture : 3 min
Les catastrophes naturelles ont coûté 250 milliards de dollars en 2021
Plus de la moitié des dégâts des catastrophes naturelles ne sera pas remboursée © journaldeleconomie.fr

Les catastrophes naturelles ont causé 100 milliards de dollars de pertes économiques au premier semestre 2026, mais seuls 42% seront remboursés par les assureurs selon Swiss Re. Plus de la moitié des dégâts reste à la charge des victimes, illustrant le fossé mondial de protection face aux risques climatiques croissants.

Un taux de couverture qui masque une fracture mondiale

Les catastrophes naturelles ont généré 100 milliards de dollars de pertes économiques au premier semestre 2026, selon les estimations publiées mardi par le réassureur Swiss Re. Le montant marque un recul de plus d’un tiers par rapport aux 152 milliards enregistrés sur la même période en 2025, et se situe 10 % en dessous de la moyenne décennale. Pourtant, derrière ces chiffres en apparence rassurants se cache une réalité plus inquiétante : seuls 42 milliards de dollars, soit 42 % des dégâts, seront effectivement pris en charge par les assureurs. Plus de la moitié des pertes reste donc à la charge des particuliers, des entreprises et des États, révélant l’ampleur du fossé de protection à l’échelle planétaire.

La facture pour les assureurs atteint ainsi son niveau le plus bas depuis le premier semestre 2020, comme le souligne Artemis, spécialiste de la réassurance. Un résultat qui s’explique moins par une diminution objective des risques que par la géographie des sinistres. Les tempêtes convectives sévères, qui représentent à elles seules 28 milliards de dollars d’indemnisations, ont certes frappé les États-Unis avec une intensité supérieure à la normale, mais relativement peu d’événements majeurs ont touché le Texas, les Grandes Plaines du Sud ou le Sud-Est, régions où la concentration d’actifs assurés génère habituellement les factures les plus lourdes.

Le séisme vénézuélien illustre la fracture de la couverture assurantielle

L’exemple du Venezuela illustre de manière saisissante la fracture mondiale en matière de protection. La séquence de tremblements de terre qui a secoué le pays a causé environ 20 milliards de dollars de dégâts économiques, soit un cinquième du total mondial du semestre. Pourtant, selon Swiss Re, seule une fraction minime sera indemnisée par les assureurs, en raison du très faible taux de pénétration de l’assurance dans le pays. Le réassureur précise d’ailleurs qu’il ne dispose pas encore d’estimation fiable des montants qui seront effectivement pris en charge.

Le taux de couverture global de 42 % observé au premier semestre 2026 dépasse certes la moyenne trentenaire de 33 %, mais l’écart ne traduit aucune amélioration structurelle. Il reflète simplement la concentration géographique des sinistres dans des marchés fortement assurés, où les particuliers et les entreprises bénéficient de systèmes de protection développés. À l’inverse, dans les pays en développement, l’absence de couverture transforme chaque catastrophe naturelle en choc économique et social durable.

Les incendies de forêt, péril à croissance exponentielle

Si le premier semestre apparaît relativement clément dans les statistiques globales, Swiss Re tire la sonnette d’alarme sur l’accélération d’un risque particulier : les feux de forêt. Balz Grollimund, responsable de la couverture des catastrophes naturelles chez Swiss Re, avertit qu’« un premier semestre moins coûteux ne signifie pas que le risque a disparu. Un ouragan, un tremblement de terre ou un incendie de forêt majeur peut rapidement changer la donne. »

L’Europe illustre parfaitement la tendance préoccupante. Le continent connaît désormais 64 % de journées chaudes supplémentaires, définies comme des journées où la température maximale atteint ou dépasse 30 °C, par rapport aux années 1950. En juin 2026, des records de chaleur combinés à une sécheresse persistante ont créé des conditions propices aux incendies dans l’ouest et le sud du continent. La France et l’Espagne ont été frappées par des feux majeurs en juillet, détruisant des milliers d’habitations, d’entreprises et d’infrastructures.

Selon les recherches de Swiss Re Institute, les pertes assurées liées aux feux de forêt en Europe ont progressé de 8 % à 11 % par an en termes réels depuis 1970, faisant de ce péril le risque météorologique à la croissance la plus rapide au niveau mondial. « Les récents incendies de forêt en Europe montrent que des conditions plus chaudes et plus sèches rendent les grands incendies de forêt plus probables », souligne Balz Grollimund. Des facteurs aggravants s’ajoutent au réchauffement climatique : l’abandon des terres agricoles et la dépopulation rurale ont favorisé l’expansion du couvert forestier et l’accumulation de végétation sèche, augmentant la charge de combustible et rendant les paysages plus inflammables.

Le second semestre concentre historiquement 58 % des sinistres annuels

La prudence affichée par Swiss Re pour les six prochains mois s’appuie sur des données historiques solides. En moyenne, 58 % de la facture annuelle des assureurs pour les catastrophes naturelles se concentre au second semestre, principalement en raison des ouragans dans l’Atlantique Nord. Un seul événement majeur suffit à faire basculer le bilan annuel dans le rouge.

Les conditions El Niño, qui ont débuté en juin et devraient atteindre leur pic plus tard dans l’année avec une probabilité de persistance de 97 % jusqu’au début 2027, modifient la répartition géographique des risques sans pour autant les éliminer. Contrairement à une idée reçue, El Niño ne supprime pas le danger d’ouragans frappant les côtes américaines : depuis 1950, 22 % des ouragans ayant touché terre aux États-Unis se sont produits durant des années El Niño. Le phénomène peut également intensifier l’activité cyclonique dans le Pacifique central et oriental, tout en modifiant les risques d’inondations, d’incendies et d’autres extrêmes climatiques ailleurs sur le globe.

Laisser un commentaire

Share to...