Vacances au Portugal : quels recours juridiques en cas de bagages perdus ou retardés ?

Grèves à répétition, valises abandonnées, files interminables… Depuis la fin juillet, les aéroports portugais connaissent un chaos logistique sans précédent. Si les voyageurs sont nombreux à subir retards et pertes de bagages au Portugal, peu savent qu’ils disposent de droits solides pour se faire indemniser. À condition de suivre la bonne procédure, et dans les délais. Explications.

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Vacances au Portugal : quels recours juridiques en cas de bagages perdus ou retardés ?
Vacances au Portugal : quels recours juridiques en cas de bagages perdus ou retardés ? | journaldeleconomie.fr

Depuis la fin juillet 2025, les aéroports portugais sont paralysés chaque week-end par une série de grèves qui touchent les services de manutention au sol. Résultat : des milliers de voyageurs, notamment européens, se retrouvent à destination sans bagages, parfois pour plusieurs jours. Si ce désordre logistique frappe de plein fouet le secteur touristique en haute saison, il soulève également une question cruciale : quels sont les droits concrets des passagers dans un tel contexte ?


Alors que la complexité administrative décourage souvent les réclamations, des dispositifs juridiques précis existent pour obtenir remboursement et indemnisation, même en période de grève. Décryptage d’un arsenal juridique encore trop méconnu des voyageurs.

Portugal : une grève persistante qui paralyse les infrastructures

Selon The Portugal News, le personnel de SPdH/Menzies Aviation mène un mouvement de grève massif dans les principaux aéroports portugais : Lisbonne, Porto, Faro, Madère, Porto Santo et les Açores. En cause : salaires inférieurs au minimum légal, heures de nuit non rémunérées, et non-respect d’accords collectifs à la suite du rachat de Groundforce par Menzies Aviation.

Prévue chaque week-end d’août (du 8 au 11, du 15 au 18, du 22 au 25, et du 29 août au 1er septembre), cette grève plonge les infrastructures aéroportuaires dans une désorganisation chronique. L’accumulation de valises non traitées dans les terminaux transforme les halls en entrepôts improvisés, rendant toute traçabilité hasardeuse.

Quels droits pour les passagers face au chaos ?

Dans ce contexte, les voyageurs doivent distinguer deux types de recours possibles.

1. Pas d’indemnité pour les retards de vols dus à la grève

Le règlement européen CE 261/2004, qui prévoit une compensation financière en cas de vol annulé ou retardé, ne s’applique pas ici. Une grève externe à la compagnie aérienne (comme celle des prestataires au sol) est considérée comme une « circonstance extraordinaire », ce qui exonère l’aérien de toute indemnisation.

2. Mais une indemnisation possible pour les bagages perdus ou retardés

La Convention de Montréal s’impose ici comme le socle juridique principal. Selon son article 19, une compagnie aérienne est responsable des préjudices causés par le retard ou la perte de bagages, sauf si elle démontre avoir pris toutes les mesures raisonnables pour les éviter, ou qu’il lui était impossible de les prendre.

Concrètement, cela signifie que même en période de grève, un passager peut demander :

  • le remboursement des achats de première nécessité : vêtements, hygiène, médicaments ;
  • une indemnité pouvant atteindre jusqu’à 1 288 droits de tirage spéciaux (DTS), soit environ 1 920 € au taux actuel.
Il faut absolument remplir un formulaire PIR (Property Irregularity Report) dès l’arrivée à l’aéroport, même si les agents sont débordés.

Quelles démarches entreprendre ?

Anton Radchenko, avocat spécialisé en droit aérien et PDG d’AirAdvisor, insiste sur l’importance de suivre scrupuleusement les étapes suivantes :

« Il faut absolument remplir un formulaire PIR (Property Irregularity Report) dès l’arrivée à l’aéroport, même si les agents sont débordés. Sans ça, impossible d’ouvrir une réclamation. Et surtout, il faut garder tous les justificatifs : carte d’embarquement, étiquette bagage, reçus de dépenses… », souligne-t-il.

AirAdvisor propose un outil gratuit en ligne permettant de vérifier en quelques minutes si une indemnisation est possible selon le vol, la compagnie et l’itinéraire. Objectif : simplifier les démarches dans un contexte où la majorité des passagers renoncent à exercer leurs droits.

Un vide structurel dans l’architecture contractuelle

Au-delà de la gestion individuelle des litiges, cette crise révèle un point faible du modèle aérien européen : la dépendance accrue des compagnies à des prestataires sous-traitants, souvent fragiles sur le plan social et juridique. Les passagers, pris en étau entre la compagnie et les services au sol, peinent à identifier un interlocuteur responsable.

Pour les analystes du secteur, la multiplication de ces incidents pourrait conduire à une évolution des contrats entre compagnies et prestataires, intégrant des obligations de continuité de service, et à une modernisation du règlement européen CE 261, afin d’intégrer explicitement les conséquences indirectes des grèves dites « externes ».

Faire valoir ses droits, même dans le désordre

Si la crise aéroportuaire au Portugal met à l’épreuve la patience des voyageurs, elle constitue aussi un test pour la solidité juridique du secteur aérien. Bien que les compagnies puissent échapper à l’indemnisation des retards de vol, elles demeurent comptables des préjudices liés aux bagages, y compris dans un contexte social perturbé. Pour les passagers, saisir ces subtilités juridiques devient essentiel pour ne pas subir la double peine : celle du désordre… et du silence.

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