Le prix du tabac n’a jamais été aussi élevé. Entre objectifs de santé publique, inquiétudes des buralistes et hausse continue des tarifs, les fumeurs français se demandent jusqu’où ira la flambée.
Prix du tabac : la hausse qui inquiète tout le monde
Depuis 2017, le tarif du paquet de cigarettes a bondi d’environ six euros. En moyenne, il faut désormais débourser près de 13 euros pour un paquet. Cette augmentation s’inscrit dans la politique de lutte contre le tabagisme, fondée sur un principe clair : faire payer plus pour inciter à fumer moins.
Mais l’efficacité de cette stratégie se heurte à un paradoxe. Moins de ventes dans les circuits légaux, certes, mais davantage de contrebande. Les services des douanes estiment qu’en 2023, un paquet sur cinq échappait à la fiscalité française, soit plus de 4 milliards d’euros de pertes pour l’État, rapporte Le Monde du Tabac.
Pour les buralistes, ce modèle atteint sa limite : les hausses successives encouragent les achats à l’étranger et les réseaux illégaux, sans pour autant faire baisser le nombre total de fumeurs.
Les buralistes réclament une pause sur les prix du tabac
Face à cette situation, la Confédération nationale des buralistes a organisé lundi 17 novembre un rassemblement symbolique devant le Sénat. Une benne remplie de cartouches de cigarettes saisies a été déposée aux grilles du jardin du Luxembourg, un geste fort pour dénoncer la dérive du marché parallèle.
« Nous demandons un moratoire sur le prix du tabac », a déclaré Serdar Kaya, président de la CNB, dans des propos repris par BFM TV. Selon lui, la hausse constante alimente la contrebande, alors même que le gouvernement cherche à réduire la consommation.
Cette demande de moratoire intervient alors qu’un amendement visant à augmenter les prix de 10% par an jusqu’en 2032 – ce qui aurait porté le paquet à 25 euros – vient d’être rejeté à l’Assemblée nationale. Mais les buralistes craignent qu’une mesure similaire refasse surface au Sénat.
Les fumeurs cherchent des solutions, pas des sermons
Du côté des consommateurs, la lassitude s’installe. Entre hausse des prix, restrictions sur les quantités importées et durcissement des contrôles, fumer devient un luxe. D’après les douanes, la France reste le pays d’Europe où le paquet est le plus cher, bien devant la Belgique ou l’Espagne, où les prix moyens tournent autour de 6 à 7 euros.
Résultat : de nombreux fumeurs s’approvisionnent à la frontière ou via des réseaux parallèles, souvent sans mesurer les risques juridiques. Les buralistes, eux, estiment que la différence de prix « fait perdre plusieurs milliards d’euros à la collectivité » et « met en danger les 22.800 points de vente » du pays, peut-on lire dans les colonnes du Figaro.
Vers un équilibre entre santé publique et pouvoir d’achat ?
Si le gouvernement affirme avoir « pris conscience de la situation », il n’envisage pas pour l’instant de nouvelle hausse en dehors de l’inflation. Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, s’est même dite favorable à un retour à la règle d’une seule cartouche autorisée par personne lors d’un passage de frontière intra-européenne, contre quatre actuellement.
Les prochains mois seront décisifs. Car derrière la bataille des prix se joue une question plus large : comment concilier santé publique, équité fiscale et survie économique du réseau des buralistes ?



