Rachat de SFR : une guerre d’usure au détriment des usagers ?

Rien n’a bougé ou presque depuis que la première offre de Free-Orange-Bouygues a été déposée en octobre, le trio rechignant à ajuster son offre aux demandes de Patrick Drahi, lepatron d’Altice-SFR. Une guerre d’usure qui ne saurait s’éterniser, comme le rappellent avec insistance tant l’Autorité de la concurrence que les usagers, qui appellent à clôturer le rachat de SFR.

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Après la blitzkrieg, la guerre de tranchée ? Près de quatre mois se sont écoulés depuis le 14 octobre dernier, date à laquelle le consortium regroupant Orange, Illiad (Free) et Bouygues Telecom a proposé à Patrick Drahi 17 milliards d’euros pour racheter SFR, proposition immédiatement rejetée par le patron d’Altice. Contre-productive pour toutes les parties impliquées, cette attente prendra-t-elle bientôt fin ? Accréditant les rumeurs courant depuis plusieurs jours, le consortium a confirmé fin janvier « l’existence de discussions avec le groupe Altice en vue de l’acquisition potentielle d’une grande partie » des activités de SFR. Le triumvirat Orange-Free-Bouygues devrait rallonger son offre initiale de 3 milliards d’euros pour atteindre les 20 milliards, valorisant l’ensemble des activités télécoms d’Altice à hauteur de 23 milliards d’euros.

Cette offre pourrait toutefois n’être qu’un simple ballon d’essai. En restant sous le seuil des 23,6 milliards d’euros de valorisation, elle ne permettrait pas de lever le droit de veto des créanciers de Patrick Drahi dans la vente de ses actifs. Ce faisant, le trio présenterait donc délibérément une offre insuffisante en anticipant un refus ou en pariant sur la lassitude des actionnaires pour faire accepter un prix « bradé » – une stratégie en rupture avec la volonté pressante de consolidation du secteur des télécoms affichée par le consortium pour justifier son offre en octobre dernier.

Pourquoi cette offre arrive-t-elle maintenant ? Parce qu’au cours de ces semaines d’attentisme, Drahi a fait monter la pression, fatigué d’attendre une offre qui n’arrivait pas, et serait prêt à se tourner vers une vente à la découpe des meilleurs actifs de SFR afin d’éponger une partie de la dette restante d’Altice (15,5 milliards d’euros). L’homme d’affaires pourrait en effet décider de se séparer de SFR Business ou de Netco (le réseau de fibre dans les grandes villes), pour lesquels il a reçu plusieurs offres d’intérêt. En 2025, il avait déjà cédé Intelcia, le leader marocain des centres d’appels, après avoir décuplé son chiffre d’affaires, et Infracos, une filiale de tours télécoms.

Le consortium semble donc, quant à lui, parier sur l’enlisement pour parvenir à casser les prix. Les trois opérateurs et alliés de circonstance tablent sur un affaissement des résultats de l’opérateur au carré rouge, alors que les ventes d’Altice France ont reculé au terme du troisième trimestre 2025, de même que son résultat opérationnel. Si cette tendance devait se confirmer en 2026, le consortium prévient même : l’offre « ne sera pas la même dans un an ».

L’autorité de la concurrence siffle la fin de la récréation

Pour l’Autorité de la concurrence (ADLC), la vente de SFR sera, à n’en pas douter, « le » dossier chaud des mois à venir. Or le président de l’autorité antitrust, Benoît Coeuré, a tenu en ce début d’année à rappeler aux divers acteurs concernés que le processus « prendra forcément du temps, avec (…) une phase d’examen approfondie, qui (pourra) durer dix-huit mois ». Tout en jugeant « très improbable (que le dossier) puisse aboutir avant la fin de l’année 2026 », le patron de l’ADLC lance un avertissement clair : le pourrissement n’est pas une option.

Le coup de pression de Benoît Coeuré portera-t-il ses fruits ? Nul ne le sait, mais une chose semble acquise : toutes les parties en présence ont intérêt à boucler l’opération avant l’élection présidentielle de 2027, à défaut de quoi le processus de consolidation pourrait faire les frais d’une instrumentalisation politique potentiellement délétère. Un compte à rebours omniprésent dans l’esprit des acteurs et observateurs du dossier, selon lesquels les membres du consortium « ont dû recevoir des appels des analystes, journalistes et même de l’État pour savoir pourquoi cela prenait autant de temps ». S’ils veulent réellement conclure un deal, il va donc falloir trouver un terrain d’entente, et vite.

Les salariés et clients de SFR pris en étau

Et ce d’autant plus urgemment que cette valse-hésitation s’éternise au détriment tant des salariés que des clients de SFR. Du côté des syndicats maison, le peu d’empressement du consortium irrite, c’est le moins que l’on puisse dire : « sommes-nous des fruits et des légumes périssables que l’on balance une fois arrivés à maturité? », s’emporte dans les pages du Monde Olivier Lelong, délégué syndical CFDT. La CFE-CGC Télécoms n’a, quant à elle, pas de mots assez durs contre les directions d’Orange, Bouygues et Free qui n’ont, selon elle, pas « exprimé la moindre compassion pour les personnels de SFR ».

Ce malaise est perceptible jusque dans les points de vente de l’opérateur, où les vendeurs sont confrontés à un véritable interrogatoire de la part des clients : « vous avez des clients qui viennent en boutique pour nous demander quand nous allons fermer ». Intenable sur le long terme, l’attentisme du consortium risque donc de nourrir les inquiétudes quant aux réelles motivations des acheteurs déclarés : consolider le marché français pour accélérer les investissements dans la fibre et la 4G, ou augmenter leurs profits en tirant le prix de SFR à la baisse ?

1 réflexion au sujet de « Rachat de SFR : une guerre d’usure au détriment des usagers ? »

  1. Les clients seraient-ils considérés comme du bétail appartenant à SFR?
    Devenir sans le choisir client d’un des 3 opérateurs restant n’est pas acceptable.
    Je vais donc changer avant la vente.
    J’imagine le casse tête pour la box, les adresses mail SFR, et les cartes SIM!
    Le prochain à être racheté est lequel?

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