Ryan Wedding : de la neige olympique à l’empire de cocaïne

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Ryan Wedding : de la neige olympique à l’empire de cocaïne | journaldeleconomie.fr

Il y a vingt ans, son nom figurait sur les listes de départ des Jeux de Salt Lake City. Aujourd’hui, il trône sur l’affiche rouge et noire des « Ten Most Wanted » du FBI, avec une prime de 15 millions de dollars pour sa capture. Entre ces deux images, le parcours de Ryan James Wedding, enfant de Thunder Bay devenu prodige du snowboard puis patron présumé d’un réseau mondial de cocaïne, ressemble à un scénario qu’Hollywood aurait rejeté pour excès de fiction. 

D’une enfance paisible de grand sportif aux zones grises de la nuit

Né en 1981 dans une famille plongée dans le ski, grands-parents propriétaires de remontées mécaniques, oncle entraîneur d’équipe nationale, Wedding grandit littéralement au pied des télésièges. Adolescent, il brûle les étapes : premières victoires en course, entrée rapide dans l’équipe canadienne, médailles aux Mondiaux juniors de 1999 et 2001, puis sélection pour les Jeux olympiques d’hiver de 2002, où il participe au slalom géant parallèle pour le Canada. Après Salt Lake City, pourtant, il tourne le dos à la compétition de haut niveau.  Le virage se fait d’abord dans la zone grise. De retour en Colombie-Britannique, Wedding s’inscrit à l’université, fréquente les salles de musculation, travaille comme videur, tout en se lançant dans l’immobilier. Selon les dossiers de police et les enquêtes de presse au Canada, ses premiers investissements seraient financés par une gigantesque serre de cannabis, un entrepôt de plusieurs milliers de plants démantelé par la GRC en 2006. Aucun chef ne sera retenu contre lui à ce moment-là, mais le décor est planté : le sportif reconverti a découvert la rentabilité du marché de la drogue. 

Comment il devient un trafiquant international…qui se fait piéger par le FBI

En 2008, il franchit un seuil. Des récits fouillés publiés par des magazines nord-américains, croisés avec les jugements américains, racontent comment Wedding participe à un montage visant à faire entrer des kilos de cocaïne par la Californie pour les revendre au Canada. À San Diego, l’affaire est en réalité un piège tendu par le FBI : l’« acheteur » n’est autre qu’un informateur, la transaction est filmée, tout le monde tombe. En 2010, Wedding est condamné à plusieurs années de prison fédérale pour complot de trafic de cocaïne. C’est derrière les barreaux, dans un pénitencier texan à deux pas de la frontière mexicaine, que l’ancien athlète change véritablement de dimension. Les enquêteurs qui l’ont suivi décrivent un détenu froid, sûr de lui, qui profite de son incarcération pour nouer des liens avec des trafiquants mexicains de haut niveau. À sa libération puis son renvoi au Canada, en 2011, il ne revient plus comme petit joueur ambitieux, mais comme un professionnel entouré de contacts et de capitaux. Il s’installe à Montréal dans un confort sans rapport avec un revenu légal et commence, selon la police, à orchestrer des opérations de cocaïne à grande échelle entre les Caraïbes, les États-Unis et le Canada. 

Un parrain de la drogue

Les dossiers d’enquêtes canadiennes et américaines montrent ensuite un schéma qui se répète : fausses sociétés, bateaux ou camions servant au transport, complices recrutés dans le monde des affaires ou du transport routier, et, en toile de fond, l’ombre du cartel de Sinaloa. Dès le milieu des années 2010, Wedding est présenté comme un partenaire privilégié de l’organisation d’El Chapo, capable de faire monter vers le nord des cargaisons entières de cocaïne. Quand la police fédérale lance au Canada une vaste opération d’infiltration visant la filière Mexico–Canada, il disparaît juste avant les arrestations et, d’après les autorités, se met à l’abri au Mexique sous la protection du cartel. Depuis ce refuge supposé, l’ex-snowboarder devient, selon Washington, le patron d’un conglomérat criminel qui fonctionne comme une entreprise globale : la cocaïne part de Colombie, transite par le Mexique, est stockée dans des planques de la région de Los Angeles, puis remonte vers le Canada et d’autres villes nord-américaines cachée dans des semi-remorques ou des véhicules de transport. Les autorités parlent de dizaines de tonnes acheminées chaque année et de revenus dépassant le milliard de dollars, ce que recoupent à la fois les actes d’accusation, les communiqués du FBI et les estimations de la police canadienne. Autour de Wedding gravitent alors plusieurs cercles : un bras droit canadien basé au Mexique, des logisticiens spécialisés dans les camions longue distance, des tueurs à gages formés aux armes de guerre, des intermédiaires colombiens chargés de sécuriser l’approvisionnement, mais aussi un avocat réputé et un entrepreneur qui tente de lancer un site d’« infos gangsters » pour mettre en scène les règlements de comptes. D’après l’acte d’accusation et les longs portraits qui lui ont été consacrés, Wedding ne touche évidemment pas lui-même la marchandise ; il coordonne les flux, valide les contrats de transport, arbitre les conflits internes et décide, en dernier ressort, qui doit être payé… ou éliminé. 

Une organisation violente

À partir de 2023, la violence attribuée à son organisation bascule dans l’horreur pure : des meurtres commandités en Ontario, une famille prise pour cible par erreur, des exécutions de rivaux supposés ou de témoins potentiels. Les autorités américaines et canadiennes lui imputent plusieurs assassinats liés à ses activités de trafic, même s’il est, pour l’heure, poursuivi mais pas jugé sur ces faits. En 2024, il est inculpé aux États-Unis pour avoir dirigé une organisation criminelle transnationale et ordonné plusieurs homicides, puis, en mars 2025, son visage rejoint officiellement le mur des dix fugitifs les plus recherchés du FBI. Le 31 janvier 2025, la trajectoire déjà délirante de Ryan Wedding prend une tournure encore plus sidérante. Ce jour-là, à Medellín, un ancien membre de son réseau, devenu témoin clé dans une affaire fédérale, est abattu en plein centre commercial. Les enquêteurs américains affirment que Wedding, depuis son refuge mexicain, aurait offert une prime de plusieurs millions de dollars pour le faire disparaître et utilisé un site d’actualités « urbaines » pour diffuser sa photo et sa localisation, afin de faciliter le repérage par les tueurs. Un grand jury fédéral à Los Angeles vient de le mettre en examen pour ce meurtre, accusant l’ex-athlète d’avoir fait exécuter ce témoin pour protéger son empire de cocaïne et tenter de bloquer son extradition vers les États-Unis.  Aujourd’hui, selon le ministère de la Justice et le Trésor américain, l’organisation Wedding est toujours considérée comme opérationnelle, même si une série de coups de filet – regroupés sous le nom d’« Operation Giant Slalom » – a envoyé en prison une partie de ses relais au Canada, aux États-Unis et en Colombie. Les services américains décrivent un groupe basé en Amérique latine, arrimé au cartel de Sinaloa, mais dont les ramifications restent profondément ancrées en Amérique du Nord. Quant à Ryan Wedding lui-même, les autorités le disent toujours caché quelque part au Mexique ou dans un pays voisin, extrêmement dangereux, très riche et susceptible de se déplacer avec de faux papiers et une garde rapprochée lourdement armée. 

L’enfant des pistes de Thunder Bay n’a jamais décroché de médaille olympique. À la place, il est devenu le visage d’un nouveau type de parrain : un sportif blond aux allures de startupper, accusé d’avoir transformé la poudreuse des stations en poudre blanche de laboratoire, et les rêves de podium en cauchemar géopolitique pour les polices de trois continents. Officiellement, il reste présumé innocent tant qu’aucun tribunal ne l’aura condamné pour ces faits. Mais, pour les autorités qui le traquent, Ryan Wedding n’est plus un athlète déchu : c’est un patron de cartel qui a appris à dévaler la mondialisation comme une pente, en laissant derrière lui une trace de sang.

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