Taxe sur les holdings : une erreur économique et politique

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Assemblée Nationale | journaldeleconomie.fr

Présentée comme une mesure de justice fiscale, la taxe sur les holdings frappe ceux qui ont créé, investi et réussi. Derrière les discours d’équité, c’est la réussite que l’on taxe : celle d’entrepreneurs qui ont créé des richesses et des emplois.

Un signal désastreux pour ceux qui entreprennent

Les holdings sont des structures légales, créées dans le cadre fiscal défini par l’État. Pendant des décennies, elles ont permis d’organiser la croissance, de transmettre les entreprises et de réinvestir les bénéfices dans de nouveaux projets. Du jour au lendemain, le gouvernement change les règles du jeu et décide de taxer lourdement ces véhicules, pas tous, uniquement ceux qui appartiennent à ceux qui ont réussi, en gagnant plus de cinq millions d’euros. Cette décision envoie un signal catastrophique : on peut respecter la loi, créer des emplois, financer l’économie… et être puni pour cela. Elle crée une triple fracture : une incompréhension économique, un sentiment d’injustice et un risque politique majeur pour les partis libéraux, désormais perçus comme hostiles à ceux qui créent la richesse du pays.

L’exemple d’une absurdité économique

Un entrepreneur témoigne : « Cette nouvelle taxe est stupéfiante. Je ne suis pas sûr de pouvoir la payer, car je n’ai pas de cash pour ça. L’ensemble de mes investissements sont immobilisés. Si je me retrouve avec 450 000 euros de chiffre d’affaires et 400 000 euros de taxe à payer, car j’ai 20 millions à mon bilan, avec des investissements non liquides dans des start-up et du non coté, je ne peux plus payer mes salariés. » Son cas illustre la dérive de cette réforme : on taxe le stock, pas le flux. On impose des actifs immobilisés comme s’il s’agissait d’un revenu disponible. Certaines années, des cessions exceptionnelles peuvent gonfler artificiellement la base imposable, mais dans la réalité, la plupart des holdings dégagent des flux modestes, qu’elles réinvestissent pour soutenir d’autres projets. Cette logique aura plusieurs conséquences immédiates. D’abord, un désinvestissement forcé, car certaines structures devront vendre des actifs ou se verser des dividendes massifs simplement pour dégager de quoi payer. Ensuite, une fuite de capitaux, car les entrepreneurs qui se seront retrouvés piégés une fois placeront ensuite leur argent à l’étranger, dans des pays plus stables fiscalement et plus pro business. Enfin, un assèchement du financement productif, car ces holdings, souvent comparables à des fonds d’investissement familiaux, financent aujourd’hui les start-up, les PME et des ETI. À cela s’ajoute un affaiblissement de la souveraineté économique, car ces capitaux familiaux et enracinés, investis dans des entreprises françaises, seront remplacés progressivement par des fonds étrangers aux logiques de court terme. Et à terme, une dissuasion pour les générations à venir : tout créateur d’entreprise qui réalisera un “exit” important préférera structurer sa holding au Luxembourg ou à Genève plutôt qu’en France.

La fuite des talents et des capitaux

De plus en plus de jeunes entrepreneurs, ceux qui n’ont pas encore réussi, envisagent de s’installer à l’étranger. Luc, diplômé d’une grande école d’ingénieurs et encore étudiant, vient de créer un logiciel avec deux associés. Il explique : « Depuis qu’on parle de cette taxe sur les holdings, je me renseigne pour savoir si je peux créer ma structure au Luxembourg ou dans un autre pays. J’ai besoin de stabilité. On ne peut pas bâtir une entreprise quand les règles changent sans arrêt. » Luc n’est pas un cas isolé. Dans les écoles de commerce et d’ingénieurs, beaucoup de jeunes affirment qu’ils ne pourront pas construire leur avenir en France. Ils disent que le pays “déteste ceux qui réussissent”, et qu’ils ne veulent pas d’un système qui sanctionne l’ambition. La haine de l’entrepreneur qui a gagné plusieurs dizaines de millions finit par infuser ceux qui aspirent à cet objectif. Ce glissement culturel est peut-être le plus grave : un pays qui fait fuir ses créateurs de richesses fabrique son propre déclin. L’un des aspects les plus incompréhensibles du projet de taxe est que même des personnalités issues du camp libéral reprennent les poncifs de la gauche égalitariste. Ainsi, Amélie de Montchalin, pourtant diplômée d’HEC et donc en principe apte à comprendre ces mécanismes, a récemment affirmé que les holdings seraient un moyen de contourner l’impôt sur le revenu. C’est une contre-vérité totale. Ce type de déclaration montre à quel point certains responsables politiques sont déconnectés de la réalité économique.

Pour une réforme utile créatrice de valeur

Au-delà des clivages partisans, plusieurs pistes de réforme pourraient faire consensus. La question des holdings des entrepreneurs qui ont réussi n’est pas idéologique : elle touche à la cohérence économique et à la stabilité du pays. La gauche pourrait y voir un moyen de réhabiliter la figure de l’entrepreneur, ce citoyen qui crée de la valeur et de l’emploi par son travail, tout en restant fidèle à son objectif de taxer la rente et de corriger les situations d’injustice économique. La droite républicaine et le camp macroniste, eux, pourraient saisir cette occasion pour réaffirmer leur attachement au libéralisme économique, à la liberté d’entreprendre et à la stabilité du cadre fiscal. Quant au Rassemblement national, il pourrait soutenir l’idée d’un fléchage du capital national vers les entreprises françaises, au nom de la souveraineté économique. En réalité, ce sujet dépasse les frontières politiques : il s’agit de protéger la création, la production et la stabilité du capital français.

1. Distinguer clairement les types de holdings
Toutes les holdings ne sont pas des instruments de rente. Certaines sont au contraire des acteurs essentiels du dynamisme économique français. Les holdings animatrices gèrent plusieurs entreprises, assurent leur pilotage stratégique et garantissent leur stabilité financière. Les holdings investisseuses agissent comme des fonds d’investissement de long terme, soutenant start-up, PME et innovation. Les holdings familiales assurent la transmission d’entreprises souvent centenaires, préservant le capital français face aux fonds étrangers qui ont des visions de court terme et pas d’attachement à l’hexagone. Seules les holdings purement patrimoniales, sans salariés ni activité productive, pourraient relever d’une taxation spécifique. Ce ciblage restaurerait la logique initiale : taxer la rente, pas la production.

2. Créer un véritable statut d’entrepreneur
Reconnaître juridiquement et fiscalement la spécificité du parcours entrepreneurial serait un signal fort. L’argent provenant de la vente (“exit”) d’une société fondée ou rejointe dès l’année de sa création ne devrait pas être assimilé à un revenu patrimonial. C’est un capital de création, le fruit du risque et du travail, et non une rente. Exclure ces gains du champ de la taxe serait un message de confiance adressé à ceux qui entreprennent. Ce statut pourrait être défendu aussi bien par les libéraux que par une gauche réformiste : l’entrepreneur, dans sa définition la plus républicaine, incarne la promotion par l’effort et le mérite.

3. Flécher l’épargne vers les entreprises françaises
Garantir que le capital reste en France est une idée qui peut rassembler la droite souverainiste, le centre libéral et une partie de la gauche économique. Exclure de l’assiette de la taxe les investissements réalisés dans des entreprises françaises — petites, moyennes ou grandes, cotées comme non cotées — orienterait immédiatement les capitaux vers notre tissu productif. C’est une mesure de souveraineté et de bon sens économique : mieux vaut encourager l’investissement productif que chercher à “récupérer” un produit fiscal qui détruira l’assiette demain.

4. Préserver la base fiscale future et la stabilité
La création de valeur issue des entreprises remonte déjà dans les comptes publics via l’impôt sur les sociétés, les cotisations sociales et la fiscalité sur les dividendes. En décourageant l’investissement productif, on sape la base fiscale future. La justice fiscale consiste à élargir l’assiette par la croissance, non à la réduire par la pénalisation. Si une contribution devait subsister, elle devrait rester progressive, ciblée sur les patrimoines les plus élevés et assortie d’une clause de stabilité fiscale. L’entrepreneur investit sur le temps long, la fiscalité doit cesser d’être un terrain mouvant.

Conclusion

Taxer la réussite, c’est fragiliser le moteur même de la prospérité. La France a besoin d’entrepreneurs, d’investissements de long terme et enracinés. Espérons que face à ce projet, certains responsables politiques garderont le sens des réalités économiques. Plusieurs députés sauront sans doute défendre l’intérêt économique de la France au-delà des symboles idéologiques et contribuer à amender cette réforme pour la rendre plus cohérente. Éric Juvin, vice-président de la commission des finances, incarne cette approche pragmatique et équilibrée. Éric Ciotti porte la voix d’une droite libérale. Paul MidySylvain Maillard et Benjamin Dirx, tous trois issus du monde économique, connaissent la réalité du monde de l’entreprise. Enfin, Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national, plaide depuis longtemps pour un fléchage du capital vers les entreprises françaises, au nom de la souveraineté et de l’enracinement productif. 

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