TotalEnergies vend 50 % de son solaire à KKR pour 950 M$

Le groupe TotalEnergies a annoncé la cession de 50 % de son portefeuille solaire en Amérique du Nord au fonds d’investissement KKR pour 950 millions de dollars, valorisant l’ensemble à 1,25 milliard. Cette opération illustre son modèle de rotation d’actifs mais soulève des interrogations sur le contrôle stratégique du solaire.

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Totalenergies Vend 50 Solaire Kkr
TotalEnergies vend 50 % de son solaire à KKR pour 950 M$ | journaldeleconomie.fr

TotalEnergies a officialisé une opération structurante : la vente de la moitié de son portefeuille solaire aux États-Unis et au Canada au fonds américain KKR. La transaction, d’un montant net de 950 millions de dollars, s’inscrit dans le modèle économique du groupe : céder partiellement des actifs renouvelables une fois mis en service pour dégager du cash-flow. Mais derrière cette logique financière se profilent des enjeux industriels et politiques de premier plan, allant de la rentabilité court-termiste à la question de la maîtrise du capital des infrastructures énergétiques.

Une opération financière majeure pour TotalEnergies

La cession porte sur un portefeuille de 1,4 GW comprenant six centrales utilitaires représentant 1,3 GW et 41 installations solaires B2B pour 140 MW. La valorisation de l’ensemble est fixée à 1,25 milliard de dollars, et TotalEnergies percevra 950 millions de dollars lors du closing, une fois le refinancement bancaire pris en compte. En moyenne, le prix payé pour la part cédée correspond à environ 678 000 dollars par MW, un niveau jugé compétitif pour le marché nord-américain, très dynamique dans le solaire.

En conservant 50 % des parts, TotalEnergies reste opérateur des installations, garantissant ainsi une continuité dans la gestion technique et commerciale. Toutefois, ce partenariat redessine la répartition du contrôle financier. L’entrée de KKR, acteur mondial du capital-investissement et des infrastructures, introduit une logique d’investisseur financier dans la gouvernance d’actifs à caractère stratégique.

Un modèle de rotation d’actifs déjà éprouvé

Cette cession partielle illustre le modèle de “capital recycling” adopté par TotalEnergies dans le secteur renouvelable. L’entreprise vend systématiquement jusqu’à 50 % de ses projets après leur mise en service commerciale, considérant que les actifs sont alors “dérisqués”. L’opération permet de réduire les besoins en capitaux propres, de diminuer l’endettement et de libérer des liquidités pour financer de nouveaux projets.

En juillet 2025, le groupe avait déjà appliqué cette méthode au Portugal, en cédant 50 % d’un portefeuille mixte d’énergies renouvelables pour 178,5 millions d’euros. Ce mécanisme, en apparence prudent, permet de multiplier les développements tout en assurant un retour immédiat pour les actionnaires. Pour les marchés financiers, il s’agit d’un signe de discipline et de rigueur, renforçant l’attractivité de l’action TotalEnergies.

Des limites industrielles évidentes

Cette stratégie a néanmoins ses limites. En partageant systématiquement ses actifs, TotalEnergies réduit son exposition aux revenus futurs liés à la vente d’électricité verte. Les bénéfices à long terme sont ainsi amputés de moitié, au profit d’investisseurs dont la logique est essentiellement financière. À terme, cette politique pourrait fragiliser la cohérence industrielle de l’activité “Integrated Power”, censée faire du groupe un acteur global et intégré de l’électricité.

Un signal pour les marchés et pour la souveraineté énergétique

Aux yeux des analystes, l’opération renforce l’image de TotalEnergies comme un acteur capable de combiner développement rapide et rendement élevé. Le versement de près d’un milliard de dollars apporte un flux de trésorerie immédiat, permettant de financer d’autres projets renouvelables ou des acquisitions. Cette capacité à transformer des infrastructures capitalistiques en liquidités est saluée par les investisseurs institutionnels.

Mais cette discipline financière a un coût stratégique. En confiant 50 % du capital de ses actifs solaires à KKR, TotalEnergies ouvre la porte à une influence étrangère sur la gouvernance d’installations produisant de l’électricité à grande échelle. Même si le groupe conserve l’exploitation opérationnelle, les choix futurs en matière de financement, de revente ou d’extension dépendront aussi des intérêts d’un partenaire extérieur.

Conséquences pour l’écosystème industriel français

L’opération envoie également un message fort à l’ensemble du secteur. En choisissant de partager ses actifs avec des fonds d’investissement internationaux, TotalEnergies installe un précédent que d’autres acteurs français pourraient être tentés de suivre. Les développeurs de taille moyenne, déjà contraints par le financement de leurs projets, pourraient multiplier les partenariats avec des capitaux étrangers pour survivre dans un marché compétitif.

À terme, cela pourrait réduire la capacité de la France à contrôler ses infrastructures énergétiques, non seulement en termes de production mais aussi en termes de gouvernance. Les retombées économiques — dividendes, emplois, innovation — risquent alors de s’éloigner du territoire national. Ainsi, derrière une opération jugée habile sur le plan financier, se dessine un dilemme stratégique : comment concilier la rentabilité à court terme avec la nécessité de préserver une maîtrise française sur les leviers de la transition énergétique.

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