J’ai demandé à ChatGPT quelles étaient les causes de la Révolution française. Réponse nette, élégante, presque scolaire : crise de légitimité du pouvoir, privilèges insupportables, dette abyssale, peuple en colère. Une liste qui aurait pu sortir tout droit du dernier conseil des ministres. Puisque l’Histoire aime visiblement recycler ses scénarios, tentons l’expérience : appliquer les causes de 1789 à la France actuelle. Attention, certains parallèles risquent de piquer un peu.
Pouvoir central en panne : le roi ne décide pas, le président non plus
Louis XVI ne savait pas trancher, Emmanuel Macron non plus avec son « en même temps ». L’un se perdait dans les conflits entre Parlements et privilèges, l’autre se noie dans une Assemblée qui fait grève de la réforme dès qu’elle sent la sueur de l’effort. Le monarque s’épuisait en tentatives de convaincre des élites qui ne voulaient rien lâcher ; le Président découvre avec stupeur que ses ministres et ses députés préfèrent conserver leur siège plutôt que sauver le pays. Résultat identique : le peuple soupire, hausse les épaules et finit par se demander si un bon vieux changement de régime ne remettrait pas tout le monde au travail. À défaut d’être efficace, la Ve République excelle dans une discipline : prouver chaque jour qu’un pouvoir fort sur le papier peut être totalement impuissant dans la vraie vie.
La France qui produit contre la France qui parle : saison 2
En 1789, la bourgeoisie économique en avait assez de financer les dîners du clergé et les perruques de la noblesse. Aujourd’hui, entrepreneurs, artisans et indépendants paient pour maintenir une classe politique dont l’activité principale consiste à commenter sa propre inutilité sur les plateaux télé. On ne parle plus de noblesse et de clergé, mais la fonction est la même : privilèges garantis, utilité non identifiée. La France productrice s’exécute, la France gouvernante s’écoute. L’Ancien Régime était une société d’ordres, la France contemporaine est une société d’ordres de mission : parler beaucoup, produire peu, taxer toujours. Le Tiers État n’a pas changé, il porte encore le pays sur son dos. Il a simplement remplacé la cocarde par l’URSSAF et les cahiers de doléances par les réseaux sociaux.
Dette colossale et exaspération massive : le cocktail préféré de l’Histoire
Avant 1789, l’État était ruiné. Aujourd’hui, il est super ruiné. Hier, on dépensait pour la gloire, aujourd’hui on dépense pour le maintien artificiel de la paix sociale. Dans les deux cas, personne ne veut payer. Il y a deux siècles, la colère explosait à cause du prix du pain. Aujourd’hui, elle explose pour le prix de l’essence, du logement, de tout. Les Gilets jaunes n’ont pas encore pris la Bastille, mais certains ronds-points s’en rapprochent. La Révolution française a débuté parce que le peuple en eut assez de financer l’incompétence avec 15% de prélèvements obligatoires avec aujourd’hui 57%. Qui oserait prétendre que le peuple d’aujourd’hui est dans un autre état d’esprit ?
Partant des causes de la Révolution française, l’exercice consistait à vérifier si elles se retrouvaient dans la France actuelle. Elles ne se retrouvent pas. Elles se copient, s’imposent, s’affichent en lettres lumineuses sur la façade de l’Élysée. Crise de légitimité, fracture sociale, impasse fiscale, colère populaire : tout est là, bien rangé comme dans un manuel d’histoire. Ce pays a déjà montré qu’il ne supportait pas longtemps que ceux qui le dirigent n’assument pas leur rôle. Les élites peuvent continuer à jouer à “changer tout sans rien changer”, mais qu’elles se souviennent d’une vérité simple : en France, lorsque le peuple se lève, personne ne reste debout très longtemps.



