Travail : Près de 7 Français sur 10 critiquent leur manager

Le Baromètre Amour Pro 2025 met en lumière un décalage croissant entre l’emploi occupé et les attentes des actifs. Désorientation professionnelle, contraintes économiques et dégradation du climat managérial dessinent les contours d’un malaise durable au cœur du marché du travail.

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Le malaise professionnel progresse chez les actifs en poste, en particulier avant 55 ans. | journaldeleconomie.fr

Plus d’un Français sur deux se dit aujourd’hui perdu dans sa vie professionnelle et 46% des 18–54 ans envisagent de changer de travail en 2026. Les résultats du Baromètre Amour Pro 2025, publié par Chance avec YouGov, révèlent une fragilisation du rapport au travail qui touche directement le pouvoir de projection des actifs.

Des actifs en emploi mais sans visibilité sur leur avenir

Le constat est net. Selon le Baromètre Amour Pro 2025, fondé sur les données de près de 50.000 parcours professionnels analysés par Chance et une enquête représentative menée par YouGov, 53% des actifs se disent perdus dans leur vie professionnelle. À l’inverse, seuls 2,3% estiment que “tout va très bien”.

Cette perte de repères se traduit par une forte instabilité des intentions. 30% des Français déclarent vouloir changer de travail en 2026, une proportion qui atteint 46% chez les 18–54 ans. Le phénomène concerne majoritairement des actifs en poste, parfois expérimentés, et ne se limite pas aux débuts de carrière.

Pouvoir d’achat et travail : une équation devenue centrale

Le baromètre souligne le rôle structurant des contraintes économiques dans le rapport au travail. Les répondants estiment qu’il faut au minimum 2.000 € nets par mois pour vivre confortablement et pouvoir envisager une évolution professionnelle. En deçà de ce seuil, la priorité reste la stabilité financière, au détriment de la projection.

La rémunération apparaît d’ailleurs comme la première source d’insatisfaction, toutes tranches d’âge confondues. Elle est immédiatement suivie par la pression ressentie au quotidien. Ce duo alimente un sentiment de frustration durable, résumé par une perception largement partagée : le niveau d’exigence du travail ne serait plus en adéquation avec la reconnaissance financière accordée.

Une insatisfaction qui touche le cœur du marché du travail

Le malaise n’épargne ni les actifs installés ni les profils qualifiés. 79% des Français déclarent au moins une insatisfaction préoccupante vis-à-vis de leur vie professionnelle. Les données montrent que le doute s’installe dès 25–28 ans, bien avant les traditionnelles remises en question de milieu de carrière.

Les femmes apparaissent particulièrement exposées. Elles représentent 77% des répondants de Chance et déclarent plus souvent une surcharge de travail et des difficultés d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. 38% des femmes évoquent une surcharge, contre 28% des hommes, traduisant un déséquilibre persistant dans l’organisation du travail.

Le management, facteur clé de désengagement

La relation hiérarchique joue un rôle déterminant dans l’expérience professionnelle. Près de 70% des Français ayant un manager expriment au moins une insatisfaction à son égard. Les reproches portent principalement sur le manque de reconnaissance, d’écoute et de soutien, bien davantage que sur la stratégie ou la performance.

Les 18–34 ans se montrent les plus critiques, tandis que les plus de 50 ans apparaissent plus indulgents. L’épuisement professionnel constitue le principal déclencheur de remise en question : 34% des répondants citent le burnout comme origine de leur doute, devant les conflits avec un supérieur ou un collègue.

Repenser les trajectoires professionnelles

Face à ce contexte, le bilan de compétences est perçu comme un outil de sécurisation et de clarification. Il n’est plus envisagé comme un simple ajustement de carrière, mais comme un moyen de reprendre la main sur des trajectoires devenues incertaines.

Pour le cofondateur de Chance Ludovic de Gromard, ces résultats traduisent une évolution profonde du rapport au travail : « Le débat sur le travail ne peut plus se limiter à des indicateurs comme le statut ou le type de contrat. Ce baromètre montre ce que les outils classiques ne mesurent pas : la capacité à se projeter, le sentiment d’alignement et la perception de ses opportunités réelles ».

Un rapport au travail en recomposition

Malgré le malaise exprimé, le baromètre fait émerger des attentes claires. Les actifs aspirent à des parcours plus lisibles, à une reconnaissance plus cohérente avec les efforts demandés et à des environnements professionnels plus soutenants. 47% des répondants placent les causes liées à la santé et au bien-être parmi celles auxquelles ils souhaiteraient contribuer via leur travail, signe d’une recherche d’utilité sociale plus affirmée.

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