Rarement une ville a été aussi assimilée à la musique et à des musiciens que Liverpool. Le Bayreuth de Wagner ou le Salzbourg de Mozart sont d’autres rares exemples d’association entre une cité et un compositeur. Liverpool c’est les Beatles et les Beatles sont Liverpool, c’est un fait. Aussi, pour un musicien allait se confronter aux mânes des Fab Four est une gageure, si le musicien est de surcroît français et qu’il chante en anglais nous ne sommes alors pas loin du pari fou. A Londres où la communauté française est de plusieurs centaines de milliers de personnes il est somme toute aisé de remplir une salle de quelques milliers de places et de proclamer le succès d’un concert auquel n’auront assisté que des Parisiens expatriés. Brighton, Birmingham ou Liverpool, exemples de villes dans lesquelles Olivier Rocabois s’est produit, n’offrent assurément pas le même vivier.
Ayant assisté au concert de Liverpool je dois admettre que le pari a été gagné et haut la main. Si Olivier avait anglicisé son nom en Oliver Rockawood le résultat aurait été le même, celui d’un franc succès auprès d’un public qui, décontenancé au début par ce frenchie chantant en anglais, a été rapidement conquis par les mélodies et les textes du dernier opus de Rocabois « The afternoon of our lives ».
Il est vrai que le premier titre de cet opus « Stained glass Lena » pose une voix proche de Bowie et les morceaux s’enchainant on puise, presque pour se conforter, dans ses souvenirs d’un Elton John où seul avec son piano il enchaînait les mélodies, d’un Brian Wilson féru d’arrangements originaux, de l’Al Stewart de « year of the cat » ou de Stephan Eicher (Engelberg).
Maintenant cela serait faire injure à Olivier que de chercher en permanence à le comparer à untel ou untel, le public au demeurant ne s’y est pas trompé. Olivier est un artiste original et exigeant, dont la musique d’une grande richesse, rend hommage à celles qu’il a aimé. Il n’a pas oublié ce qui fait la force des grands musiciens à savoir une accessibilité immédiate et une capacité à être reconnaissable dès la première écoute. En somme à être unique.
Les chansons d’Olivier Rocabois s’insinuent dans votre esprit avec la malice d’airs entêtants et une voix qui lui est propre tout en étant si rapidement familière. Bien évidemment le « the afternoon of our lives » est superbe par sa cohérence rythmique mais il ne saurait faire oublier les autres disques de Rocabois « The pleasure is Goldmine » où fermant les yeux on se dit que beau comme Bowie n’est pas qu’un titre de chanson de Gainsbourg et « Olivier Rocabois Goes too far » un disque qui sonne si furieusement british que l’on comprend l’attrait de l’artiste pour chanter en anglais. Si l’écoute de ces titres vous séduit vous pouvez retrouver les opus d’Olivier sur https://allif.bandcamp.com/album/the-afternoon-of-our-lives-lp.
Les chansons qui rythment cet « après-midi de nos vies » sont aussi celles qui peuvent vous accompagner en soirée et dans la nuit. Elles méritent alors un compagnonnage en accord avec la douceur de ces notes.
Nous sommes, en 2025, l’année du serpent, animal synonyme de séduction dans l’astrologie chinoise, Maya da Selva a voulu rendre hommage au charme vénéneux de cet animal qui, s’il nous a valu d’être exclu du Paradis, a aussi inspiré un excellent cigare dont la dégustation est à la hauteur de la beauté de la bague se lovant autour de lui. Des tabacs du Honduras et du Nicaragua offrent un accord digne d’un piano voix comme celui qui nous était proposé ce soir-là. On ne saurait trop rappeler le talent de Maya à proposer aux amateurs des modules raffinés et suaves qui nous rappellent aussi que les cubains ne sont plus ce qu’ils étaient.
Maintenant que boire en si délicieuse compagnie ? Mon plat de pub favori le « kidney pie » ayant été dégusté en avant concert je n’avais pas trop de scrupule à opter pour un whisky. Un Aberfeldy 12 ans d’âge. On en trouve des nettement plus vieux mais le 12 ans a une saveur, elle aussi, particulière, une alliance subtile de poire et de chocolat qui compense la force du breuvage. Et si je casse le breuvage avec un glaçon, geste qui n’est plus considéré comme sacrilège, cela permet de libérer des arômes fruités et gourmands tout bonnement enchanteurs.
S’installer dans un fauteuil et profiter d’un tel moment qui convie les sens est une belle façon de savourer un après midi printanier qui tend à s’allonger le temps que le soleil se couche. Deux verres et un cigare plus tard on rêve d’un moment où, en voiture, écoutant Rocabois, la passagère ne dirait pas « qui c’est ? » mais plutôt « à toi aussi tu écoutes ça…j’adore » …prémices de prémisses d’une soirée de sensuelle complicité.
