Les États-Unis autorisent l’Inde à acheter du pétrole russe bloqué en mer

Alors que la guerre au Moyen-Orient perturbe les routes énergétiques mondiales, Washington change temporairement de stratégie. Les États-Unis ont finalement autorisé l’Inde à acheter du pétrole russe déjà chargé sur des tankers et bloqué en mer. Une décision exceptionnelle destinée à stabiliser les marchés énergétiques, tout en maintenant la pression sur Moscou.

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Petrole Inde
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Pourquoi les États-Unis changent de position avec l’Inde

Le 5 mars 2026, l’administration américaine a pris une décision inattendue concernant le pétrole russe. Après plusieurs mois de pressions exercées sur l’Inde pour réduire ses importations énergétiques en provenance de Moscou, Washington a finalement accordé une autorisation temporaire pour débloquer des cargaisons déjà chargées sur des navires. Cette mesure concerne du pétrole russe actuellement bloqué en mer à cause du régime de sanctions internationales.

Cette dérogation a été officialisée par le département du Trésor américain, qui a délivré une licence exceptionnelle valable pendant trente jours. Selon le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, cette décision répond avant tout à un objectif de stabilité des marchés énergétiques mondiaux. Il a expliqué : « Afin de permettre au pétrole de continuer à circuler sur le marché mondial, le département du Trésor accorde une dérogation temporaire de 30 jours permettant aux raffineries indiennes d’acheter du pétrole russe », dans une déclaration reprise par Reuters.

La mesure concerne exclusivement le pétrole déjà chargé sur des tankers avant le 5 mars 2026. Autrement dit, il ne s’agit pas d’ouvrir de nouveaux contrats énergétiques avec Moscou, mais de permettre la livraison de cargaisons déjà en transit. Le secrétaire au Trésor a précisé : « Cette mesure volontairement de court terme n’apportera pas d’avantage financier significatif au gouvernement russe, car elle autorise uniquement des transactions concernant du pétrole déjà bloqué en mer », selon la déclaration citée par Reuters.

Dans le détail, la licence autorise les transactions impliquant du pétrole russe transporté par des navires ayant déjà quitté les ports au moment de l’annonce. L’autorisation restera valable jusqu’au début du mois d’avril 2026. Selon les données de S&P Global Commodities at Sea, environ 120 millions de barils de pétrole russe étaient encore en circulation maritime au 4 mars 2026, ce qui représente un volume significatif susceptible d’influencer les marchés énergétiques internationaux.

Guerre en Iran : pourquoi l’Inde se tourne de nouveau vers le pétrole russe

Cette décision américaine intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. La guerre impliquant l’Iran et ses alliés perturbe gravement les routes pétrolières du Moyen-Orient, notamment dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite une grande partie du pétrole mondial. En 2025, environ 15 millions de barils de pétrole brut par jour et 5 millions de barils de produits pétroliers passaient par ce corridor maritime stratégique, selon les données de S&P Global Commodities at Sea.

Or, l’Inde dépend fortement de ces flux énergétiques. Environ 40 % de ses importations de pétrole proviennent du Moyen-Orient, et une grande partie transite précisément par le détroit d’Ormuz. Selon Reuters, ces perturbations ont rapidement provoqué un risque de pénurie énergétique pour l’économie indienne, dont les stocks de pétrole couvrent seulement environ 25 jours de consommation. Dans ce contexte, les raffineries indiennes ont commencé à se tourner de nouveau vers le pétrole russe pour compenser les difficultés d’approvisionnement. Selon plusieurs sources industrielles citées par Reuters, les raffineurs publics indiens ont déjà acheté environ 20 millions de barils de pétrole russe afin de sécuriser leurs livraisons à court terme.

Ce retour vers le pétrole russe marque un revirement partiel par rapport aux engagements récents de New Delhi. Depuis plusieurs mois, l’Inde avait en effet réduit ses achats de pétrole russe sous la pression de Washington. Cette stratégie avait permis d’éviter l’imposition de droits de douane américains pouvant atteindre 25 % dans le cadre des négociations commerciales entre les deux pays. Toutefois, la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient a profondément modifié la situation. Face à la flambée des risques logistiques et à la raréfaction des cargaisons provenant du Golfe, l’Inde a demandé à Washington l’autorisation exceptionnelle d’importer du pétrole russe déjà en mer. Les États-Unis ont finalement accepté, estimant que l’impact financier pour la Russie resterait limité.

Le cadre imposé par Washington

Même si cette décision peut apparaître comme un assouplissement des sanctions, Washington insiste sur le caractère strictement encadré de la mesure. L’objectif affiché consiste à éviter une crise énergétique mondiale tout en maintenant la pression sur Moscou. La dérogation américaine ne concerne donc que le pétrole russe déjà chargé sur des navires avant le 5 mars 2026. Elle autorise la livraison, la vente ou le déchargement de ces cargaisons dans les ports indiens, y compris lorsque les navires sont concernés par certaines sanctions. En revanche, aucune nouvelle cargaison ne peut être chargée dans les ports russes dans le cadre de cette licence.

Cette limitation temporelle constitue un élément central du dispositif. La licence délivrée par l’Office of Foreign Assets Control du département du Trésor s’applique uniquement jusqu’au 3 ou 4 avril 2026, selon les documents officiels publiés par les autorités américaines. Dans le même temps, Washington continue d’encourager l’Inde à diversifier ses importations énergétiques. Les responsables américains espèrent notamment que New Delhi augmentera ses achats de pétrole américain dans les mois à venir. Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire les revenus pétroliers de la Russie tout en consolidant le partenariat énergétique entre les États-Unis et l’Inde.

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