Interrogée mercredi 15 octobre dans l’émission Les Quatre vérités sur France 2, Yaël Braun-Pivet a surpris jusque dans son propre camp. Deux jours après la présentation du budget 2026 en Conseil des ministres par Sébastien Lecornu, la présidente de l’Assemblée nationale a dénoncé les « héritages en rebonds », « passant de génération en génération ». « Vous savez, le truc qui tombe du ciel. Il y a un moment, ça suffit », a-t-elle lancé, estimant que « la circulation des richesses de génération en génération ne se fait pas bien dans notre pays et ce n’est pas sain ». Et de conclure : « Il faut taxer davantage les héritages. » Cette déclaration marque une nouvelle prise de distance avec la ligne macroniste traditionnelle, opposée à toute hausse d’impôts. Mme Braun-Pivet plaide pour un « vrai débat » sur la fiscalité successorale, au-delà d’un simple amendement budgétaire. Déjà, au début de l’été, elle avait évoqué la nécessité de réfléchir à la « taxation des super-héritages », rappelant que « 0,1 % des héritiers reçoivent des montants supérieurs à 13 millions d’euros et ne paient en moyenne que 10 % de droits de succession ».
Mais derrière la rhétorique de “justice fiscale”, beaucoup voient surtout une stratégie politique. Dans un contexte de déficit public record et de marges budgétaires quasi nulles, l’État cherche de l’argent partout. Chaque niche, chaque transmission, chaque actif devient une cible potentielle. Et les mantras de la gauche fiscale, égalité, redistribution, solidarité, refont surface, parce que ce sont désormais eux qui dictent la loi à l’Assemblée nationale. Le positionnement de la présidente n’a donc rien d’innocent : il s’inscrit dans un glissement progressif du macronisme vers une ligne sociale-démocrate assumée. Sur les réseaux sociaux, la polémique a été immédiate. « Taxer une fois de plus ce qui reste après une vie de taxes. Ils ne s’arrêteront donc jamais », s’est indigné un internaute, cité par le Journal du Dimanche. D’autres parlent de « spoliation » ou de « mépris du travail des aînés ». Sur Europe 1, Pascal Praud a dénoncé « un mépris total » pour les Français qui héritent de leurs parents : « Voilà comment Mme Braun-Pivet parle de l’argent de ses parents, des propriétés de ses parents… »
Le débat sur l’héritage, récurrent dans la vie politique française, revient donc dans un contexte idéologique et fiscal explosif. Pour ses défenseurs, cette mesure renforcerait la justice sociale et corrigerait les inégalités patrimoniales. Pour ses opposants, elle signe une nouvelle étape dans la confiscation de la propriété privée au profit d’un État devenu insatiable. Entre quête de recettes et tentation idéologique, la sortie de Yaël Braun-Pivet dit moins une volonté d’équité qu’une réalité politique : celle d’un pouvoir en manque d’argent, mais surtout en mal de repères.



