Alors que les entreprises achètent près de la moitié des véhicules neufs en France, leur contribution au verdissement du parc automobile reste insuffisante. La ministre déléguée à l’Énergie, Olga Givernet, exprime sa volonté d’introduire des mesures plus contraignantes pour encourager l’adoption des véhicules électriques, un enjeu crucial pour le marché de l’occasion.
Malgré les quotas, les objectifs non atteints des flottes d’entreprises
Lors du Mondial de l’Auto à Paris, Olga Givernet a exprimé sa déception face au manque d’engagement des entreprises dans l’électrification de leur flotte. « Elles ne sont pas au rendez-vous du verdissement de leur flotte », a-t-elle déploré, soulignant que 60 % des entreprises concernées n’ont pas respecté l’obligation d’acquérir au moins 20 % de véhicules à faibles émissions en 2023.
Pourtant, cette réglementation, en place pour les entreprises possédant plus de 100 véhicules, n’a actuellement aucune sanction en cas de non-respect. Résultat : seulement 11 % des voitures d’entreprises neuves étaient électriques au premier semestre 2024 en France, contre 35 % en Belgique et au Danemark, où des mesures fiscales incitatives sont appliquées.
La ministre déléguée à l’Énergie envisage désormais de renforcer ces obligations pour stimuler l’achat de véhicules électriques. « Je suis prête à aller très fort sur l’obligation qu’ont ces entreprises », a-t-elle annoncé. Elle a aussi souligné l’importance de cette transition pour le marché de l’occasion, car les véhicules achetés aujourd’hui seront revendus d’ici quelques années, devenant accessibles à un plus large public.
Malgré les exhortations du gouvernement, plusieurs entreprises peinent à suivre. Carrefour, par exemple, a électrifié seulement 4 % de sa flotte en 2023, mais assure être engagé dans un processus de « verdissement constant ». Iliad, de son côté, a reconnu un « certain retard » mais met en cause les limites actuelles de l’autonomie des véhicules électriques. Le groupe prévoit néanmoins d’atteindre 25 % de véhicules électriques dans sa flotte d’ici 2025.
Les efforts insuffisants des entreprises
Le secteur des loueurs de courte durée, quant à lui, a exprimé son inquiétude face à un passage rapide à l’électrique. Une transition brutale mettrait en danger la trésorerie de ces entreprises, selon elles. L’incertitude fiscale constitue également un frein majeur pour les grandes entreprises, comme l’a souligné Laurent Petit, directeur marketing d’Alphabet France, filiale de BMW spécialisée dans la location longue durée. « S’engager aujourd’hui avec un véhicule c’est l’avoir pendant 12 à 60 mois, alors que la fiscalité évolue d’année en année », a-t-il expliqué.
Si certaines entreprises font figure de bons élèves, à l’image de La Poste, dont 52 % de la flotte est désormais électrique, l’effort global reste insuffisant. Pour encourager la transition, des initiatives internes commencent à voir le jour. Carrefour, par exemple, a introduit des primes pour inciter ses salariés à choisir des véhicules électriques.
T&E (Transport & Environment), un cercle de réflexion, estime toutefois que le modèle des voitures de fonction, qui représentent près de la moitié des flottes d’entreprises, n’incite pas suffisamment à abandonner les véhicules thermiques. Ce système, selon eux, serait sous-évalué dans le calcul des cotisations sociales, entraînant un manque à gagner annuel de près de 4 milliards d’euros pour l’État et la Sécurité sociale.


