Nous recevons aujourd’hui Guillaume Malkani, officier de l’armée de Terre, qui vient de publier « Vétérans de France, ceux qui ont servi » chez Valeur Ajoutée éditions, en collaboration avec Louis Saillans.
Nous lui avons posé trois questions, tandis que les fêtes de Noël approchent et que cet ouvrage, de plus en plus visible, pourrait bien inspirer quelques cadeaux de fin d’année :
Officier, régulièrement déployé en opérations extérieures et ancien commandant d’unité aujourd’hui en charge de l’expertise de plusieurs programmes d’armement, vous n’en êtes pas à votre premier livre : comment trouve-t-on le temps d’écrire entre vos fonctions, vos absences opérationnelles et votre vie de famille ?
Effectivement, c’est parfois délicat. On ne le trouve pas, on le prend… Et c’est naturellement au détriment du temps consacré aux loisirs partagés en famille. C’est tard le soir, très tôt le matin, durant les congés ou le week-end. Cela demande une certaine rigueur voire une certaine « résilience », mais c’est toujours au profit de sujets qui me semblent importants voire délaissés. Et c’est une passion, bien comprise et appuyée par mon entourage, ce qui facilite grandement la démarche. Mais c’est une certaine absence supplémentaire à celle qu’impose la condition de militaire, c’est certain. Cependant, lorsque la cause est noble, c’est toujours un exercice passionnant et extrêmement stimulant car nécessaire.
Et pourquoi avoir choisi d’écrire sur ces vétérans ?
Ayant étudié les sciences humaines avant de rejoindre l’académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, j’ai ensuite eu l’honneur et la chance d’écrire sur des sujets qui me semblaient peu visibles :
Jean Lartéguy, Grand Reporter autrefois auteur de best-sellers et, à titre d’exemple, bien connu de l’ancien directeur de la CIA avec qui j’avais eu la chance d’échanger, le Général David Petraeus ; les officiers sous contrat de l’armée de Terre qui descendent des officiers appelés de la Grande Guerre et cultivent l’audace de servir, ou encore les soldats-maintenanciers qui œuvrent pour la maintenance terrestre et sont de toutes les batailles.
À chaque fois, le sujet me passionnait et me manquait dans le paysage – pourtant de plus en plus dense – de la « milittérature ».
Lorsque j’ai rencontré Louis [Saillans] et découvert l’association « Vétérans de France » et ses formidables vidéos, je me suis dit qu’il fallait les faire rayonner plus encore avec un format « physique ».
Les témoignages m’ont bouleversé, notamment ceux de Thomas et de Mayeul issus d’unités conventionnelles et déployés en Afghanistan en 2008. Ce fut aussi l’occasion de rencontrer Thierry Prungnaud, une légende du GIGN. Humble et modeste, c’est le premier à être entré dans cet avion, il y a 30 ans, à Marignane. Ce fut également extraordinaire d’échanger avec Pierre Flamen, ancien de l’Indochine qui était à Diên Biên Phù, ou Aton, Alex French SAS et bien-sûr Marius que j’avais découvert bien avant de rejoindre l’institution. Je n’oublie pas Cyrille Chahboune, dont le parcours est une véritable odyssée et un hymne à la résilience. Moyave a aussi un parcours fou : chasseur alpin qui découvre le feu en Afghanistan, se reconverti dans la police et, quinze jours après sa sortie d’école, fait face à un violent braqueur qui tire en pleine tête de son co-équipier. Ou encore Gallic Squad qui a été déployé aux côtés des combattantes kurdes. Ce furent des rencontres riches et des échanges exaltants. Certains sont devenus des amis chers.
C’est un projet qui me tenait à cœur afin de transmettre ces histoires au plus grand nombre. « Vétérans de France, ceux qui ont servi », c’est un livre grand public qui, je l’espère, va transgresser les milieux et les barrières d’un unique lectorat habitué à la chose militaire. C’est l’objectif de l’association. C’est l’objectif du livre. Une partie des bénéfices est d’ailleurs reversée à l’association éponyme pour alimenter d’autres vidéos et soutenir nos vétérans.
Un futur projet éditorial à venir, entre deux missions ?
Je vais prendre un peu de temps pour appuyer le rayonnement du livre « Vétérans de France », car il n’est sorti qu’en septembre. C’est encore assez récent. Mais on envisage, dans un registre un peu différent, d’écrire un livre ludique sur l’Histoire et les traditions du 24e régiment d’Infanterie, dernière unité de l’armée de Terre encore opérationnelle à avoir participé à la guerre d’indépendance américaine ! Une unité à faire connaître au plus grand nombre, et donc un sujet qui me semble de nouveau intéressant à « défendre » et rendre visible…



