L’industrie sidérurgique européenne traverse une crise profonde. Entre la flambée des coûts énergétiques, la pression des importations à bas prix et les défis liés à la décarbonation, l’acier et l’aluminium européens perdent du terrain. Face à cette situation critique, la Commission européenne a annoncé, le 19 mars 2025, un plan d’urgence pour soutenir ces secteurs essentiels.
Une industrie en perte de vitesse face à la concurrence mondiale
L’Union européenne a vu sa part de production mondiale d’acier chuter à 7-8 %, tandis que celle de l’aluminium primaire stagne à 3,8 %. En parallèle, les capacités de production d’aluminium primaire ont été divisées par deux depuis 2021, mettant en péril des milliers d’emplois. Cette perte de compétitivité est largement imputable aux coûts énergétiques exorbitants : l’électricité représente 17 % du coût de production de l’acier et jusqu’à 80 % pour l’aluminium lors des pics de crise énergétique.
Face à cette situation, Bruxelles s’inquiète de voir l’Europe devenir un simple marché de consommation, dépendant des importations étrangères. En réponse, la Commission prévoit de réduire les quotas d’importation d’acier autorisés sur le territoire européen dès avril 2025. Une nouvelle mesure plus stricte, censée remplacer la clause actuelle de sauvegarde qui expire en 2026, sera dévoilée au troisième trimestre.
Enquête sur l’aluminium et mesures protectionnistes
L’un des volets les plus attendus de ce plan est l’ouverture d’une enquête sur les importations d’aluminium. L’objectif ? Déterminer si l’afflux massif de métal étranger, notamment après l’imposition de droits de douane américains, pénalise injustement les producteurs européens. Selon la Commission, cette surabondance d’aluminium importé a conduit à une baisse significative des parts de marché des entreprises locales.
Si l’enquête confirme ces craintes, Bruxelles pourrait imposer des droits de douane supplémentaires ou instaurer des quotas d’importation pour protéger l’industrie européenne. Cette approche s’inspire des mesures déjà mises en place sur l’acier depuis 2018, où un tarif de 25 % a été appliqué sur les importations dépassant certains seuils.
Réduction des coûts et incitations pour un acier européen durable
Au-delà des restrictions commerciales, Bruxelles mise aussi sur des mesures structurelles pour améliorer la compétitivité du secteur. Un effort particulier sera porté sur la baisse des coûts de production, notamment via des contrats d’achat d’électricité à long terme (Power Purchase Agreements). Ces dispositifs devraient permettre aux aciéries et fonderies d’accéder à une énergie plus stable et moins coûteuse.
Dans le même temps, la transition écologique reste une priorité. La Commission prévoit un assouplissement des règles sur les aides d’État afin de financer la décarbonation des sites de production. Une enveloppe de 150 millions d’euros sera injectée dans le Fonds de recherche pour le charbon et l’acier en 2026-2027, tandis qu’un acte législatif devrait soutenir l’hydrogène bas carbone, notamment issu du nucléaire.


