Dans un document interne révélé par Les Échos le 14 mai 2025, la SNCF s’adresse aux experts réunis pour la conférence « Ambition France Transports » et lance un avertissement sans détour : sans financement à la hauteur, le réseau ferroviaire français pourrait perdre sa capacité à remplir ses missions. L’entreprise publique détaille plusieurs pistes pour éviter l’impasse.
Un réseau vieillissant face à des besoins croissants
À l’heure où le transport ferroviaire est considéré comme un levier essentiel de la décarbonation de la mobilité, la SNCF alerte sur le risque de « décrochage » des infrastructures ferroviaires françaises (Les Echos). Les chiffres, relayés par nos confrères, sont sans équivoque : 4 000 kilomètres de lignes pourraient connaître une dégradation significative dès 2028, avec des conséquences directes sur 2 000 circulations quotidiennes. Et si aucun financement supplémentaire n’est débloqué, jusqu’à 10 000 kilomètres pourraient être concernés d’ici une dizaine d’années, prévient la compagnie ferroviaire.
La conférence « Ambition France Transports », lancée le 5 mai 2025 à Marseille, a pour objectif de définir les conditions d’un financement pérenne pour les infrastructures. L’État s’est engagé à porter les investissements ferroviaires à 4,5 milliards d’euros par an d’ici la fin de la décennie. Mais selon la SNCF, il faudrait ajouter au moins un milliard d’euros annuel à partir de 2028 pour éviter un décrochage progressif du réseau.
Les trois pistes de la SNCF pour garantir un financement stable
Consciente des contraintes budgétaires de l’État, la SNCF avance trois leviers de financement complémentaires, conçus pour ne pas alourdir la dépense publique directe. Le premier repose sur la future renégociation des concessions autoroutières prévue à partir de 2032. L’idée : instaurer une contribution ciblée sur les poids lourds, en s’appuyant sur une version renforcée de la directive européenne Eurovignette. Selon ses projections, cette mesure pourrait générer au moins un milliard d’euros par an.
Deuxième levier : tirer parti du système européen d’échange de quotas carbone, qui sera élargi à de nouveaux secteurs dès 2028. Avec une part de répartition de 16,1 % au niveau européen, la France pourrait en capter plusieurs milliards d’euros par an. La SNCF suggère qu’une fraction de ces ressources soit fléchée vers les investissements ferroviaires.
Enfin, elle propose d’ouvrir le mécanisme des certificats d’économie d’énergie (CEE) au secteur ferroviaire. Aujourd’hui largement utilisé dans le bâtiment, ce dispositif permet de financer des opérations d’efficacité énergétique sans passer par le budget de l’État. En y intégrant les infrastructures ferroviaires, il deviendrait un vecteur supplémentaire pour soutenir la modernisation du réseau.


