Une entreprise endettée, un accord avec ses créanciers, et une procédure judiciaire qui s’annonce. Altice France, maison mère de SFR, avance sur un fil. Et le point d’équilibre semble de plus en plus fragile.
Depuis plusieurs mois, le groupe de Patrick Drahi tente de contenir une dette colossale qui menace sa survie. Le recours à une procédure de sauvegarde accélérée marque un tournant, mais reste une étape parmi d’autres dans une stratégie de redressement risquée et sous tension.
Altice : une procédure exceptionnelle pour une dette hors normes
Altice France, le groupe derrière l’opérateur SFR, va officiellement engager une procédure de sauvegarde accélérée devant le tribunal de commerce de Paris. C’est ce qu’a confirmé, mercredi 21 mai 2025, une source proche du dossier à l’Agence France-Presse. Cette démarche, anticipée depuis février 2025, doit permettre de finaliser un accord conclu avec plus de 90 % des créanciers du groupe.
Objectif de ce montage juridique : réduire la dette d’Altice France, qui atteignait près de 24 milliards d’euros à l’automne 2024. L’accord prévoit une réduction de 8,6 milliards d’euros, soit un nouveau montant de 15,5 milliards. En contrepartie, les créanciers récupèrent 45 % du capital du groupe, ainsi qu’un versement de 1,6 milliard d’euros en espèces. Le processus devrait être bouclé d’ici fin septembre ou début octobre 2025.
Ce n’est plus une rumeur. Selon Bloomberg, Altice France serait en discussions avancées pour céder SFR, son principal opérateur, valorisé à 30 milliards d’euros. Des groupes français et étrangers seraient intéressés. Si cette opération se concrétise, ce serait un bouleversement majeur sur le marché des télécoms, inédit depuis l’arrivée de Free en 2012.
Ce type de cession reste soumis à l’approbation des autorités de la concurrence, surtout si l’acquéreur est un acteur déjà présent dans le secteur (par exemple Free ou Bouygues).
Les clients toujours là, mais pour combien de temps ?
Le plan de restructuration engagé par Altice ne se limite pas à la seule France. Depuis un an, le groupe a vendu ses filiales médias (BFM, RMC), ses centres de données, sa participation dans La Poste Mobile. Objectif affiché : se recentrer sur les activités essentielles, alléger la structure, et retrouver un équilibre financier.
Ce mouvement de cession s’est accéléré après une série de turbulences, dont un scandale de corruption au Portugal ayant touché un ex-dirigeant du groupe. Résultat : Altice tente désormais de sortir la tête de l’eau en vendant ses actifs les plus valorisables.
Malgré la tempête financière, Altice continue de miser sur le rebond de SFR. Le groupe affirme rester « concentré sur l’implémentation de l’accord sur la dette » et sur l’amélioration de la qualité de service. Les chiffres publiés en avril 2025 montrent un léger redressement : 17 000 clients supplémentaires sur le mobile au premier trimestre 2025.

