Le 22 juillet 2025, l’UFC-Que Choisir a officiellement déposé une action de groupe contre Stellantis devant le tribunal judiciaire de Paris. Ce recours judiciaire, fondé sur le scandale des airbags défectueux fournis par Takata, vise à obtenir l’indemnisation des consommateurs français ayant subi l’immobilisation de leur véhicule, des pertes financières directes, et des préjudices moraux. Cette offensive juridique intervient alors que Stellantis affronte déjà les conséquences d’un rappel massif portant sur 2,5 millions de véhicules en France.
Des rappels techniques aux effets économiques majeurs
Depuis le 25 juin 2025, plus de 2,5 millions de véhicules Citroën et DS sont concernés par une mesure de retrait de la circulation, imposée par le gouvernement français, en raison de risques mortels liés à la défaillance des airbags Takata. Ces dispositifs, utilisés depuis les années 2000, peuvent exploser violemment en projetant des fragments métalliques vers les passagers. Les autorités ont élargi cette directive après une série de décès, dont un signalé à Mayotte.
D’après les données fournies par Stellantis, 481 000 véhicules ont déjà été réparés sur les 690 000 concernés par la première phase du rappel. La capacité d’absorption des ateliers reste toutefois contrainte, malgré une réorganisation logistique renforcée. Des centaines de milliers d’automobilistes sont aujourd’hui dans l’impossibilité d’utiliser leur véhicule, ce qui a poussé l’UFC-Que Choisir à agir.
Un impact financier estimé à près d’un milliard d’euros
Dès 2023, Stellantis avait anticipé les conséquences de la crise Takata. Le groupe a provisionné 951 millions d’euros dans ses comptes consolidés pour couvrir les rappels à l’échelle mondiale. Cette somme comprend les coûts de fabrication des pièces de remplacement, les opérations de remplacement en atelier, les véhicules relais, ainsi que les services client additionnels. Des services largement insatisfaisants selon l’UFC-Que Choisir.
Néanmoins, cette provision, calculée avant l’explosion du contentieux en France, pourrait s’avérer insuffisante. Selon les projections du cabinet Forris Conseil, le coût global du litige UFC-Que Choisir pourrait avoisiner 1,3 milliard d’euros en cas de condamnation intégrale.
L’action de groupe : catalyseur juridique et risque réputationnel
Dans sa plainte, l’UFC-Que Choisir réclame une indemnité journalière forfaitaire pour chaque automobiliste dont le véhicule a été immobilisé, ainsi que le remboursement des cotisations d’assurance, frais de transport alternatif, et préjudices d’agrément liés aux empêchements de déplacement. Cette action est fondée sur les articles L. 623-1 et suivants du Code de la consommation, dans leur version issue de la loi du 30 avril 2025 transposant la directive (UE) 2020/1828.
« L’objectif est d’ouvrir une brèche dans l’impunité logistique des constructeurs », déclare Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir. Le risque dépasse le simple volet financier : si l’action prospère, elle pourrait encourager des recours similaires dans d’autres États membres. En avril 2025, un collectif italien a déposé une plainte analogue réclamant 285 millions d’euros de dommages.
Une pression stratégique sur le modèle économique de Stellantis
Cette crise perturbe l’équilibre opérationnel du constructeur. Les immobilisations prolongées affectent le flux de l’après-vente, un levier majeur de rentabilité. Les distributeurs agréés doivent supporter des coûts de stockage, de gestion client, et de rotation ralentie, qui ne sont pas entièrement compensés.
En outre, le groupe doit intégrer ces aléas dans sa stratégie de répartition géographique des stocks. La tension sur les pièces détachées – notamment les générateurs de gaz sécurisés – provoque des ruptures d’approvisionnement et déstabilise les prévisions de maintenance sur plusieurs marchés.
L’effet domino touche aussi les indicateurs de satisfaction client, en forte baisse depuis mai 2025 selon l’étude Sofres-Techbaromètre, avec des dégradations de 16 points pour la marque Citroën.
L’offensive judiciaire lancée par l’UFC-Que Choisir contre Stellantis dépasse le cadre franco-français. Elle met à l’épreuve la capacité d’un géant industriel à encaisser les externalités de ses défaillances systémiques, à l’heure où le droit de la consommation s’européanise. La solidité financière ne garantit pas l’immunité juridique. Le verdict attendu au quatrième trimestre 2025 pourrait non seulement impacter le résultat net, mais aussi redéfinir les obligations de diligence raisonnable pour tous les industriels de l’automobile.

