Ryanair abandonne trois aéroports français : la taxe de trop ?

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Ryanair abandonne trois aéroports français : la taxe de trop ? © journaldeleconomie.fr

Le ciel français se couvre pour Ryanair. Trois aéroports abandonnés, vingt-cinq lignes rayées, des centaines de milliers de sièges supprimés. Derrière cette hémorragie, une taxe jugée trop lourde par la compagnie irlandaise. Mais est-ce vraiment toute l’histoire ?

En France, Ryanair plie bagage dans trois aéroports

Ce 30 juillet 2025, l’annonce tombe comme un couperet : Ryanair cesse ses opérations dans les aéroports de Bergerac, Brive et Strasbourg. Une décision brutale, mais que la compagnie low cost justifie sans détour : la hausse de la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA), entrée en vigueur en mars 2025, rendrait certaines liaisons économiquement intenables. Résultat : 25 lignes supprimées, 750.000 sièges envolés, et un repli stratégique de 13% des capacités de Ryanair sur le marché français. À Paris-Beauvais, la réduction atteint 8%, à Marseille 9% et à Toulouse 4%.

« Il est inacceptable qu’un pays européen majeur comme la France accuse un tel retard […] avec des taxes et frais de sûreté excessifs […] qui rendent de nombreuses lignes non rentables […] en hiver », a déclaré Jason McGuinness, directeur commercial de la compagnie. Et la menace est à peine voilée : « À moins que le gouvernement ne change de cap, les investissements seront redirigés vers d’autres marchés européens ».

Une taxe jugée « astronomique » par les compagnies aériennes

Dans le viseur de Ryanair, la TSBA, souvent appelée « taxe Chirac », a été sérieusement alourdie par la dernière loi de finances. En mars, elle est passée de 2,63 à 7,40 euros par billet pour les vols intra-européens en classe économique. Et ce n’est qu’un début : 30 euros pour la classe affaires, jusqu’à 120 euros pour les long-courriers.

Un bond qui, selon les acteurs du secteur, n’est pas tenable. Thomas Juin, président de l’Union des aéroports français (UAF), dénonce une politique qui « met en péril l’équilibre économique des lignes régionales ». Il rappelle que « les compagnies dégagent une marge de 6 euros par passager, alors que la TSBA est désormais de 7 euros par billet ».

Ryanair, dont le modèle repose sur des prix planchers et des marges ultra serrées, affirme que cette fiscalité la contraint à se replier sur des marchés plus favorables. L’Espagne, la Pologne, l’Italie ou encore l’Irlande n’imposent aucune taxe équivalente sur les billets d’avion.

Suppressions, mais pas de désert aérien : les lignes conservées

Malgré ce repli, Ryanair ne quitte pas totalement le territoire. Les plateformes de Paris-Beauvais, Marseille et Toulouse continueront à accueillir ses avions, même si les fréquences seront réduites. Et dans les interstices laissés vacants par la compagnie irlandaise, d’autres s’engouffrent. EasyJet, concurrent historique, en profite pour ouvrir dix nouvelles lignes, notamment à Strasbourg.

Mais cette redistribution ne compensera pas tout. À Bergerac, 93% du trafic dépendait de Ryanair ; à Strasbourg, c’était 84%. Ces territoires vont devoir composer avec une chute brutale de fréquentation, aux répercussions directes sur le tourisme et l’emploi local.

Des milliards promis… mais sous conditions

La manœuvre de Ryanair n’a rien d’une simple bouderie fiscale. C’est aussi un coup de pression. La compagnie a d’ores et déjà posé ses conditions : annulez la taxe, et nous reviendrons. Dans un communiqué publié sur son site le 30 juillet 2025, elle promet 2,5 milliards de dollars d’investissement, 25 avions supplémentaires et 750 emplois créés… à la condition que le gouvernement français fasse machine arrière.

Pour l’heure, l’exécutif reste silencieux. Mais derrière cette crise, c’est une conception du transport aérien et de sa fiscalité qui se joue. La transition écologique peut-elle reposer sur des hausses de taxes massives, sans déséquilibrer les territoires ? La réponse ne viendra peut-être pas des compagnies, mais des passagers.

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