Le 11 août 2025, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a infligé une amende de 860.000 euros à l’opérateur SFR. Ce nouveau revers judiciaire s’inscrit dans un contexte national marqué par une hausse préoccupante des retards de paiement entre entreprises, en dépit des multiples dispositifs de régulation en vigueur.
SFR sanctionnée : une récidive révélatrice
L’amende infligée par la DGCCRF à SFR concerne 175 paiements effectués hors délai en 2022 par SFR. Interrogée par Le Monde, l’entreprise a tenté de relativiser l’ampleur de cette infraction, en soulignant que les retards représentaient « une part très limitée par rapport aux centaines de milliers de factures traitées chaque année ».
Ce n’est pas la première fois que SFR fait l’objet d’une sanction. En 2024, l’opérateur avait déjà écopé d’une amende de 670.000 euros, contre 580.000 euros en 2023, 510.000 euros en 2022 et 400.000 euros en 2021. Cette progression continue témoigne d’une situation chronique plutôt qu’anecdotique, malgré les alertes répétées des autorités.
Délais de paiement : une plaie ouverte pour les PME
Le rapport annuel de l’Observatoire des délais de paiement, publié le 11 juillet 2025 par la Banque de France, dresse un tableau sans appel. Le retard moyen a grimpé à 13,6 jours en 2024, contre 12,6 jours un an plus tôt. Les grandes entreprises, à l’image de SFR, accusent des délais moyens de 18 jours, alors que les PME et microentreprises règlent majoritairement leurs fournisseurs dans le délai légal de 60 jours.
Cette dérive a des conséquences tangibles. Le rapport estime à 15 milliards d’euros le manque à gagner pour les petites structures du fait de ces retards. Plus inquiétant encore, la DGCCRF a relevé une hausse de 18,5% des anomalies lors de ses contrôles sur le premier semestre 2025.
L’exécutif serre la vis sur les entreprises fautives
Face à cette situation, le gouvernement annonce un durcissement. Lors d’un point presse tenu à Paris à la mi-juillet 2025, François Bayrou a indiqué vouloir porter les sanctions jusqu’à 1% du chiffre d’affaires mondial des entreprises contrevenantes. Dans la foulée, deux géants de la distribution ont également été sanctionnés : Fnac Darty avec une amende de 3,9 millions d’euros, et CDiscount, sanctionné à hauteur de 2,1 millions d’euros. Une série noire qui montre que la tolérance zéro devient désormais la règle.
Le cadre légal, renforcé par la loi Sapin 2, autorise déjà des sanctions administratives allant jusqu’à 2 millions d’euros par manquement. En cas de récidive, les amendes peuvent être doublées, voire triplées, dans les cas graves de déséquilibre commercial.
Système à deux vitesses ou négligence assumée ?
Une question subsiste : comment une entreprise comme SFR, dont les ressources et la structure permettent l’automatisation comptable, peut-elle accumuler autant de retards ? Erreurs de traitement, choix délibéré, ou stratégie de trésorerie ? La réponse reste floue. Ce que l’on sait, c’est que la trésorerie des PME est devenue une variable d’ajustement pour certaines grandes enseignes, une mécanique que le régulateur entend désormais briser.
La sanction contre SFR n’est pas un cas isolé, mais l’écho d’un dysfonctionnement plus vaste. Tandis que l’État tente de rétablir la confiance dans les échanges interentreprises, les grandes sociétés sont rappelées à leurs obligations. Et cette fois, le rappel sonne comme un avertissement aux accents juridiques retentissants.





