La justice française est-elle trop clémente ? Beaucoup de Français en sont convaincus. Les juges seraient trop indulgents, incapables de sanctionner réellement. La réalité est plus complexe : les magistrats condamnent, parfois lourdement, mais les peines sont mal appliquées, rarement exécutées, et minées par des moyens insuffisants et des procédures absurdes. Résultat : un système devenu illisible et une confiance de la population qui s’effrite. Pourtant, l’urgence est là…
Des juges qui condamnent, mais des peines qui se vident de sens
Contrairement à l’idée reçue, les juges ne manquent pas de sévérité. En 2022, près de 550 000 condamnations pénales ont été prononcées, dont 80 000 peines de prison ferme. Les chiffres démentent donc le cliché du « laxisme ». Mais c’est l’exécution des peines qui pose problème.
Une perpétuité n’est pas une perpétuité : la durée réelle tourne autour de 22 ans en France, contre plus de 40 ans aux États-Unis. Dix ans de prison ne font jamais dix ans. Et une peine dite « ferme » ne garantit pas nécessairement une incarcération. Moins de deux ans de prison et hop vous ne faites pas un seul jour de prison. C’est absurde, scandaleux mais c’est comme ça car on trouve des peines de substitution. Pourtant on peut s’interroger sur le fait qu’il est préférable de stopper net un petit délinquant que d’attendre que les faits soient très graves pour l’incarcérer. Surtout, les mots perdent de leur sens. Le message devient inaudible.
Scène vécue dans un tribunal : un jeune condamné pour séquestration à la prison ferme sans de mandat de dépôt est d’abord abattu par la sanction car il pense qu’il va partir en prison. Son avocat lui explique qu’il ne sera pas incarcéré, qu’il bénéficiera de mesures d’aménagement de peine. Comprenant qu’il ne dormira pas un jour en prison malgré des faits d’une extrême gravité, il se retourne tout sourire vers ses camarades, pouce levé. La justice, censée dissuader, vient de perdre toute crédibilité. Quel message est envoyé à ces jeunes de quartiers populaires : allez y vous ne risquez pas grand chose.
Un système fragilisé par le manque de moyens
Le problème est aussi budgétaire. En 2024, le budget de la justice s’élevait à 10 milliards d’euros. À titre de comparaison, les aides personnelles au logement atteignaient 15,8 milliards en 2022. Ce choix politique pèse lourd : tribunaux surchargés, greffes en tension, prisons saturées (75 000 détenus pour 61 000 places).
Conséquence directe : les courtes peines, notamment celles inférieures à deux ans, sont rarement exécutées. Elles concernent pourtant les délits du quotidien — vols, dégradations, violences légères — qui alimentent le sentiment d’insécurité. Faute de place, ces infractions se soldent trop souvent par un rappel à la loi. Le simple fait d’aménager la peine n’est-elle pas un désaveux pour le tribunal qui a prononcé la peine ? Elles envoient aussi un signal désastreux. Pour des délinquants souvent peu éduqués, peu familiers avec les subtilités du droit, le message est simple : « on peut enfreindre la loi sans conséquence réelle ». La peine n’est pas seulement un châtiment, elle est aussi un message de fermeté adressé à la collectivité. Quand ce message est brouillé, même inaudible, quand une « prison ferme » se transforme en simple retour au domicile, c’est toute la société qui perçoit l’impunité comme la règle et la sanction comme l’exception.
Quand les droits des délinquants priment sur ceux des victimes
Un déséquilibre s’est installé. Les principes des droits de l’homme s’appliquent scrupuleusement aux prévenus : avocat dès la première heure, multiples recours possibles, encadrement des conditions de détention. En revanche, les victimes voient leurs droits fondamentaux fragilisés : liberté de circuler, sécurité physique, respect de la propriété. On assiste aujourd’hui à une inversion des valeurs inquiétante : ce sont souvent ceux qui respectent le vivre-ensemble qui finissent par être sanctionnés, tandis que ceux qui le violent profitent des failles du droit.
A titre d’exemples, les squatteurs, dans certains cas, bénéficient d’une protection juridique supérieure à celle des propriétaires légitimes, qui se retrouvent dépossédés de leur bien. Plus absurde encore : des citoyens qui défendent leur foyer se voient poursuivis plus sévèrement que leurs agresseurs. Cette situation entretient l’idée d’une justice qui punit les honnêtes et protège les fauteurs de trouble, renforçant le sentiment d’injustice et de défiance envers l’État de droit.
À cela s’ajoute une inflation de recours qui ralentit tout. Chaque décision peut être attaquée, reportée, vidée de son sens. Exemple emblématique : les OQTF, où la procédure d’expulsion peut durer des années, au prix de drames évitables. Moins de 10 % des OQTF sont exécutées y compris pour des gens qui ont commis des infractions graves. Résultat des crimes qui auraient pu être évités sont commis par des gens qui n’auraient pas dû être là. Des familles sont endeuillées, des victimes bien réelles n’ont pas été protégées par un État défaillant. Et pourtant rien ne change. Les responsables de ces situations qui ont créé un ensemble de règles complexes ne sentent aucunement responsables des drames qui ont lieu et pourtant c’est bien leurs choix qui ont eu des conséquences dramatiques. Dans la plupart des pays du monde lorsqu’un étranger commet un crime ou un délit il purge sa peine et est expulsé immédiatement avec une interdiction de territoire.
Ni de droite ni de gauche : Le simple retour au bon sens
La sécurité n’est pas de droite ni de gauche. Elle n’est pas davantage d’extrême droite. C’est une évidence qu’on feint d’oublier : la sécurité est un droit fondamental, le premier des droits sociaux. Or ce sont toujours les plus modestes qui paient le prix de l’insécurité : familles de quartiers populaires, mères seules, étudiants précaires, retraités isolés.
Réduire la sécurité à un slogan partisan est une hérésie. Si être de gauche consiste à protéger les plus faibles, alors la gauche devrait être en première ligne pour réclamer l’ordre. Ne pas le faire, c’est abandonner le terrain aux populismes et trahir ceux que l’on prétend défendre.
Trois priorités s’imposent :
- Clarté des peines : la prison ferme doit être de la prison ferme, dix ans doivent être dix ans, perpétuité doit être perpétuité.
- Exécution réelle : davantage de places de prison, davantage de moyens, moins d’automatismes d’aménagement.
- Faire exécuter des petites peines, même de quelques jours de prison pour stopper rapidement les jeunes délinquants
- Rééquilibrage des droits : les droits des victimes doivent être protégés autant que ceux des prévenus.
Une justice crédible n’est pas une justice impitoyable. C’est une justice qui dit ce qu’elle fait et fait ce qu’elle dit. Tant que ce contrat simple ne sera pas respecté, les Français continueront de douter de leur justice. Et sans confiance dans la justice, c’est le lien républicain lui-même qui s’affaiblit.


