L’Assemblée nationale : le bal des amateurs

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Chatgpt Image 6 Nov. 2025 à 12 01 07
Crédit photo JDE | journaldeleconomie.fr

Il y a des jours où l’on se dit que la France est un pays formidable. On peut y devenir député sans avoir jamais lu un rapport d’impact, ni même compris le sens du mot « conséquence ». Il suffit de lever la main au bon moment, et hop, un impôt naît. On applaudit, on se félicite, et on passe à l’amendement suivant. À croire que le législateur, c’est devenu une start-up de la démagogie : on improvise, on pivote, on communique, et tant pis si ça ruine un pan de l’économie au passage.

Dernière trouvaille : l’impôt sur la fortune improductive. Rien que le nom, on dirait une invention de café du commerce. « Ah ben oui, y’a qu’à taxer ce qui produit pas ! » Bonne idée, sauf qu’apparemment, personne n’a pensé à vérifier ce qui produit ou pas. Cet impôt, sorti du chapeau d’un député centriste du MODEM, un certain Matteï qui aurait gagné à rester inconnu, en pleine séance, a été voté dans la précipitation, amendé à la hâte par les socialistes, bref, un grand moment de bricolage fiscal à la française. Pas d’étude d’impact, pas de chiffrage précis, pas de réflexion sur les effets de bord : c’est la gouvernance à la petite semaine. Et les effets de bord, justement ? Personne n’en sait rien. Combien ça va rapporter ? Mystère. Combien ça va coûter à l’économie ? Encore plus mystère. Est-ce que ça va pousser des contribuables à partir ? Est-ce que les œuvres d’art vont filer à l’étranger ? Est-ce que le marché immobilier va se gripper, alors qu’il pèse plus de 10 % du PIB ? Silence radio. Mais qu’importe : l’important, c’est de « faire payer les riches ». On ne gouverne plus pour prospérer, on gouverne pour punir. Le plus drôle, ou le plus triste, c’est que ces amendements de salon sont justifiés au nom de la morale. « Justice sociale », « contribution équitable », « solidarité » : le grand bingo des bons sentiments. On oublie juste que, selon la Déclaration des droits de l’homme, l’impôt n’a rien de moral. Il doit être juste et efficace, pas vertueux. Et l’efficacité, visiblement, c’est devenu un gros mot.

Dans une entreprise normale, avant de prendre une décision stratégique, on fait une étude, on consulte, on chiffre, on teste. Dans la vie, avant d’acheter une maison ou une voiture, on se renseigne. À l’Assemblée, non. On improvise. On débat à l’instinct, on vote à la morale, et on légifère au doigt mouillé. C’est le règne de l’amateurisme, version institutionnelle. L’Assemblée nationale, c’est devenu une boîte de nuit sans DJ, où chacun appuie sur les boutons au hasard en espérant que ça fasse de la musique. Et tout ça dans un contexte où la France a besoin d’efficacité, pas d’émotion. Le budget, c’est censé être un exercice de lucidité : faire vivre l’État tout en favorisant la prospérité. Prospérité de l’État, des entreprises, des citoyens. Mais non : on préfère la taxe symbole, la morale fiscale, la punition pour l’exemple. On en vient même à inventer des projets de taxes sur les holdings, heureusement avortés, histoire d’achever les entrepreneurs qui osent encore investir. 

Résultat : une Assemblée sans boussole, sans rigueur, sans vision. Une grande salle où l’on confond conviction et compétence, indignation et intelligence. On y débat fort, on y comprend peu, et on y décide beaucoup.Le Parlement devrait être le cœur de la raison républicaine. Il est devenu le théâtre du bon vouloir et du mauvais calcul. À force de gouverner à l’émotion, on a transformé la loi en réflexe nerveux. Et quand la République devient impulsive, c’est rarement bon signe.

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