Bercy confirme : ce sont toujours les mêmes qui payent

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Bercy confirme : ce sont toujours les mêmes qui payent © journaldeleconomie.fr

C’est officiel : Bercy a parlé. La Direction générale des finances publiques vient de publier sa note 2025 – la DGFiP Statistiques n° 32, avril 2025 – disponible ici :
https://www.impots.gouv.fr/sites/default/files/media/9_statistiques/0_etudes_et_stats/0_publications/dgfip_statistiques/2025/num32_04/dgfip_stat_32_2025.pdf

Et comme souvent quand l’État dit la vérité, elle est spectaculaire : « les 10 % des foyers les plus aisés contribuent à 76 % de l’impôt net ». Voilà qui a le mérite d’être clair. Pas de polémique, pas de militantisme : les chiffres officiels disent que ce sont toujours les mêmes qui payent l’impôt sur le revenu, pendant que le reste de la nation vit sous perfusion discrète de leur contribution. Le Figaro ajoute une autre révélation : les 0,1 % les plus hauts revenus paient, à eux seuls, plus de 10 % de tout l’impôt sur le revenu. Ceux-là mêmes qu’on présente comme des vampires fiscaux assoiffés de défiscalisation, des ombres gluantes qui « ne paieraient rien ». Eh bien si : ils payent. Beaucoup. Immensément. Et surtout, silencieusement. Pour les remercier de leur générosité obligatoire, la France applique une méthode infaillible : rajouter des couches. Impôt sur les revenus élevés. Impôt sur la fortune immobilière improductive. Contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, exceptionnelle comme la pluie en novembre. Le tout saupoudré d’une rhétorique politique qui consiste à leur expliquer qu’ils coûtent plus qu’ils ne rapportent, ce qui relève du comique involontaire. Ils payent, on les engeule et ils doivent dire merci.

Mais derrière cette accumulation d’impôts, il y a un raisonnement implicite, quasiment philosophique, qui mérite d’être cité dans sa pure perfection logique. C’est un syllogisme national, un bijou de la pensée politique française, une démonstration à la fois simple et imparable :

1. Les riches sont des profiteurs et c’est injuste.
C’est le postulat indiscutable, martelé au mégaphone dans l’hémicycle. Peu importe ce qu’ils font, ce qu’ils financent, ce qu’ils créent : s’ils sont riches, c’est que quelque part, ils ont volé quelqu’un. La preuve ? Ils sont riches.

2. Puisqu’ils sont méchants, il faut les taxer pour les punir.
On ne peut pas laisser des méchants garder leur argent. Ce serait immoral. Il faut les corriger, les redresser fiscalement, leur rappeler la vertu par le portefeuille. Plus l’impôt fait mal, plus la République est juste. On invente des impôts, peu importe que ça rapporte peu. Ce n’est pas le sujet : ça doit punir, être douloureux, rédempteur.

3. Comme ils refusent la punition, certains partent.
Ils se délocalisent, ils changent de résidence fiscale, ils s’exilent. Ce qui est évidemment la preuve qu’ …ils étaient bien des méchants. CQFD. S’ils étaient bons, ils aimeraient être taxés. Leur départ prouve leur culpabilité. On tient là un raisonnement circulaire d’une élégance absolue : on part d’un préjugé, on le taxe, on provoque la fuite, puis on utilise la fuite pour prouver la véracité du préjugé. Un miracle logique. Presque scientifique.

Ce syllogisme absurde est précisément ce qui rend la politique fiscale française si dangereuse. Car derrière l’humour, il y a un vrai problème : dans les classes moyennes supérieures et les classes supérieures, un profond malaise s’installe. Beaucoup envisagent de partir, beaucoup partent réellement. Parfois même silencieusement avec un exode de jeunes diplômés brillants. Et on dirait que personne ne comprend qu’un contribuable insulté, surtaxé, culpabilisé et accroché comme une prise murale finit par se décrocher. C’est là que l’irresponsabilité politique devient une forme de sabotage économique. Car contrairement à l’imaginaire enfantin selon lequel « le gâteau est stable », la richesse n’est pas un stock à répartir équitablement. Le gâteau grossit. Les gens qui réussissent, qui gagnent, qui consomment, qui investissent, font gonfler la pâte. Ils créent de la valeur, ils financent les services publics, ils font circuler l’argent, ils font vivre les autres. Ils créent des entreprises, travaillent dur, ont du talent. Mais en France, on préfère s’en tenir à une morale simpliste : « S’il gagne beaucoup, c’est qu’il a pris trop. » Vieille rengaine marxiste du vol de la valeur ajoutée. Alors on frappe. On taxe. On humilie. Et quand la vache à lait commence à regarder vers l’étranger, au lieu de s’inquiéter, on se félicite : « Voyez, il part ! C’était bien un salaud ! » L’intérêt général, le vrai, commande exactement l’inverse : créer un contexte où ces contribuables restent, investissent, embauchent, produisent. Pas les chasser. Pas les insulter. Pas les punir au nom d’une vertu imaginaire. Le risque n’est pas théorique. Il est concret : un matin, l’État pourrait se réveiller et se rendre compte que les gens qui payaient 76 % de l’impôt sur le revenu ne sont plus là. Et il découvrira alors que la morale fiscale ne finance ni écoles, ni hôpitaux, ni retraites. En attendant, le système continue, comme toujours, de tourner grâce aux mêmes. Et souvent contre les mêmes. Un cercle parfait. Presque aussi parfait que le syllogisme qui le justifie.

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