Nutri-Score obligatoire : les consommateurs bientôt mieux informés ?

Une pétition citoyenne, soutenue par l’Académie nationale de médecine et 78 organisations de santé, demande de rendre le Nutri-Score obligatoire sur les emballages alimentaires. Derrière cette mobilisation, l’enjeu dépasse le logo : il s’agit de savoir jusqu’où l’information nutritionnelle doit s’imposer aux industriels.

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Le Nutri-Score reste facultatif, malgré une pression croissante du monde médical. | journaldeleconomie.fr

Le Nutri-Score est de nouveau au centre des débats sur l’alimentation. Alors que son affichage reste fondé sur le volontariat des marques, une pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale veut imposer sa présence sur les emballages. Le texte est désormais porté par un front sanitaire large, réunissant l’Académie nationale de médecine, 45 sociétés savantes et 33 associations citoyennes.

Nutri-Score : une bataille d’information dans les rayons

Pour les consommateurs, le sujet se joue en quelques secondes devant un produit. Le Nutri-Score a été conçu pour rendre visible, dès la face avant de l’emballage, la qualité nutritionnelle d’un aliment. Son code à cinq lettres, de A à E, et ses couleurs allant du vert au rouge doivent permettre de comparer plus facilement des produits d’une même catégorie.

Ce principe reste pourtant incomplet dans les rayons. L’affichage du logo repose toujours sur la décision des entreprises. Certaines marques l’utilisent, d’autres non. Pour les défenseurs du dispositif, cette situation crée une information à deux vitesses : les consommateurs voient la note sur une partie des produits, mais ne disposent pas toujours du même repère pour l’ensemble de leurs achats.

C’est ce verrou que la pétition entend faire sauter. Son intitulé, publié sur la plateforme de l’Assemblée nationale, demande explicitement de rendre obligatoire l’affichage du Nutri-Score sur les emballages des aliments en France. Selon les éléments rapportés par l’AFP et repris par Le Figaro, la pétition avait recueilli près de 57.000 signatures au moment où le soutien de l’Académie nationale de médecine et de 78 structures de santé a été annoncé.

Le cœur de l’argument est sanitaire. Les auteurs du texte défendent l’obligation d’affichage « pour améliorer la santé des consommateurs en réduisant le risque de maladies chroniques ». La formulation replace le Nutri-Score dans un débat plus large : celui du coût humain et collectif d’une alimentation trop riche en sel, sucres ou graisses saturées.

Santé publique : le soutien d’un front médical élargi

Le poids politique de la pétition tient surtout à la coalition qui l’appuie. L’Académie nationale de médecine lui apporte son soutien, aux côtés de 45 sociétés savantes et de 33 associations. Parmi les organisations citées figurent notamment des acteurs de la nutrition, du diabète, du cancer ou de la prévention.

Ce soutien n’est pas anodin. Il transforme une revendication de consommateurs en demande structurée par le monde médical. Les signataires considèrent que l’étiquetage nutritionnel ne relève pas seulement du choix individuel, mais d’une politique de prévention. L’information visible sur les emballages peut aider à orienter les achats, tout en incitant les fabricants à améliorer certaines recettes.

Les promoteurs du Nutri-Score insistent également sur la robustesse scientifique du dispositif. La pétition mentionne « plus de 150 études publiées en Europe » ayant évalué son intérêt. Santé publique France rappelle par ailleurs que des travaux ont associé la consommation d’aliments moins bien classés avec un risque plus élevé de maladies chroniques, notamment de pathologies cardiovasculaires, de cancers, de syndrome métabolique ou de surpoids.

Le contexte sanitaire donne du relief à cette demande. Le texte de la pétition évoque « un contexte d’augmentation continue du surpoids et de l’obésité », qui concernerait un adulte sur deux et près d’un enfant sur cinq en France. Dans cette perspective, l’étiquetage devient un outil de prévention accessible au plus grand nombre, et non un simple instrument d’information commerciale.

Le volontariat, point de friction avec les industriels

Le Nutri-Score est connu du grand public, mais son déploiement reste inégal. Santé publique France recensait 1.406 entreprises engagées dans la démarche en avril 2024, pour une part de marché estimée à 62% des volumes de ventes en 2024. Ces chiffres montrent que le dispositif a largement progressé depuis son lancement, sans pour autant couvrir l’ensemble du marché.

La limite du système actuel apparaît précisément dans ce volontariat. Les marques peuvent choisir d’apposer le logo, mais elles peuvent aussi s’en dispenser. Les défenseurs du Nutri-Score estiment que cette liberté avantage les produits qui préfèrent ne pas exposer leur classement. La pétition affirme ainsi que « certains grands groupes agro-alimentaires refusent de l’afficher sur leurs produits ».

Cette critique vise directement la capacité des industriels à contrôler la visibilité de l’information. Lorsque le Nutri-Score est favorable, il peut devenir un argument de vente. Lorsqu’il l’est moins, son absence prive le consommateur d’un signal simple. Pour les signataires, l’obligation permettrait donc de rétablir une règle commune dans les linéaires.

Les oppositions du secteur agroalimentaire se sont renforcées avec la révision du calcul du Nutri-Score. Depuis le 16 mars 2025, une nouvelle méthode d’évaluation est entrée en vigueur, avec une période de transition de deux ans pour les entreprises. Santé publique France estime que 30% à 40% des produits devraient voir leur note évoluer avec cette version actualisée.

Cette évolution corrige plusieurs limites de l’ancien système. Elle pénalise davantage certains aliments sucrés ou salés, modifie l’évaluation des boissons et distingue mieux certaines catégories. L’eau reste la seule boisson pouvant être classée A, tandis que les boissons contenant des édulcorants ne peuvent plus obtenir la note B. À l’inverse, certaines huiles comme l’huile d’olive, de colza ou de noix sont mieux notées qu’auparavant.

Après l’échec parlementaire, le levier citoyen

La relance par pétition intervient après une séquence politique défavorable aux partisans du Nutri-Score obligatoire. En novembre et décembre 2025, la mesure a été discutée dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Elle a d’abord été soutenue par des amendements à l’Assemblée nationale, avant d’être rejetée au Sénat, puis écartée à l’Assemblée nationale début décembre.

Cette succession de votes a montré la difficulté à imposer une obligation nationale dans un domaine où les industriels, les distributeurs, les autorités sanitaires et les institutions européennes avancent à des rythmes différents. Le Nutri-Score est déjà utilisé dans plusieurs pays européens, mais aucun cadre unique ne l’impose encore à l’ensemble des produits alimentaires dans l’Union européenne.

La pétition cherche donc à rouvrir le dossier par un autre chemin. En s’appuyant sur la plateforme de l’Assemblée nationale, ses initiateurs espèrent rendre visible une demande citoyenne et remettre la question à l’agenda politique. La mobilisation de l’Académie nationale de médecine et de nombreuses organisations de santé donne à cette démarche une légitimité supplémentaire.

Pour le grand public, le débat peut sembler technique. Il touche pourtant à un arbitrage très concret : faut-il laisser les marques décider de l’information nutritionnelle qu’elles affichent en face avant, ou imposer une règle identique pour tous les produits ? La réponse déterminera la place du Nutri-Score dans les achats du quotidien, mais aussi le rapport de force entre prévention sanitaire et stratégie commerciale.

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