Le Bureau national des statistiques de Chine a publié mercredi des chiffres décevants : la deuxième économie mondiale n’a progressé que de 4,3 % sur un an au deuxième trimestre 2026, soit son rythme le plus faible depuis fin 2022, quand les restrictions sanitaires liées au Covid-19 paralysaient encore le pays. Les économistes sondés par l’AFP tablaient sur 4,5 %.
Ce ralentissement survient après une croissance de 5 % au premier trimestre, et ramène la performance semestrielle à 4,7 %, ce qui reste dans la fourchette cible fixée par Pékin. Ce résultat pourrait suffire à contenir les appels à une intervention politique d’envergure dans l’immédiat.
Le Bureau a lui-même formulé un diagnostic peu flatteur : « Il existe de nombreux facteurs externes instables et incertains, et le déséquilibre intérieur entre une offre abondante et une demande faible persiste. » Il ajoute que « les fondations d’une reprise économique doivent encore être consolidées ».
L’investissement s’effondre, la consommation peine à redémarrer
La faiblesse de la demande intérieure reste le point le plus préoccupant. L’investissement en capital fixe a chuté de 5,7 % sur un an au premier semestre 2026. Une contraction d’une telle ampleur ne s’est produite que deux fois depuis la fondation de la République populaire, en 1961 et en 1967.
Lynn Song, économiste en chef pour la Grande Chine chez ING, décrit dans un entretien au Financial Times « une chute encore plus importante des investissements en actifs fixes, avec une croissance annuelle négative, et des ventes au détail à peine positives ». Son verdict est sans ambiguïté : « Les données mensuelles dressent un tableau globalement sombre. »
Li Daokui, professeur d’économie à l’université Tsinghua et conseiller de la direction de Pékin, avait jugé lors d’un discours rapporté par des médias chinois que l’intensité et l’ampleur de cette décroissance cumulative négative sont sans précédent. Il avait averti que ces problèmes, ainsi que le chômage, doivent faire l’objet de notre attention la plus absolue.
Les ventes de détail ont tout de même rebondi de +1 % en juin sur un an, après un recul de 0,6 % en mai. Hors automobiles, elles ont progressé de 3 %. Les ventes de véhicules sur le marché intérieur, en revanche, se sont effondrées de plus de 16 % sur le même mois.
La production industrielle, elle, s’en est mieux sortie : +5,3 % en juin sur un an, contre +4,5 % en mai et une prévision des analystes de Bloomberg à 4,6 %.
À l’export, une vitalité spectaculaire mais inégale
Si la demande intérieure reste atone, les exportations donnent un tout autre tableau. En juin, elles ont bondi de 27 % sur un an en dollars, dépassant largement les 19 % anticipés. Les importations ont progressé de 36 %, elles aussi mieux qu’espéré.
L’automobile tire la locomotive : la Chine a exporté plus d’un million de voitures sur le seul mois de juin, une première, avec des volumes en hausse de 72 % sur un an grâce aux véhicules électriques.
Les exportations de semi-conducteurs en valeur ont, elles, bondi de 122 %. Mais Julian Evans-Pritchard, analyste de Capital Economics, tempère l’enthousiasme : ces chiffres « reflètent principalement la récente flambée des prix des semi-conducteurs […] due à la pénurie persistante de puces-mémoires », le volume des exportations ayant en réalité légèrement reculé sur un an en juin, « sa première baisse depuis plus de deux ans ».
Cette dépendance croissante à l’export fragilise pourtant le modèle. Les exportations représentent environ 20 % du PIB chinois, et Song souligne que les exportations nettes restent en baisse par rapport à l’année précédente. Les gouvernements locaux, jadis moteurs de l’investissement public, sont désormais décrits par Li Daokui comme des « goulets d’étranglement ».
Yue Su, analyste à The Economist Intelligence Unit, relève que la demande intérieure reste le maillon faible : en juin, les importations de pétrole sont restées à un niveau historiquement bas par rapport à l’année précédente, tandis que les industries en aval, comme la chimie, continuent d’enregistrer une faible croissance.
Elle note également que la croissance des revenus des ménages chinois continue d’être inférieure à celle du PIB, ce qui pèse sur la confiance des consommateurs.





