AMI veut réunir dans une même application des démarches publiques aujourd’hui éparpillées entre plusieurs services. Derrière cette promesse de simplicité, l’État engage surtout un vaste chantier de coordination administrative.
AMI, le chantier de connexion des services publics
AMI part d’un constat familier aux usagers : la dématérialisation n’a pas nécessairement rendu l’administration plus homogène. Les demandes peuvent être effectuées en ligne, mais chacune conserve souvent son propre parcours, ses notifications et son espace de suivi. Un contribuable, un automobiliste ou une personne qui déménage doit encore passer d’un service à l’autre pour accomplir des formalités pourtant liées à une même situation.
Le projet porté par la Direction interministérielle du numérique, la Dinum, et la Direction de l’information légale et administrative, la Dila, veut agir sur cette fragmentation. Sa fiche officielle le présente comme « une application mobile qui allie confiance et personnalisation pour accompagner les usagers dans leur vie administrative », peut-on lire sur beta.gouv.fr.
L’ambition dépasse donc la création d’un simple répertoire de liens. AMI doit réunir plusieurs démarches dans une interface commune, afficher leur progression et éviter à l’utilisateur de recommencer son identification à chaque changement de service. La connexion reposerait sur FranceConnect, déjà utilisé comme moyen d’accès partagé par de nombreux organismes publics.
Selon Acteurs publics, les administrations partenaires n’auraient pas à reconstruire leurs procédures. Elles pourraient raccorder des démarches existantes à différentes briques communes proposées par AMI. L’application servirait alors de couche d’orchestration entre les services, tandis que les traitements continueraient d’être assurés par les organismes compétents.
Cette distinction est essentielle. Le futur service ne remplacera ni l’administration fiscale, ni les services chargés des titres, ni les collectivités territoriales. Il doit plutôt rendre leurs outils accessibles depuis une porte d’entrée commune.
L’application veut devancer les besoins de l’usager
L’une des transformations envisagées concerne la manière dont l’administration présente ses services. Aujourd’hui, le citoyen doit généralement connaître la démarche qu’il recherche, trouver le bon site et comprendre quel organisme en est responsable. AMI entend renverser cette logique en tenant compte de la situation de l’utilisateur.
Après un changement de domicile, par exemple, l’application pourrait signaler les formalités pertinentes et proposer les services correspondant à la nouvelle commune. Elle pourrait aussi exploiter des renseignements déjà fournis afin de compléter certaines parties des formulaires.
Ce fonctionnement s’appuie sur le principe administratif « Dites-le-nous une fois » : une donnée déjà connue d’un organisme public ne devrait pas être réclamée à nouveau sans nécessité. L’enjeu est moins spectaculaire qu’une application universelle, mais il touche directement l’une des principales irritations provoquées par les démarches numériques : devoir saisir plusieurs fois une adresse, un état civil ou une information déjà communiquée.
Acteurs publics rapporte également qu’une fonction consacrée aux notifications est expérimentée. Elle permettrait de réunir les dossiers engagés et d’avertir le titulaire du compte lorsqu’une demande évolue ou est validée. Le média évoque ainsi un « suivi en temps réel » depuis le téléphone.
Une messagerie instantanée est par ailleurs étudiée pour certains services. Elle pourrait offrir une assistance lorsque l’usager rencontre un blocage, sans qu’une généralisation de cette fonctionnalité soit encore annoncée.
Une promesse conditionnée à l’adhésion des administrations
L’intérêt d’AMI sera directement proportionnel à l’étendue de son catalogue. Une interface unique n’apportera qu’un gain limité si peu de procédures peuvent y être réalisées ou suivies. Le défi est donc autant organisationnel que technique : chaque ministère, opérateur ou service partenaire doit accepter de connecter ses outils et de partager certaines informations d’état avec l’application.
Plusieurs acteurs sont déjà associés au projet. Acteurs publics cite notamment Démarches numériques, France services, le groupement Acyma qui pilote Cybermalveillance.gouv.fr, ainsi que « Ma Sécurité », le service numérique de la police et de la gendarmerie. Des ateliers doivent permettre à d’autres administrations de préciser leurs besoins et d’intégrer progressivement le dispositif.
Le projet se situe officiellement au stade de la construction. D’après beta.gouv.fr, il est entré en investigation le 1er mars 2025, puis en construction le 1er avril de la même année. Son code source est public et les technologies déclarées comprennent Python et JavaScript. En revanche, aucun budget, aucune statistique d’utilisation, aucune matrice d’impact et aucune analyse de risque ne sont encore publiés sur sa fiche. L’évaluation selon les standards de qualité de beta.gouv.fr n’a pas davantage été réalisée à ce jour.
Ces absences ne signifient pas que le projet est inactif, mais elles invitent à distinguer les fonctions envisagées de celles qui seront effectivement disponibles au lancement.
Le calendrier d’octobre 2026 reste à confirmer
Une version alpha serait testée depuis janvier 2026 auprès de plusieurs administrations, selon les informations recueillies par Acteurs publics. Le média spécialisé avance une possible ouverture aux usagers en octobre 2026, sous réserve du déroulement des développements et des essais.
Frandroid a repris ce calendrier en précisant qu’il ne provient pas d’une annonce officielle destinée au grand public. La fiche de beta.gouv.fr indique seulement qu’AMI est « en construction » et ne mentionne aucune date de sortie.
L’échéance d’octobre doit donc être considérée comme un objectif de travail plutôt que comme un lancement définitivement arrêté. Une ouverture progressive, avec un nombre limité de formalités, paraît possible compte tenu du principe même du projet : enrichir l’application au fur et à mesure que de nouvelles administrations rejoignent le socle.
À plus long terme, l’équipe envisagerait une extension à des usages qui ne reposent pas uniquement sur un compte FranceConnect personnel. Acteurs publics évoque une réflexion pour 2027 autour de ProConnect, le dispositif d’identification destiné aux professionnels, qui pourrait notamment permettre de gérer des démarches pour une association.
La centralisation des démarches impose une sécurité renforcée
Le rassemblement des services administratifs dans une même application soulève une question immédiate : celle des données personnelles. AMI pourrait manipuler des informations relatives à l’identité, à la famille, au domicile, aux impôts ou aux véhicules. Une compromission aurait donc des conséquences bien plus sensibles que pour une application ordinaire.
L’architecture envisagée limiterait la circulation de ces renseignements. D’après Acteurs publics, les données les plus sensibles seraient conservées localement sur l’appareil, tandis qu’un volume « minimum » transiterait par les serveurs.
Cette orientation devra encore être accompagnée d’explications précises sur le chiffrement, la récupération d’un accès après la perte du téléphone ou la révocation d’un appareil compromis. La promesse officielle repose explicitement sur la confiance : beta.gouv.fr présente AMI comme « un assistant pour la vie administrative ». Pour mériter ce rôle, l’application devra prouver qu’elle simplifie la relation avec les services publics sans créer un point de vulnérabilité unique.
Elle devra aussi coexister avec les canaux traditionnels. Les personnes dépourvues de smartphone, mal à l’aise avec les outils numériques ou ayant besoin d’un accompagnement ne pourront pas dépendre exclusivement d’une application. L’enjeu ne sera donc pas de supprimer les autres formes d’accès à l’administration, mais de rendre enfin cohérent le parcours numérique de ceux qui les utilisent.





