Deux pétroliers saoudiens font demi-tour en mer Rouge : le blocus houthi produit ses premiers effets concrets en moins de 24 heures

Deux pétroliers saoudiens ont déjà fait demi-tour en mer Rouge. Et si les Houthis bloquaient Bab el-Mandeb, c’est 7 % de l’approvisionnement mondial en pétrole qui s’évaporerait. Le baril, lui, ne s’y est pas trompé.

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Deux pétroliers saoudiens font demi-tour en mer Rouge : le blocus houthi produit ses premiers effets concrets en moins de 24 heures
Deux pétroliers saoudiens font demi-tour en mer Rouge : le blocus houthi produit ses premiers effets concrets en moins de 24 heures © journaldeleconomie.fr

Deux navires chargés de brut saoudien ont fait demi-tour en mer Rouge, selon le cabinet de sécurité maritime Vanguard Tech, qui les a identifiés mardi après leur chargement de brut saoudien dans le port de Yanbu. C’est la première fois depuis l’annonce du blocus houthi, prononcée la veille, que des effets concrets sont observés sur le trafic maritime, alerte le 20 Minutes.

Les rebelles houthis du Yémen avaient déclaré lundi un « embargo maritime contre l’ennemi saoudien criminel, fondé sur la loi du talion, applicable immédiatement ». Dans leur communiqué, les forces armées houthies présentent cette mesure comme une réponse au siège injuste et oppressif qu’Arabie saoudite imposerait aux ports et aéroports du Yémen.

Le blocus vise l’ensemble du trafic maritime à destination et en provenance des ports saoudiens de la mer Rouge, dont Yanbu est le principal.

Yanbu, talon d’Achille de l’économie saoudienne

Le port pétrolier de Yanbu n’est pas un terminal ordinaire. Depuis la fermeture partielle du détroit d’Ormuz par l’Iran, Riyad y a redirigé plus de 70 % de ses exportations quotidiennes de pétrole brut, faisant de la côte saoudienne de la mer Rouge la voie de sortie quasi exclusive du royaume pour ses hydrocarbures.

Les cargaisons destinées à l’Europe remontent ensuite vers le canal de Suez ; celles à destination de l’Asie doivent franchir le détroit de Bab el-Mandeb, à l’extrémité sud de la mer Rouge.

C’est précisément ce goulet que les Houthis contrôlent de fait depuis des années. En juin 2026, 7,4 millions de barils par jour transitaient par Bab el-Mandeb, contre 4,2 millions l’année précédente, une hausse directement liée au report du trafic depuis Ormuz. Andreas Krieg, expert en sécurité au King’s College de Londres, estime qu’une crise simultanée à Ormuz et à Bab el-Mandeb produirait un choc bien plus important que l’un ou l’autre blocus pris isolément.

La fermeture du détroit d’Ormuz a déjà entraîné une réduction d’environ 10 % de l’offre mondiale de pétrole. Un blocage de Bab el-Mandeb pourrait faire chuter l’approvisionnement mondial en pétrole d’environ 7 %, la majeure partie des exportations saoudiennes se retrouvant immobilisée.

Les marchés n’ont pas tardé à réagir. Le baril de Brent grimpait à 91,37 dollars mardi matin, après avoir déjà brièvement franchi ce seuil dans le sillage des échanges de frappes américano-iraniens du week-end. L’Agence internationale de l’énergie a exprimé des inquiétudes concernant la sécurité d’approvisionnement, tout en notant l’existence de facteurs d’amortissement.

Une menace qui pèse même sans un tir

Pour Mohammed al-Basha, analyste au cabinet de conseil en gestion des risques Basha Report, le simple effet d’annonce est déjà opérationnel : même si aucun navire n’est attaqué, l’annonce risque à elle seule de perturber le trafic maritime et de semer le doute dans les ports saoudiens, la question cruciale restant de savoir si les Houthis passeront des menaces à l’action.

Ce n’est pas la première fois que les Houthis perturbent la navigation en mer Rouge. Pendant la guerre à Gaza, le groupe avait déjà mené des attaques de drones et de missiles contre des navires dans ces eaux. Les semaines précédant l’annonce avaient par ailleurs été marquées par une escalade au Yémen : le 13 juillet, des missiles et drones houthis avaient visé l’aéroport international d’Abha, dans le sud de l’Arabie saoudite, en réponse à une frappe de la coalition pro-saoudienne sur l’aéroport de Sanaa.

Le moment choisi pour le blocus n’est pas anodin. Krieg note que Téhéran aurait pu demander aux Houthis de préparer le front de Bab el-Mandeb, même si le groupe rebelle conserve, selon lui, une autonomie considérable.

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