Les retraites pourraient-elles demain être discutées un peu comme les salaires ? Jean-Pierre Farandou propose que leur revalorisation fasse chaque année l’objet d’une négociation associant syndicats et organisations patronales. Une piste encore très loin d’être adoptée, mais qui pose une question de fond : faut-il continuer à faire dépendre essentiellement l’évolution des pensions d’une formule liée aux prix ?
Retraites : le ministre du Travail veut installer une négociation annuelle
Le débat sur les retraites ne porte plus uniquement sur l’âge de départ ou sur le financement du système. Le mode d’évolution des pensions revient à son tour sur la table. Jean-Pierre Farandou souhaite ouvrir une discussion annuelle avec les partenaires sociaux afin de déterminer leur revalorisation.
Le ministre avait exposé le principe dès le 13 septembre. Il proposait alors de « traiter justement la revalorisation des retraites comme les salaires par une négociation annuelle de revalorisation », selon les propos rapportés par TF1 Info. Il précisait néanmoins que la décision resterait du ressort de l’État.
Cette nuance est essentielle. Il ne s’agit pas de confier directement aux syndicats et au patronat la fixation des pensions, mais de créer un rendez-vous de négociation susceptible d’éclairer ensuite la décision publique.
Jean-Pierre Farandou a remis cette proposition en avant lors de son passage sur TF1 le 21 septembre. Il assure en parallèle que les pensions ne diminueraient pas nominalement. Quelques jours auparavant, il avait déjà déclaré : « Aucune retraite ne sera réduite l’année prochaine. On parle de réévaluation, de combien on réévalue », rapporte TF1 Info.
La différence est importante : ne pas diminuer le montant d’une pension ne garantit pas nécessairement le maintien de son pouvoir d’achat. Une pension inchangée lorsque les prix progressent entraîne mécaniquement une perte en termes réels.
Derrière la proposition de Farandou, la question de l’indexation
La piste défendue par le ministre du Travail reviendrait surtout à donner davantage de place à la négociation dans un domaine actuellement largement encadré par une formule légale.
Les retraites de base sont aujourd’hui revalorisées chaque année selon un mécanisme tenant compte de l’évolution des prix à la consommation hors tabac. Ce système a notamment conduit à une augmentation de 0,9% des pensions de base au 1er janvier 2026.
Faire intervenir les partenaires sociaux changerait donc la logique de décision. La discussion pourrait prendre en compte la situation financière du système, la conjoncture économique ou encore les enjeux de pouvoir d’achat. Reste à savoir quelle place conserverait l’inflation dans un éventuel nouveau dispositif.
Le gouvernement n’a, à ce stade, présenté aucun mécanisme définitif permettant de répondre à cette question.
Le sujet est d’autant plus sensible que la revalorisation constitue un enjeu financier considérable. Le gouvernement estime que, sans mesures nouvelles, les dépenses consacrées aux retraites augmenteraient de 12 milliards d’euros en 2027, sous l’effet notamment de la revalorisation et de l’arrivée de nouveaux retraités, selon les déclarations de la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon rapportées par TF1 Info.
C’est dans cet écart entre protection du pouvoir d’achat et maîtrise de la dépense que la proposition de Jean-Pierre Farandou prendrait tout son sens.
Budget 2027 : jusqu’à 6 milliards d’euros d’effort sur les retraites
Le calendrier de cette proposition n’a rien d’anodin. Les pensions sont déjà au centre des discussions sur le budget 2027.
Le gouvernement cherche à contenir la progression des dépenses de retraite. Le 11 septembre, le ministre des Comptes publics David Amiel avait indiqué que l’exécutif visait jusqu’à 6 milliards d’euros d’économies sur ce poste en 2027, tout en précisant que les modalités devaient encore être arbitrées, selon Le Monde.
Le 21 septembre, Jean-Pierre Farandou a défendu la répartition envisagée de l’effort budgétaire. « Six milliards, cela représente 10% de l’effort. Les retraités, c’est 25% de la population. Il me semble que c’est raisonnable et proportionné », a-t-il déclaré sur TF1, selon TF1 Info.
Ce montant ne signifie toutefois pas que 6 milliards d’euros seraient directement retirés aux pensionnés. Le gouvernement raisonne notamment sur la progression attendue des dépenses et sur la possibilité d’en limiter une partie.
Des pistes beaucoup plus concrètes circulent déjà. L’avant-projet de loi de financement de la Sécurité sociale transmis au Conseil d’État envisage un traitement différent selon le montant total des pensions perçues, rapporte Le Monde.
Les retraités touchant moins de 1.260 euros par mois conserveraient, dans cette version de travail, une pension de base évoluant au même rythme que l’inflation. Entre 1.260 et 2.034 euros, la hausse de la pension de base serait inférieure à celle des prix. À partir de 2.034 euros de pensions mensuelles totales, la retraite de base pourrait être gelée.
Ces seuils ne sont pas définitifs. Le ministère du Travail a indiqué que les textes n’étaient pas encore arbitrés, tandis que le cabinet du ministre des Comptes publics a souligné que le sujet devait encore passer par les négociations politiques et le débat parlementaire.
Une nouvelle place pour les partenaires sociaux ?
Au-delà du budget 2027, la proposition de Jean-Pierre Farandou ouvre donc un chantier plus durable : celui de la gouvernance des pensions.
Le système actuel permet aux retraités de connaître à l’avance le principe général utilisé pour calculer la revalorisation. Une négociation annuelle créerait nécessairement davantage de discussions autour du taux retenu et des critères permettant de le déterminer.
Plusieurs inconnues restent entières. Le futur rendez-vous concernerait-il toutes les retraites ou seulement les pensions de base ? Le lien avec l’inflation serait-il maintenu sous la forme d’un plancher ? Les partenaires sociaux disposeraient-ils seulement d’un rôle consultatif ou seraient-ils chargés de parvenir à un accord avant une décision de l’État ?
Jean-Pierre Farandou a pour l’instant surtout posé un principe. Son idée est de rapprocher la discussion sur les pensions de celle qui existe pour les rémunérations, sans abandonner le pouvoir de décision de l’État.
La proposition doit également être distinguée des mesures immédiatement envisagées pour 2027. Le gel ou la sous-indexation actuellement étudiés relèvent du prochain budget de la Sécurité sociale. Une négociation annuelle constituerait, elle, une modification plus structurelle de la manière dont pourrait être déterminée l’évolution future des pensions.
Et rien ne permet encore d’affirmer qu’elle sera retenue. Les précédents débats budgétaires ont montré que les projets touchant à l’indexation des retraites pouvaient être profondément modifiés au Parlement. Pour 2027 aussi, l’exécutif présente les dispositions actuellement sur la table comme des propositions soumises à la concertation. Bercy les décrit comme des mesures destinées à nourrir les discussions parlementaires, rapporte Le Monde.



