Quand le PER est-il une mauvaise idée ?

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Quand le PER est-il une mauvaise idée ? © journaldeleconomie.fr

Douze millions et demi de Français détiennent aujourd’hui un plan d’épargne retraite, pour un encours dépassant 141 milliards d’euros à la fin du troisième trimestre 2025. Le produit s’est imposé en six ans comme le réflexe de l’épargne longue.

Cette réussite masque un malentendu. Le PER n’est pas un bon placement dans l’absolu. C’est un outil fiscal dont la rentabilité dépend entièrement de votre situation personnelle. Il peut se révéler franchement inadapté pour une partie non négligeable des épargnants qui le souscrivent. Voyons dans quels cas.

Comment fonctionne l’avantage fiscal du PER ?

Le mécanisme tient en une phrase. Les sommes versées se déduisent de votre revenu imposable, ce qui allège votre impôt l’année suivante.

L’économie réalisée correspond exactement à votre tranche marginale d’imposition. Un versement de 5 000 € fait gagner 1 500 € à un contribuable imposé à 30 %. Le même versement rapporte 2 250 € à celui qui atteint la tranche à 45 %. À effort identique, l’écart est du simple au double.

Le plafond de déduction s’élève en 2026 à 10 % des revenus professionnels nets de l’année précédente, dans la limite de 37 680 €. Les travailleurs non salariés bénéficient d’un plafond majoré pouvant atteindre 88 911 €. Nouveauté appréciable cette année, les plafonds non consommés se reportent désormais sur cinq exercices au lieu de trois.

Tout se joue donc sur un paramètre unique. Votre taux d’imposition.

Pour quels profils le PER vaut-il vraiment le coup ?

Commençons par les bonnes nouvelles, elles concernent une population précise.

Le cadre en milieu de carrière imposé à 30 % ou davantage, dont les revenus baisseront mécaniquement une fois retraité, réalise une opération redoutablement efficace. Il déduit à taux fort aujourd’hui, il récupère à taux plus faible demain. L’écart entre les deux constitue le gain réel.

Le travailleur indépendant y trouve un intérêt encore supérieur, grâce à un plafond de déduction nettement plus généreux. Le contribuable qui encaisse une année exceptionnelle, prime importante ou plus-value ponctuelle, dispose aussi d’un levier puissant pour amortir un pic d’imposition.

Reste ensuite à choisir son contrat. C’est là que les écarts se creusent. Les frais et l’étendue des supports proposés varient énormément d’un établissement à l’autre. Chez Corum L’Épargne par exemple, le contrat CORUM PERLife permet d’investir dans un PER dès 50 € par versement, en composant soi-même entre épargne immobilière, obligations et fonds euro. Ces supports en unités de compte présentent un risque de perte en capital, les performances passées ne préjugeant pas des performances futures.

Ces profils partagent un point commun. Ils paient beaucoup d’impôt maintenant et en paieront moins plus tard. Dès que cette condition disparaît, le raisonnement s’inverse.

Premier cas, quand votre imposition est trop faible

C’est la situation la plus fréquente. Et de très loin.

Environ 53 % des foyers fiscaux français ne paient pas d’impôt sur le revenu. Près de huit sur dix se situent dans les tranches à 0 % ou 11 %. Pour toutes ces personnes, l’argument central du PER s’effondre purement et simplement.

Un contribuable non imposable qui verse 5 000 € ne gagne rien. Zéro euro de déduction, puisqu’il n’y a pas d’impôt à réduire. Il aura simplement bloqué son épargne jusqu’à la retraite en échange d’un avantage inexistant.

À 11 %, le même versement rapporte 550 €. Ce n’est pas nul mais cela reste modeste au regard de la contrainte acceptée. La question mérite alors d’être posée franchement, une assurance vie offrant une souplesse bien supérieure pour un rendement comparable.

Une nuance existe pourtant. Elle est méconnue. Vous pouvez renoncer expressément à la déduction, versement par versement. Vous perdez l’avantage immédiat, ce qui ne change rien quand il était déjà nul. En contrepartie vous récupérez à la sortie un capital totalement exonéré d’impôt. Seuls les gains supportent alors le prélèvement forfaitaire de 30 %. Cette option transforme un mauvais calcul en calcul acceptable.

Deuxième cas, le différé fiscal que personne ne calcule

Voici le point le plus mal compris de tout le dispositif.

L’avantage obtenu à l’entrée n’est pas un cadeau. C’est un report. Si vos versements ont été déduits, ils seront taxés au barème de l’impôt sur le revenu au moment où vous récupérerez votre capital. L’avantage est différé, pas acquis.

Le gain réel se résume donc à l’écart entre votre taux d’imposition d’aujourd’hui et celui que vous aurez à la retraite. Un cadre imposé à 41 % pendant sa vie active qui redescend à 30 % une fois retraité conserve onze points d’écart. L’opération reste très favorable.

Un contribuable qui reste à 30 % dans les deux phases ne gagne quasiment rien sur cette partie du calcul. Son bénéfice se limite à la capitalisation de l’économie d’impôt pendant vingt ou trente ans, ce qui n’est pas rien mais reste très éloigné de la promesse commerciale.

Pire, certains profils voient leur situation se dégrader. Un dirigeant qui cède son entreprise, un propriétaire dont les revenus locatifs montent en puissance, un retraité qui cumule pension et activité peuvent parfaitement se retrouver dans une tranche identique ou supérieure. L’avantage initial disparaît alors, voire se transforme en perte.

Anticiper son taux d’imposition à trente ans d’échéance relève évidemment de l’exercice périlleux. C’est précisément pour cela qu’un PER souscrit sans simulation chiffrée constitue un pari plutôt qu’une stratégie.

Troisième cas, quand vous n’avez pas d’épargne disponible

Le PER bloque votre argent jusqu’à la retraite. Cette phrase paraît anodine tant qu’un imprévu ne survient pas.

La loi prévoit six portes de sortie anticipée, l’achat de la résidence principale, l’invalidité, le décès du conjoint ou du partenaire de PACS, l’expiration des droits au chômage, le surendettement et la liquidation judiciaire pour un indépendant. La liste est limitative. Une voiture à remplacer, des travaux urgents ou un coup dur professionnel n’y figurent pas.

Un ordre de priorité s’impose donc. Constituer d’abord une épargne de précaution accessible représentant trois à six mois de dépenses. Alimenter ensuite le PER avec ce qui reste. L’inverse expose à devoir emprunter à taux élevé alors qu’un capital dort sur un contrat verrouillé.

Le blocage devient particulièrement problématique quand la retraite est lointaine. À trente ans, s’engager sur trois décennies suppose une visibilité que peu de parcours professionnels autorisent.

Quatrième cas, un contrat trop chargé en frais

Sujet aride mais décisif sur la durée.

Frais d’entrée, frais de gestion annuels, frais d’arbitrage, frais sur versement. Chaque ligne grignote la performance. L’effet composé sur trente ans est brutal. Un point de frais annuel supplémentaire peut amputer le capital final de plusieurs dizaines de milliers d’euros sur un contrat régulièrement alimenté.

Certains contrats bancaires accumulent les prélèvements tout en proposant une gamme de supports étriquée. L’avantage fiscal sert alors surtout à faire accepter une structure de coûts que personne ne signerait autrement.

Un vieux contrat mal négocié peut se transférer. Les frais de transfert sont plafonnés à 1 % de l’encours en dessous de cinq ans d’ancienneté. Ils deviennent généralement gratuits au-delà. Beaucoup d’épargnants ignorent cette possibilité.

Ce qui change après 70 ans en 2026

Une évolution discrète mérite d’être signalée aux épargnants les plus âgés.

Depuis cette année, les versements réalisés après 70 ans ne sont plus déductibles du revenu imposable. Le législateur recentre ainsi le produit sur sa vocation première, la préparation de la retraite. Il ferme au passage un usage devenu marginalement fiscal.

Pour cette tranche d’âge, l’assurance vie reprend l’avantage sur le volet transmission. Ouvrir un PER après 70 ans dans un objectif de défiscalisation n’a désormais plus de sens.

Trois questions avant de signer

Un test simple permet de trancher rapidement.

Votre tranche marginale atteint-elle au moins 30 % aujourd’hui ? En dessous, le levier fiscal reste faible et d’autres enveloppes méritent examen. Anticipez-vous une baisse de vos revenus à la retraite ? Sans cet écart, l’avantage se limite à un report dans le temps. Disposez-vous d’une épargne de secours accessible ? Sinon, commencez par là.

Trois réponses positives et le PER devient un excellent outil, sans doute l’un des plus efficaces du paysage fiscal français. Une seule réponse négative et il faut au minimum faire chiffrer l’opération par un professionnel avant de s’engager.

Le produit n’est ni miraculeux ni piégeux. Il est simplement conçu pour un profil précis. Il est souvent proposé bien au-delà.

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