La Banque centrale européenne a lancé une consultation importante pour décider du futur design des billets en euros. Depuis fin juillet, plus de 9 millions de citoyens ont participé à ce processus, montrant un intérêt marqué pour l’évolution de leur monnaie.
Billets en euros : deux visions de l’Europe s’affrontent
La question posée aux Européens ne consiste pas simplement à choisir une couleur ou une nouvelle typographie des billets. La BCE envisage de modifier profondément l’identité visuelle des coupures en circulation.
Deux thèmes ont été retenus : « La culture européenne : espaces culturels partagés » et « Fleuves et oiseaux : la résilience dans la diversité ». Dix propositions graphiques, soit cinq pour chacun de ces deux thèmes, sont désormais soumises à l’appréciation du public, précise la Banque centrale européenne.
Le premier projet ferait entrer des personnages historiques bien réels sur les euros. Maria Callas est associée à la coupure de 5 euros, Ludwig van Beethoven à celle de 10 euros et Marie Curie Skłodowska à celle de 20 euros. Miguel de Cervantes, Léonard de Vinci et Bertha von Suttner complètent la sélection pour les billets de 50, 100 et 200 euros.
L’autre piste fait le choix de la nature. Sources de montagne, cascades, fleuves et paysages marins seraient accompagnés d’oiseaux européens, du martin-pêcheur à la cigogne blanche en passant par le fou de Bassan. Les institutions européennes apparaîtraient de leur côté au verso des coupures.
Cette évolution romprait avec le principe graphique historique de l’euro. Les billets ne sont pas restés totalement identiques depuis 2002 : une deuxième génération, baptisée « Europe », est progressivement entrée en circulation à partir de 2013. Mais les deux séries reposent sur le même univers architectural, avec des fenêtres, portails et ponts inspirés de différentes époques européennes. Les constructions représentées sont fictives afin de ne privilégier aucun pays.
Cette fois, la BCE souhaite donner davantage de sens aux illustrations. « Les billets en euros sont plus qu’un moyen de paiement, ils constituent l’un des symboles les plus tangibles de l’Europe », déclarait Christine Lagarde lors du lancement de la consultation, rapporte la Banque centrale européenne.
Pourquoi il faudra attendre plusieurs années avant de les utiliser
Le calendrier est essentiel pour comprendre le projet. La fermeture du vote le 21 septembre 2026 ne signifie absolument pas que les nouveaux euros seront imprimés dans les semaines suivantes.
Les réponses du public seront prises en compte par le Conseil des gouverneurs de la BCE, parallèlement aux résultats d’une enquête menée auprès d’un échantillon représentatif de la population de la zone euro. L’institution prévoit de choisir les graphismes définitifs vers la fin de l’année 2026.
Ce choix ouvrira ensuite une nouvelle étape beaucoup plus technique. Les billets devront être développés, leurs éléments de sécurité finalisés, les procédés de production préparés et les nouvelles coupures fabriquées avant leur mise à disposition du public.
La BCE indique qu’aucune décision définitive n’a encore été prise concernant le calendrier et les modalités de leur mise en circulation. Elle précise que plusieurs années seront nécessaires après la sélection du graphisme.
Un horizon se dessine néanmoins. Lors d’une intervention devant le Parlement européen le 3 juin 2026, Piero Cipollone a déclaré : « Nous nous préparons à émettre les premières coupures de la nouvelle série de billets au début des années 2030. » Banque centrale européenne
Il s’agit donc d’un objectif de travail et non d’une date de lancement définitivement arrêtée. La BCE ne précise pas davantage si toutes les valeurs seront commercialisées simultanément. La génération « Europe » avait, elle, été introduite progressivement, coupure après coupure.
Malgré la carte bancaire, l’Europe a toujours besoin de cash
Cette refonte intervient à un moment particulier pour les moyens de paiement. Le paiement sans contact, les achats sur Internet et les portefeuilles numériques occupent une place croissante dans les habitudes quotidiennes. Cela n’empêche pourtant pas les Européens de conserver une demande importante pour les espèces.
Plus de 31 milliards de billets en euros sont actuellement en circulation, représentant une valeur supérieure à 1.600 milliards d’euros, a indiqué Piero Cipollone le 14 septembre. Leur nombre continue même d’augmenter d’environ 3% par an, selon la Banque centrale européenne.
L’argent liquide ne sert en effet pas uniquement aux achats quotidiens. Il constitue également une réserve de valeur et reste utilisable lorsque les systèmes de paiement électroniques sont indisponibles. C’est notamment pour cette raison que la BCE continue d’investir dans les espèces parallèlement au développement du projet d’euro numérique.
« Les billets en euros nous unissent. Les Européens se sentent liés à leur monnaie et veulent avoir leur mot à dire sur son avenir », a estimé Piero Cipollone devant les participants à la conférence de Bruxelles, selon la Banque centrale européenne.
Les nouvelles coupures ne changeront d’ailleurs pas uniquement d’apparence. La BCE prévoit de renforcer leurs dispositifs de sécurité afin de compliquer la contrefaçon. Leur conception doit également intégrer des matériaux et des procédés de fabrication plus durables.
Le vote organisé jusqu’au 21 septembre constitue donc seulement l’une des premières étapes visibles d’un chantier qui s’étendra sur plusieurs années. Les Européens sauront prochainement quel visage pourrait prendre leur monnaie, mais devront vraisemblablement attendre le début de la prochaine décennie avant de pouvoir tenir les premières coupures de cette nouvelle génération entre leurs mains.




