Donald Trump a déclaré qu’il était temps pour l’Ukraine d’avoir un nouveau président, devant des journalistes à l’extérieur de la Maison Blanche, un samedi. Le président américain réagissait aux critiques formulées par Volodymyr Zelensky contre l’accord conclu entre Washington et Moscou sur les exportations de diesel russe, rapporte la BBC.
Trump accuse le président ukrainien de « vouloir créer des problèmes pour le monde » en continuant d’autoriser des attaques contre les raffineries russes. Il a lancé qu’il ferait sacrément mieux d’arrêter, avant de suggérer que l’Ukraine devrait « obtenir un nouveau dirigeant capable de conclure un accord ».
Il a ajouté qu’ils avaient dit à l’Ukraine qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait à la Russie, mais de ne pas frapper les raffineries, car cela devenait un problème mondial. Et de conclure sur Zelensky qu’il aurait pu conclure de nombreux accords et que, pour une raison ou une autre, il ne le faisait jamais.
Ce n’est pas la première sortie de ce genre. Trump avait déjà appelé à de nouvelles élections en Ukraine en décembre 2025, estimant que les électeurs ukrainiens devraient pouvoir choisir de remplacer Zelensky. Le pays reste toutefois sous loi martiale depuis l’invasion russe de 2022, ce qui suspend la tenue de tout scrutin.
Un accord diesel jusqu’au 7 avril
Trump a confirmé un vendredi qu’un accord avait été conclu avec Moscou pour suspendre les sanctions sur les exportations de diesel russe jusqu’au 7 avril. Selon ses explications sur Truth Social, la Russie doit livrer un volume initial de 300 000 tonnes vers le marché américain et mondial, suivi de 500 000 tonnes supplémentaires en novembre, puis d’un million de tonnes, puis encore de 3 millions de tonnes dans un délai court.
Cette dernière livraison dépendra, a-t-il précisé, de l’état des raffineries russes. L’accord s’inscrit dans les efforts de Trump pour faire baisser les prix du carburant aux États-Unis avant les élections de mi-mandat.
Zelensky y voit tout autre chose : un cadeau fait à Vladimir Poutine, qui fournirait à Moscou l’argent nécessaire pour s’équiper militairement et poursuivre la guerre. Il accuse la Russie d’interpréter l’accord comme un feu vert pour « continuer à se battre, continuer à larguer des bombes sur les villes », après de nouvelles frappes meurtrières sur Zaporijjia.
Le président ukrainien s’est entretenu avec plusieurs alliés un samedi et a appelé à « des décisions réelles pour protéger des vies en Ukraine » et la sécurité européenne.
Côté russe, l’émissaire de Poutine Kirill Dmitriev a salué une intervention iconique et historique, estimant que l’Ukraine « a besoin d’un leadership véritablement concentré sur la paix ». À Londres, un porte-parole de Downing Street a indiqué que le Premier ministre britannique Andy Burnham s’était entretenu avec Zelensky et lui avait offert sa solidarité complète.
Les deux hommes se seraient accordés sur la nécessité d’un cessez-le-feu énergétique immédiat et de l’arrêt des attaques russes contre le transport maritime en mer Noire, ce qui libérerait immédiatement davantage d’approvisionnements en énergie et en nourriture sur le marché mondial, selon ce porte-parole.
L’Union européenne refuse de lever la pression
Du côté de Bruxelles, le ton est tout aussi tranché. La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a critiqué l’accord diesel, estimant qu’il « fournit à Moscou davantage de revenus pour faire la guerre ». Selon elle, « ce n’est pas le moment d’alléger la pression sur la Russie, et l’Europe ne le fera pas ».
Kallas a annoncé que les ministres des Affaires étrangères européens prévoyaient d’approuver un lundi le plus important train de sanctions contre la Russie depuis le début de l’invasion à grande échelle.
L’épisode survient dans un marché pétrolier déjà sous tension. Les approvisionnements mondiaux en carburant, dont le diesel, ont été sévèrement limités par la guerre contre l’Iran lancée par les États-Unis et Israël en février, qui a entraîné la fermeture effective du détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement un cinquième des produits pétroliers mondiaux.
Russie et Ukraine ont par ailleurs intensifié leurs frappes réciproques sur leurs infrastructures énergétiques. Résultat, le prix moyen du diesel aux États-Unis atteint actuellement 6,28 dollars le gallon selon l’AAA, contre 5,94 dollars le mois précédent et 3,68 dollars un an plus tôt, une flambée qui a terni l’image de Trump auprès du public américain.
Sur le terrain, les frappes de drones ukrainiens sur les raffineries russes ont provoqué, au cours des dix derniers mois, deux vagues de pénuries de carburant sévères dans tout le pays. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la production de diesel en Russie a chuté d’environ 30 %.






