Sept mois de frappes ont suffi à consumer près de dix-neuf années d’acquisitions américaines de missiles Patriot. Avant le déclenchement du conflit avec l’Iran, les États-Unis disposaient d’un inventaire estimé entre 2 200 et 2 330 intercepteurs Patriot modernes, selon les calculs du Center for Strategic and International Studies (CSIS). Entre 1 060 et 1 500 d’entre eux ont déjà été tirés. Il ne reste plus qu’un tiers du stock de départ.
La comparaison donne la mesure de l’hémorragie. Avant la guerre, l’armée américaine acquérait en moyenne 225 missiles intercepteurs par an. Au rythme de consommation observé depuis le début des engagements contre l’Iran, situés par la fiche vers mars 2026, les munitions tirées en sept mois représentent l’équivalent de près de dix-neuf années d’achats habituels.
La production actuelle chez Lockheed Martin tourne autour de 600 à 650 unités par an, répartie entre les États-Unis et leurs partenaires internationaux. Un volume qui ne suffira pas à combler le trou rapidement : le CSIS estime qu’il faudra au moins 3 ans pour retrouver les niveaux de stock d’avant-guerre.
Un général limogé après avoir tiré la sonnette d’alarme
L’avertissement existait pourtant avant que les hostilités ne commencent. Fin décembre 2025, deux mois avant le début du conflit, le général Randy George, chef d’état-major de l’armée de terre américaine, avait prévenu que l’armée faisait face à une pénurie critique de munitions de défense antimissile. Il évaluait sa durée à cinq ans.
Selon des responsables américains s’étant confiés à CBS News, George avait couché cette évaluation dans le Global Force Management Allocation Plan, un document annuel approuvé par le secrétaire à la Défense qui oriente le déploiement mondial des troupes et des armements.
Celui-ci avait été rédigé pour le plan de l’année fiscale 2027, avant même le début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. George y avertissait que les stocks de Patriot et de batteries THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) resteraient appauvris jusqu’en 2030.
En avril 2026, alors que le conflit battait son plein, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a démis le général George de ses fonctions.
La munition la plus touchée a un nom précis : le Patriot Advanced Capability-3, ou PAC-3, un intercepteur à grande vitesse qui neutralise les missiles de croisière et les missiles balistiques tactiques par impact direct, et qui peut aussi abattre des avions ennemis.
Trois facteurs expliquent la pénurie, d’après des responsables américains ayant parlé à CBS News sous couvert d’anonymat :
- le transfert de systèmes Patriot vers l’Ukraine après l’invasion russe de 2022,
- les munitions consommées pour la défense d’Israël,
- et des contraintes propres à la base industrielle de défense.
Pour Mark Cancian, colonel des Marines à la retraite et conseiller principal en défense et sécurité au CSIS, ce sont précisément les munitions qui seraient les plus utilisées face à un adversaire comme la Chine. Il a expliqué qu’on n’utiliserait pas autant de Javelin par exemple, parce que l’ampleur du combat terrestre serait relativement limitée, même l’artillerie serait limitée, mais que la défense aérienne et la défense antimissile seraient, elles, massivement sollicitées.
Le Patriot et le THAAD ne sont donc pas de simples lignes budgétaires parmi d’autres. Ce sont, selon lui, les deux munitions de l’armée de terre qui seraient les plus utilisées dans un conflit avec la Chine.







