Additif caché : comment les marques vous trompent avec les mentions « sans »

Une enquête de Yuka et Que Choisir Ensemble publiée ce 3 novembre 2026 révèle que 19 produits ultra-transformés sur 20 affichant des mentions « sans conservateur » ou « sans colorant » contiennent au moins un additif classé à risque élevé.

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Environ 80% des produits vendus en supermarché seraient des aliments ultratransformés. | journaldeleconomie.fr

« Sans conservateurs », « Sans colorants »… Ces mentions vous rassurent ? C’est justement le piège. Une enquête publiée ce 3 novembre 2026 par Yuka et Que Choisir Ensemble révèle que 19 produits ultra-transformés sur 20 contiennent au moins un additif classé à risque élevé. Derrière l’absence affichée d’un additif se cache souvent la présence d’autres substances controversées. Les deux associations demandent un encadrement réglementaire européen et une enquête de la DGCCRF pour stopper cette pratique marketing qu’elles baptisent « additive washing ».

Qu’est-ce que l’additive washing ?

L’additive washing désigne une stratégie marketing consistant à mettre en avant l’absence de certains additifs (conservateurs, colorants, arômes artificiels) sur la face avant d’un emballage, tout en dissimulant la présence d’autres additifs potentiellement nocifs dans la liste des ingrédients au dos. Julie Chapon, cofondatrice de l’application Yuka, résume : « Derrière ces promesses rassurantes se cache parfois une tout autre réalité, avec des produits qui affichent l’absence de certains additifs, mais qui en contiennent en réalité d’autres, parfois controversés et moins connus du grand public. » Contrairement aux allégations nutritionnelles (« riche en fibres », « pauvre en sel »), les mentions « sans » ne font l’objet d’aucun encadrement spécifique en Europe. Les industriels peuvent donc les apposer librement, sans contrôle ni définition harmonisée.

L’additive washing exploite un biais cognitif documenté par la psychologie du consommateur : l’effet de halo. Selon une étude publiée en 2018 dans le Journal of Consumer Behaviour, une seule information positive suffit à modifier la perception globale d’un produit. Lorsqu’un consommateur lit « sans conservateur » en gros caractères, son cerveau en déduit inconsciemment que le produit est sain, naturel, voire exempt d’additifs. Cette perception biaisée occulte la lecture attentive de la liste des ingrédients, où figurent pourtant d’autres additifs. Les marques l’ont bien compris : valoriser l’absence d’un seul additif détourne l’attention du reste de la composition.

L’enquête Yuka et Que Choisir Ensemble : 19 produits sur 20 piègent les consommateurs

L’enquête porte sur 20 produits ultra-transformés issus de grandes marques : Ker Cadélac, Daunat, Président, Old El Paso, Alsa, Pasquier, Haribo, Findus, Knorr, Blini, Elle & Vire, Père Dodu, Vico, Ben’s Original, Yoplait, Carrefour et Coopérative U. Résultat : 19 sur 20 contiennent au moins un additif classé à risque élevé par Yuka, selon une grille élaborée à partir des travaux de l’Efsa, de la FAO, de l’OMS et du CIRC. Certains produits cumulent jusqu’à 8 additifs, comme les bonbons Haribo Miami Pik. Julie Chapon précise : « Il est marqué sans conservateur sur le produit, mais il y a plein d’autres additifs à l’intérieur qui sont aujourd’hui problématiques. » Les mentions « sans » deviennent ainsi des écrans de fumée marketing.

Les additifs vraiment problématiques : au-delà des conservateurs et colorants

Si les conservateurs et colorants cristallisent l’attention, d’autres additifs posent des risques sanitaires documentés. Les polyphosphates, les diphosphates et les mono-diglycérides d’acides gras figurent parmi les substances les plus fréquemment retrouvées dans les produits « sans conservateur » ou « sans colorant ». Leur présence massive dans l’alimentation ultra-transformée inquiète les chercheurs et les associations de consommateurs. Pourtant, le grand public les connaît mal, contrairement aux nitrites ou aux colorants azoïques régulièrement pointés du doigt.

Polyphosphates (E450, E452) : des risques rénaux et cardiovasculaires documentés

Les polyphosphates (E450, E452) et les phosphates sont utilisés comme stabilisants, émulsifiants ou texturants dans les charcuteries, les plats préparés et les produits laitiers. Problème : leur consommation excessive est associée à des risques rénaux et cardiovasculaires. L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) alerte depuis plusieurs années sur l’exposition croissante de la population à ces additifs. Les personnes souffrant d’insuffisance rénale sont particulièrement vulnérables, car leur organisme élimine mal les phosphates. Or, les produits affichant « sans conservateur » en contiennent fréquemment, sans que le consommateur en soit informé de manière visible.

Comment bien lire une étiquette : les bonnes questions à se poser

Face à l’additive washing, la seule parade consiste à lire attentivement la liste des ingrédients. Quelques réflexes simples permettent d’identifier les produits réellement pauvres en additifs. Premier geste : ignorer les mentions « sans » en gros caractères sur la face avant. Elles ne garantissent rien sur la composition globale. Deuxième geste : compter le nombre d’additifs (codes commençant par E) dans la liste des ingrédients. Plus la liste est longue et peuplée de codes, plus le produit est ultra-transformé. Troisième geste : vérifier la présence de polyphosphates (E450, E452), de diphosphates (E450), de mono-diglycérides (E471) et de colorants controversés comme le bleu brillant FCF (E133), présent dans 65 % des sirops à la menthe selon une enquête Yuka publiée en juin 2026.

Vérifier la liste complète des ingrédients, au-delà des mentions avant

La liste des ingrédients, obligatoire au dos de l’emballage, reste la seule source fiable. Elle classe les composants par ordre décroissant de quantité. Un produit affichant « sans colorant » peut contenir 5 ou 6 autres additifs (épaississants, acidifiants, stabilisants) dont certains classés à risque. Les marques contactées par Yuka et Que Choisir Ensemble justifient leurs pratiques en rappelant que la liste complète figure au dos. Argument juridiquement valable, mais qui ignore le biais cognitif de l’effet de halo : peu de consommateurs lisent cette liste après avoir été rassurés par une mention « sans » en gros caractères. Comme pour les carburants, la transparence passe par une information claire et visible, pas par des mentions trompeuses.

Décoder les codes additifs : E450, E452 et autres à connaître

Quelques codes méritent une vigilance particulière. E450 (diphosphates) et E452 (polyphosphates) : risques rénaux et cardiovasculaires. E471 (mono-diglycérides d’acides gras) : inflammation et perturbation du microbiote. E133 (bleu brillant FCF) : colorant controversé, présent dans deux tiers des sirops à la menthe. E250 et E251 (nitrites) : cancérogènes probables selon le CIRC. Yuka et Que Choisir Ensemble ont établi une classification en quatre niveaux de risque (acceptable, tolérable, peu recommandable, à éviter) pour aider les consommateurs. Les applications mobiles comme Yuka permettent de scanner les codes-barres et d’obtenir instantanément une évaluation. Mais la lecture directe des étiquettes reste indispensable pour comprendre ce qu’on mange.

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