Ce promoteur a rasé les arbres d’un site protégé au sud de Sydney : le manoir est refusé, il tente de revendre en douce

Des centaines d’arbres rasés illégalement, une amende, un accord de replantation signé… puis le terrain revendu douze jours avant le rejet du permis. Les riverains posent une question que personne ne semble pouvoir trancher.

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Ce promoteur a rasé les arbres d'un site protégé au sud de Sydney : le manoir est refusé, il tente de revendre en douce
Source : ABC | journaldeleconomie.fr

Un promoteur immobilier de Sydney a vendu, début juin, le terrain sur lequel il avait rasé des centaines d’arbres en 2020, quelques jours à peine avant que les autorités locales ne rejettent sa demande de permis de construire pour un manoir de 10 millions de dollars australiens.

La transaction, révélée par ABC, soulève une question que les riverains posent désormais sans détour : comment contraindre quelqu’un à replanter des arbres sur un terrain qu’il ne possède plus ?

Amir Abu Abara, 41 ans, a procédé en 2020 à un déboisement non autorisé sur ses 7,4 hectares de David Road, à Barden Ridge, en bordure de la rivière Woronora. Le site abrite des koalas en danger et la chouette puissante, une espèce menacée.

Des centaines d’arbres ont été abattus par la société Auswide Civil. L’année dernière, Abu Abara a écopé d’une amende de 70 000 dollars australiens et sommé de restaurer le site ; Auswide Civil a pour sa part été condamnée à 55 000 dollars australiens d’amendes.

En 2025, un accord contraignant approuvé par le secrétaire à la Planification de Nouvelle-Galles du Sud a formalisé les engagements de restauration. La société d’Abu Abara, ACCS Family Holdings Pty Ltd, a reconnu sa responsabilité et s’est engagée à replanter un mélange de 38 700 végétaux, dont 600 arbres indigènes.

Le promoteur dispose d’environ sept mois pour achever ces travaux, qu’il devra ensuite entretenir pendant au moins deux ans. En contrepartie, le Sutherland Shire Council a abandonné ses poursuites pénales, lesquelles comportaient des chefs d’accusation passibles d’une peine maximale de cinq millions de dollars. Abu Abara a également versé 39 000 dollars australiens de frais juridiques au conseil.

Un manoir à six chambres sur un site dévastés

Pendant ce temps, Abu Abara avait déposé, via sa société Sitaco Development Pty Ltd, une demande de permis pour un manoir de style provincial français estimé à près de 9,8 millions de dollars australiens : six chambres, dix salles de bains, une piste de bowling, un terrain de basket-ball intérieur, une salle de prière, un cinéma privé, une bibliothèque, une piscine enterrée, un parking souterrain pour huit véhicules et un logement secondaire. Le projet prévoyait aussi l’abattage de 23 arbres supplémentaires pour une allée d’accès de 160 mètres.

L’architecte Fernando Trajcevski avait défendu le dossier devant le panel de planification du conseil en juin, estimant que « les caractéristiques uniques de ce site nécessitent une évaluation au mérite plutôt qu’une application stricte des règles applicables à un lotissement résidentiel plus conventionnel ».

Son consultant en urbanisme, Sam Khoury, avait jugé « injuste » et « prématuré » que le conseil statue avant que l’équipe ne puisse répondre aux 16 motifs de rejet identifiés dans une évaluation publiée le mois précédent.

Le panel n’a pas attendu. Le 16 juin, il a rejeté la demande à l’unanimité. L’évaluation qualifie le projet de « monolithique », incapable de démontrer comment la végétation détruite serait restaurée, et conclut que son approbation aurait constitué un « précédent indésirable et contraire à l’intérêt public ».

La vente, douze jours avant la décision

Ce qui intrigue, c’est le calendrier. Abu Abara a vendu le terrain début juin, soit douze jours avant que son équipe ne présente le dossier devant le panel et douze jours avant le rejet officiel. Prix de cession : 850 000 dollars australiens, soit 40 000 dollars de moins que ce qu’il avait payé en 2019.

L’acheteur est Assetra Property Pty Ltd, une société enregistrée fin avril par l’agent fiscal sydneysien Rakeshkumar Sanghvi, qui en est également le seul directeur et secrétaire. La transaction s’est faite hors marché, sans communication préalable auprès des riverains.

Le conseil municipal affirme que le changement de propriétaire ne libère pas ACCS Family Holdings de ses obligations. « La société est tenue d’achever les travaux de replantation et doit organiser l’accès au site ou s’assurer d’une autre manière que les travaux sont réalisés », indique le conseil dans une déclaration transmise à ABC.

Il précise qu’il « surveillera l’avancement et pourra engager de nouvelles mesures d’exécution ou des actions en justice pour garantir que la remédiation environnementale requise soit effectuée ».

Le problème, que la fiche de l’accord contraignant confirme elle-même, est que cet engagement ne lie pas le terrain en tant que tel et ne comporte aucune clause transférant les obligations au nouvel acquéreur.

Deb Cansdell, membre de la Woronora River Community Association, pose la question dans un entretien accordé à ABC : « Comment est-il désormais responsable de la replantation sur un terrain qu’il ne possède plus ? » Elle reproche aussi au conseil de n’avoir rien dit aux habitants : « Nous n’avons rien entendu de leur part, pas un seul mot. »

L’association va plus loin sur le fond. Une porte-parole estime que « quand on regarde ce terrain, l’ampleur de ce qui a été défriché, la dévastation environnementale absolue qui s’est produite, on doit se demander si la restauration est réellement possible, et si elle l’est, il faudra des décennies pour y parvenir. L’amende elle-même est totalement insuffisante […] ce résultat est honteux. Ce n’est pas un moyen de dissuasion. »

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