Armée : vers une réforme du SNU et du service militaire

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Porté par une ambition politique forte, le Service national universel (SNU) se retrouve aujourd’hui à la croisée de plusieurs enjeux budgétaires. Les scénarios de réforme élaborés par le Haut-commissariat au Plan interrogent la soutenabilité financière d’un dispositif destiné à devenir un pilier de l’engagement des jeunes.

Le 5 mai 2025, le Haut-commissariat au Plan (HCP), en coordination avec France Stratégie, a publié une note présentant quatre scénarios d’évolution du Service national universel (SNU). À la demande du président de la République, cette analyse explore plusieurs trajectoires d’élargissement du dispositif, avec un accent particulier sur les implications budgétaires. Du renforcement du modèle existant à une réintroduction du service militaire obligatoire, les écarts de coût sont considérables. En toile de fond, la question de la place de ce dispositif dans les priorités économiques de l’État reste entière.

Quatre modèles, quatre niveaux d’investissement public

À ce jour, le SNU repose sur une logique volontaire et regroupe un nombre limité de participants : environ 40 000 jeunes par an, avec un budget public annuel de 96 millions d’euros. Dans sa version actuelle, il inclut un séjour de cohésion d’une douzaine de jours, puis une phase facultative d’engagement.

Le premier scénario évoqué dans la note consiste à renforcer ce modèle sans en bouleverser la nature. Il s’agit d’élargir progressivement le nombre de bénéficiaires à 200 000 par an, pour un budget estimé à 600 millions d’euros. Ce scénario présente l’avantage de préserver la flexibilité du dispositif, tout en accroissant son empreinte éducative et sociale.

Les scénarios deux et trois proposent des formats hybrides : un stage de cohésion obligatoire pour tous les jeunes d’une classe d’âge, suivi d’une mission d’intérêt général obligatoire, ou d’un service militaire volontaire. Ces modèles nécessiteraient un budget de l’ordre de 5 milliards d’euros par an.

Le dernier scénario, le plus ambitieux et le plus coûteux, envisage une forme de conscription obligatoire de six mois, à vocation militaire. Cette hypothèse engage un budget annuel estimé à 15 milliards d’euros. La logistique, l’encadrement, l’infrastructure et la rémunération des jeunes mobilisés constitueraient les principaux postes de dépense.

Un arbitrage entre investissement public et rendement collectif

L’une des questions centrales posées par cette réflexion est celle du retour sur investissement public. Chaque scénario suppose un niveau d’engagement budgétaire très différent, mais aussi une nature différente des retombées attendues.

Le scénario « minimal » vise avant tout un objectif de cohésion sociale renforcée. Il permettrait de développer les valeurs de solidarité, de mixité territoriale et d’engagement civique, tout en restant relativement peu contraignant pour les finances publiques.

Les scénarios plus avancés se positionnent clairement sur une logique d’utilité stratégique. Ils pourraient générer des effets indirects positifs : réduction du chômage des jeunes peu qualifiés, création de débouchés dans le secteur associatif et public, montée en compétences transversales (secourisme, discipline, travail en équipe), sans oublier une éventuelle valorisation dans les carrières administratives.

Cependant, ces retombées restent difficilement quantifiables à court terme. Leur évaluation nécessiterait la mise en place d’indicateurs spécifiques, à l’instar de ce qui existe déjà dans le domaine de l’économie sociale et solidaire.

Un calendrier politique en décalage avec les réalités budgétaires

Alors que la note du HCP propose une trajectoire de généralisation du SNU, le projet de loi de finances 2025 adopté par l’Assemblée acte une réduction des crédits affectés au dispositif. Ce paradoxe reflète un arbitrage budgétaire encore non stabilisé entre volonté politique et faisabilité économique.

En parallèle, les dépenses liées à la défense poursuivent leur progression. La Loi de programmation militaire prévoit une hausse régulière des crédits jusqu’en 2030, ce qui limite les marges de manœuvre dans d’autres secteurs. Dans ce contexte, inscrire durablement le SNU dans les priorités de dépense publique nécessiterait soit des redéploiements internes, soit une augmentation globale de l’enveloppe budgétaire dédiée à la jeunesse.

Autre facteur de prudence : la capacité d’absorption logistique de l’État. Les scénarios les plus coûteux impliquent une montée en charge rapide en matière de centres d’hébergement, d’encadrement et de coordination inter-administrative, avec des coûts fixes difficilement compressibles.

Un dispositif au croisement de plusieurs politiques publiques

Au-delà de son coût, le SNU est un objet hybride qui mobilise plusieurs segments de l’action publique. Il relève à la fois de la politique de la jeunesse, de l’éducation nationale, de l’insertion, de la citoyenneté et potentiellement, de la défense.

Certains effets leviers sont envisagés par les auteurs du rapport : prise en compte du SNU dans les dossiers de candidature à certains concours, valorisation dans les parcours d’orientation ou d’apprentissage, reconnaissance dans les régimes de retraite du secteur public. Ces perspectives, encore à l’état de projet, montrent que l’impact du SNU pourrait dépasser largement sa seule phase de mise en œuvre opérationnelle.

Mais cela suppose un pilotage inter-administratif robuste, et une clarification de la gouvernance du dispositif. À l’heure actuelle, la coordination entre les différents ministères concernés reste un chantier en cours.

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