Arnaques et cybersécurité : pourquoi les Français ont peur

Selon une étude Mastercard réalisée à l’occasion du Mois européen de la cybersécurité, 70 % des Français se déclarent plus préoccupés par les arnaques qu’il y a deux ans. Entre sophistication des fraudes et essor de l’intelligence artificielle, la sécurité numérique devient un indicateur de confiance économique.

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La cybersécurité, une préoccupation devenue quotidienne

Les chiffres publiés par Mastercard le 7 octobre 2025 sur les arnaques et la cybersécurité traduisent un basculement net dans la perception du risque numérique. 61 % des Français estiment qu’il est plus difficile de protéger leurs données que leur domicile, et 52 % déclarent avoir évoqué la cybersécurité lors d’un repas au cours du dernier mois. La sécurité numérique n’est plus cantonnée au monde de l’entreprise : elle s’impose dans la sphère privée comme une préoccupation du quotidien.

Ce mouvement traduit un phénomène d’acculturation rapide. Un Français sur deux (51 %) pense désormais à la cybersécurité chaque semaine, signe d’un ancrage durable dans les comportements. L’économie numérique est en jeu : les échanges en ligne, les paiements et les services dématérialisés reposent sur une confiance systémique que les arnaques répétées menacent d’éroder.

La généralisation des arnaques et l’effet générationnel

80 % des consommateurs français ont subi au moins une tentative d’arnaque au cours de l’année écoulée, et 24 % y ont répondu, souvent sans s’en rendre compte. Les jeunes générations sont les plus exposées : 47 % des membres de la Génération Z et 38 % des Millennials ont interagi avec un message frauduleux.

Les arnaques les plus fréquentes concernent le commerce en ligne (30 %), les cryptomonnaies et investissements (24 %) ou encore l’usurpation d’identité (23 %). Dans 76 % des cas, ces attaques entraînent une perte financière, souvent supérieure à 100 euros.

Cette banalisation du risque nourrit un paradoxe : 44 % des Français considèrent qu’il est désormais inévitable d’être victime d’une fraude, mais 48 % avouent qu’ils auraient honte d’en parler. Ce silence entrave la circulation d’informations utiles à la prévention et renforce l’asymétrie entre fraudeurs et consommateurs.

L’intelligence artificielle, catalyseur d’un risque nouveau

Le rapport consacre une large place à l’intelligence artificielle, devenue un vecteur majeur de désinformation et d’arnaques. Seuls 7 % des Français se disent capables d’identifier avec certitude une arnaque générée par IA. La méfiance est forte : 74 % craignent les attaques automatisées, 73 % redoutent le détournement de systèmes d’IA, et 72 % les phishing hyperréalistes.

Cette inquiétude dépasse le cadre individuel : 70 % des sondés jugent que les deepfakes pourraient menacer la sécurité nationale dès l’année prochaine. Les technologies d’IA générative, conçues pour simplifier la communication et la production de contenus, deviennent aussi des outils de fraude à grande échelle. 67 % des répondants estiment que l’IA aggrave globalement les menaces de cybersécurité.

Confiance et économie : les banques en première ligne

La confiance se déplace vers les acteurs capables d’assurer une protection technique et institutionnelle. 57 % des Français font davantage confiance aux banques qu’aux institutions publiques (44 %) pour les défendre contre la fraude, et 63 % considèrent que leur fournisseur financier les protège mieux qu’eux-mêmes. Cette asymétrie de confiance traduit la montée en puissance du secteur bancaire comme pivot de la sécurité transactionnelle.

La fragilisation de la confiance numérique a aussi des effets économiques directs : 52 % des Français cesseraient de fréquenter un commerçant à la suite d’une fraude, tandis que 58 % privilégient les grandes enseignes jugées plus sûres. Pour les entreprises, la cybersécurité devient ainsi un critère de compétitivité, autant qu’un investissement de réputation.

Vers une économie de la confiance numérique

La Directrice générale de Mastercard France, Barbara Sessa, résume la situation : « La sécurité numérique façonne de plus en plus la manière dont les consommateurs vivent, achètent et interagissent en ligne. » L’entreprise poursuit sa stratégie d’investissement dans la cybersécurité, notamment avec l’acquisition de Recorded Future, société spécialisée dans le renseignement sur les menaces.

Dans un environnement où la technologie démultiplie les risques, la formation apparaît comme le maillon manquant. 58 % des Français souhaiteraient participer à des programmes de sensibilisation, preuve que la maîtrise des usages numériques devient une composante à part entière de la littératie économique. L’ère de la cybersécurité de masse a commencé : elle redéfinit le lien entre technologie, confiance et croissance.

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