Sodas, plats préparés, snacks, céréales très sucrées, nuggets, confiseries ou desserts industriels : les aliments ultratransformés occupent une place croissante dans les habitudes alimentaires. Un consensus clinique publié dans le European Heart Journal par des experts européens de cardiologie invite les médecins à les considérer comme un véritable marqueur de risque pour le cœur, au-delà des seules questions de sel, de sucre ou de graisses.
Cœur : les aliments ultratransformés deviennent un facteur de risque à surveiller
Le cœur est directement concerné par l’évolution des habitudes alimentaires. Dans un consensus clinique publié dans le European Heart Journal, la Société européenne de cardiologie et l’Association européenne de cardiologie préventive estiment que les aliments ultratransformés doivent être mieux identifiés dans les consultations médicales. Leur objectif est de ne plus limiter l’analyse nutritionnelle aux calories, au sel ou aux graisses, mais d’intégrer aussi le niveau de transformation industrielle des produits consommés.
La Société européenne de cardiologie résume l’enjeu ainsi : « Les personnes qui consomment davantage d’aliments ultratransformés présentent un risque plus élevé de maladie cardiovasculaire et de décès. »
Cette approche change la façon de regarder l’assiette. Un produit peut être présenté comme pratique, moderne ou adapté à un mode de vie rapide, tout en étant très éloigné d’un aliment simple. Les aliments ultratransformés sont généralement des formulations industrielles contenant des ingrédients, additifs, arômes ou agents de texture peu utilisés dans une cuisine domestique. Ils comprennent notamment une partie des boissons sucrées, biscuits, snacks salés, plats préparés, céréales du petit-déjeuner, confiseries et produits carnés transformés.
Les études associent une forte consommation à plus de maladies cardiovasculaires
Le consensus européen met en avant des hausses de risque significatives chez les plus gros consommateurs. Selon la Société européenne de cardiologie, une consommation élevée d’aliments ultratransformés est associée à jusqu’à 19% de risque supplémentaire de maladie cardiaque, 13% de risque supplémentaire de fibrillation atriale et jusqu’à 65% de risque supplémentaire de décès cardiovasculaire.
Ces résultats doivent être compris comme des associations observées à l’échelle de populations. Ils ne signifient pas qu’un aliment isolé provoque à lui seul une maladie du cœur. Ils indiquent plutôt qu’un régime où ces produits occupent une place importante est lié à un terrain cardiovasculaire plus défavorable.
Les données françaises vont dans le même sens. En 2019, l’étude NutriNet-Santé publiée dans le British Medical Journal a porté sur 105.159 participants suivis pendant une médiane de 5,2 ans. Les chercheurs ont observé que chaque hausse de 10 points de la part d’aliments ultratransformés dans l’alimentation était associée à une augmentation de 12% du risque global de maladie cardiovasculaire, de 13% du risque de maladie coronarienne et de 11% du risque de maladie cérébrovasculaire.
L’Inserm rapportait alors un « risque accru de maladies cardiovasculaires chez les consommateurs d’aliments ultra-transformés » dans la cohorte NutriNet-Santé.
La composition des produits n’explique pas tout
Les aliments ultratransformés cumulent souvent plusieurs caractéristiques défavorables : teneur élevée en sel, sucres ajoutés ou graisses de mauvaise qualité, densité calorique importante, faible apport en fibres, vitamines et minéraux. Ces éléments sont déjà connus pour jouer un rôle dans l’hypertension, le diabète de type 2, l’obésité ou les anomalies du cholestérol.
Mais le sujet ne se limite pas à la composition nutritionnelle. La transformation industrielle modifie aussi la texture, la durée de conservation, le goût et la facilité de consommation. Un produit très aromatisé, mou, prêt à manger et peu rassasiant peut favoriser des prises alimentaires plus fréquentes. Il s’intègre aussi plus facilement dans des repas rapides, des collations répétées ou une alimentation moins structurée.
La professeure Luigina Guasti, citée dans le communiqué de la Société européenne de cardiologie, explique : « Les aliments ultratransformés, fabriqués à partir d’ingrédients industriels et d’additifs, ont largement remplacé les régimes alimentaires traditionnels. »
Les médecins sont encouragés à interroger les habitudes alimentaires
Le message des cardiologues européens est aussi destiné aux professionnels de santé. Ils souhaitent que la part des aliments ultratransformés soit davantage discutée lors des consultations, notamment chez les patients ayant déjà des facteurs de risque : hypertension, diabète, surpoids, excès de cholestérol ou antécédents cardiovasculaires.
La professeure Luigina Guasti formule l’objectif ainsi : « Nous espérons que cette déclaration de consensus de la Société européenne de cardiologie aidera les médecins à reconnaître les aliments ultratransformés comme un facteur de risque potentiel et à donner à leurs patients des conseils clairs pour les limiter afin de prévenir les facteurs de risque cardiovasculaire, la maladie et le décès. »
Le conseil n’est pas de supprimer tous les produits transformés. Des légumes surgelés nature, des conserves simples, du pain, des yaourts nature ou du poisson en conserve peuvent entrer dans une alimentation équilibrée. La vigilance concerne surtout les produits dont la liste d’ingrédients s’éloigne fortement d’une recette domestique : additifs, arômes, édulcorants, agents de texture, protéines isolées, amidons modifiés ou huiles transformées.
Pour les ménages, la réduction peut être progressive. Remplacer une boisson sucrée par de l’eau, choisir un yaourt nature plutôt qu’un dessert lacté aromatisé, préférer des légumes bruts ou surgelés nature à un plat préparé, ou garder des fruits pour les collations sont des gestes simples. L’enjeu n’est pas de rendre l’alimentation parfaite, mais de diminuer l’exposition quotidienne à des produits conçus pour être consommés vite et souvent.
Le supermarché devient un terrain de prévention
Le sujet est d’autant plus important que ces produits occupent une place massive dans l’offre alimentaire. En France, l’Assurance maladie estime que les aliments ultratransformés représentent environ 35% des apports caloriques et qu’environ 80% des produits disponibles en supermarché seraient ultratransformés.
Cette présence rend la prévention plus complexe. Les consommateurs ne choisissent pas uniquement en fonction de connaissances nutritionnelles. Ils arbitrent aussi selon le temps disponible, le budget, la facilité de préparation, la publicité, les habitudes familiales et l’accessibilité des produits.
C’est pourquoi les cardiologues insistent sur une approche pratique. Cuisiner davantage à la maison, privilégier les aliments riches en fibres, ralentir le rythme des repas et limiter les produits industriels les plus fréquents dans le quotidien sont des leviers plus réalistes qu’une interdiction générale. Le consensus européen encourage notamment les patients à cuisiner plus souvent chez eux et à préférer des aliments peu transformés, riches en fibres, consommés plus lentement afin d’améliorer la satiété.
Pour le cœur, la prévention se joue donc aussi dans les choix ordinaires : ce que l’on achète, ce que l’on garde dans les placards, ce que l’on mange par facilité et ce que l’on remplace progressivement.


