Début août 2025, l’Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés (AGS) a publié une étude exclusive, réalisée par Ipsos-BVA, sur la perception des salariés face aux défaillances d’entreprises. Dans un contexte de ralentissement économique et de risque de récession, près de 67 000 défaillances sont anticipées d’ici la fin de l’année 2025. Mais l’étude révèle surtout une méconnaissance inquiétante : 64 % des salariés ne savent pas précisément ce qu’est une défaillance d’entreprise.
Défaillance d’entreprise : un sujet encore flou pour une majorité de salariés
Un chiffre ressort immédiatement : 1 salarié sur 4 a déjà vécu une défaillance d’entreprise au cours de sa carrière. Pourtant, la compréhension du phénomène reste faible. Selon l’étude, 64 % des salariés avouent ne pas savoir exactement ce qu’implique une défaillance, un pourcentage qui grimpe à 70 % dans les TPE-PME, alors même que ce sont les structures les plus vulnérables.
Autre point sensible : 53 % des salariés ne sauraient pas du tout vers qui se tourner pour obtenir de l’aide ou des informations en cas de difficultés financières de leur entreprise. Et lorsqu’ils sont interrogés sur les dispositifs existants, seuls 15 % déclarent en connaître « précisément » l’existence. Cette proportion tombe à 11 % dans les entreprises de moins de dix salariés.
Pour Antonin Blanckaert, Directeur général de l’AGS, « ces données inédites révèlent un décalage entre la réalité économique et la perception qu’en ont les salariés, encore mal préparés dans un contexte de forte accélération des défaillances ».
L’étude met aussi en lumière une contradiction : les salariés français font massivement confiance à leur entreprise. 90 %estiment que leur employeur assurera le versement du salaire chaque mois, et 82 % se disent confiants dans l’avenir de leur entreprise. Mais seuls 13 % placent la santé financière de l’entreprise parmi les critères essentiels de leur travail. Dans les TPE, ce chiffre tombe à 7 %.
Ce décalage s’explique par une hiérarchie différente des priorités : pour 54 % des salariés, ce qui compte en premier lieu reste la rémunération et les avantages sociaux. En comparaison, la viabilité économique de l’entreprise reste secondaire, alors même qu’elle conditionne l’emploi.
Chez ceux qui ont déjà connu une défaillance, le constat est nuancé. 57 % estiment avoir été bien informés par leur employeur pendant cette période, mais ce chiffre tombe à 45 % dans les structures de moins de dix salariés.
Vers qui se tourner en cas de difficultés ?
Quand on demande aux salariés quels acteurs identifient-ils le mieux en cas de défaillance, trois profils ressortent :
- les avocats spécialisés en droit du travail (70 %),
- les associations d’aide aux salariés en difficulté (64 %),
- les représentants du personnel (63 %).
Mais globalement, la méconnaissance des dispositifs d’alerte et d’accompagnement est profonde. Plus de 52 % des salariés disent n’en avoir aucune connaissance. Et parmi ceux n’ayant jamais vécu de défaillance, seulement 10 % savent précisément à qui s’adresser en cas de problème.
Pour Christian Nibourel, président de l’AGS, le défi est immense : « Les chiffres témoignent d’un déficit d’information important et nous permettent de mesurer le travail que nous allons devoir mener avec l’ensemble de nos partenaires pour faire connaître les dispositifs existants, et ainsi favoriser le rebond des entreprises, préserver l’emploi lorsque cela est possible et accompagner au mieux les salariés. C’est un enjeu de transparence, mais aussi de responsabilité collective. »
Interrogés sur les solutions qu’ils jugeraient les plus pertinentes en cas de défaillance d’entreprise, les salariés mettent en avant trois priorités :
- la protection de la rémunération (46 %),
- l’aide à la recherche d’un emploi (34 %),
- l’information sur leurs droits (33 %).
Ces attentes confirment le rôle central de l’AGS, qui agit comme un amortisseur social unique. Créé en 1974, le régime de garantie des salaires protège les travailleurs lors de procédures collectives, quelle que soit la taille de l’entreprise. En 2024, près de 250 000 salariés ont bénéficié de ce dispositif, pour un montant avancé de plus de 2,1 milliards d’euros.


