Le cadeau n’est apparu sur aucun programme officiel. Pourtant, au terme du sommet de l’Otan tenu à Ankara les 8 et 9 juillet, chaque chef d’État ou de gouvernement présent a quitté la Turquie avec, dans ses bagages ou dans les mains de ses gardes du corps, un revolver de type Magnum 357 gravé à son nom, accompagné de six balles réelles.
Le tout présenté dans une boîte rouge tapissée de noir, avec une note du président turc Recep Tayyip Erdogan dispensant l’arme des contrôles à l’exportation.
La surprise a été quasi générale. Plusieurs dirigeants ont déclaré avoir découvert tardivement le contenu du paquet, ou ne pas l’avoir vu avant qu’il soit saisi par leurs services de sécurité. Des scènes jugées « lunaires » ont eu lieu au sein de plusieurs délégations, avec une question qui revenait : pourquoi un revolver ?
Ce que chacun en a fait
Le premier à évoquer publiquement l’affaire a été Keir Starmer. Le Premier ministre britannique en a parlé à des journalistes à bord de son avion de retour, le mercredi 8 juillet, décrivant comment le président turc « avait offert à chaque dirigeant un pistolet gravé à son nom, accompagné d’une boîte de munitions ». Starmer a dû laisser l’arme en Turquie : la faire entrer au Royaume-Uni aurait été illégal.
En Belgique, la situation a pris une tournure particulière. Bart De Wever n’a appris la nature exacte du cadeau qu’à son arrivée à l’aéroport. D’après son entourage, dans une déclaration à l’AFP, « le Premier ministre a été surpris et l’a immédiatement remis à la police aéroportuaire, afin qu’il soit placé dans un coffre sécurisé et que la suite soit gérée dans le respect des procédures applicables ».
Ses équipes de sécurité se sont également vu remettre les revolvers d’Ursula von der Leyen et d’António Costa, dont les institutions sont basées à Bruxelles. Deux responsables du Conseil européen ont précisé à Politico que l’arme de Costa serait rapatriée selon les procédures belges, puis stockée « conformément aux exigences de sécurité imposées par le Secrétariat général du Conseil ».
Von der Leyen, de son côté, compte faire don du revolver à un musée militaire une fois qu’il aura été neutralisé.
Le Canada a suivi une logique similaire. Les autorités ont indiqué que l’arme offerte à Mark Carney serait rendue inapte à tirer, et qu’un endroit adapté était recherché pour la stocker, vraisemblablement un musée. Depuis l’Arabie saoudite, où il se trouvait le jeudi 10 juillet, Carney a ironisé sur l’écart avec son propre cadeau : « Mon cadeau du type sirop d’érable était un peu en décalage. »
Au Luxembourg, Luc Frieden conservera le revolver au ministère d’État comme tous les cadeaux diplomatiques, après l’avoir fait neutraliser et rendu, selon ses équipes, « irréversiblement inutilisable ». En Pologne, le revolver est arrivé à la présidence avec les précautions d’usage.
Un collaborateur de la présidence a déclaré à une radio locale : « Il est certain que personne ne va tirer avec. »
La Suède, elle, cherche encore comment acheminer l’arme d’Ulf Kristersson : son équipe a précisé à l’AFP qu’elle « devra être acheminée en Suède dans les règles de l’art ». Les armes offertes à d’autres dirigeants présents sont, pour l’heure, restées en Turquie.
Un sommet consacré à l’Ukraine et aux relations avec Washington
L’anecdote du revolver n’a pas éclipsé les travaux du sommet, qui portaient sur l’Ukraine, l’Iran et les relations entre les alliés et Donald Trump. Dans leur déclaration finale, tous les membres de l’Alliance ont réaffirmé leur engagement « indéfectible » envers l’article 5 du Traité de l’Atlantique nord, ainsi que leur « soutien indéfectible » à l’Ukraine en guerre contre la Russie.
Starmer a jugé le sommet « fructueux » dans un entretien à Sky News, estimant que l’Alliance avait atteint son objectif : « l’unité ».
Le président américain a, de son côté, une nouvelle fois critiqué ses alliés européens, les accusant de ne pas avoir soutenu les États-Unis lors du conflit avec l’Iran. Il a également ciblé Starmer, dont c’était le dernier grand sommet de l’Otan en tant que Premier ministre : le chef du gouvernement britannique a annoncé sa démission le 22 juin et reste en poste jusqu’à la désignation d’un successeur au sein du Parti travailliste, poste pour lequel l’ancien maire de Manchester Andy Burnham est le candidat pressenti.






