La droite républicaine vit un moment de vérité. Entre la tentation du calcul politique et la fidélité à ses principes, elle se trouve piégée dans une équation impossible : soutenir un gouvernement qui contredit ses valeurs, ou provoquer une dissolution dont elle sortirait affaiblie. Une situation d’équilibriste qui menace une fois de plus sa crédibilité.
1. La peur du vide
Depuis la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, la droite parlementaire avance à pas comptés. Les Républicains savent que leur position est déterminante : s’ils votent la censure, le gouvernement tombe. S’ils s’abstiennent, il se maintient. Ce pouvoir de bascule, rare dans la Ve République, devrait leur donner une force politique considérable. Mais il les paralyse. La première raison est simple : la peur du vide. En cas de dissolution, la plupart des députés LR risquent de perdre leur siège. Leurs bastions sont fragiles, leurs électeurs divisés, et la dynamique politique actuelle favorise le Rassemblement national. Beaucoup le savent : un retour aux urnes pourrait être un suicide collectif. Dès lors, le réflexe de conservation l’emporte sur l’audace. Cette prudence électorale s’ajoute à une proximité de fait avec le pouvoir. Plusieurs personnalités issues de la droite – proches de Lecornu ou d’anciens macronistes – occupent des postes ministériels ou des fonctions d’influence. La frontière entre les deux familles politiques s’estompe, nourrissant la méfiance d’une base électorale qui ne comprend plus très bien ce que signifie “être de droite”.
2. Le piège du macronisme social
Le deuxième dilemme est idéologique. Le gouvernement Lecornu, sous couvert de stabilité, mène une politique nettement orientée à gauche. Il dépend de la bienveillance d’un Parti socialiste réduit à 2 % des voix, mais surreprésenté dans les rapports de force. Ses exigences, notamment sur la fiscalité et les politiques sociales, pèsent lourdement sur l’orientation du gouvernement. Pour les électeurs de droite, ce virage est incompréhensible. Ceux-ci restent attachés à des principes clairs : respect de la propriété privée, maîtrise de la dépense publique, baisse de la fiscalité et valorisation du travail. Or, la ligne Lecornu envoie un signal inverse : multiplication des taxes, retour des logiques redistributives, et un discours d’inspiration sociale-démocrate qui renoue avec la vieille idée de “l’État bienveillant” tout-puissant. En soutenant tacitement ce gouvernement, la droite trahit la seule part du macronisme qui lui était acceptable : la promesse libérale, réformatrice, tournée vers la compétitivité et la responsabilité. Le macronisme “de droite”, celui de 2017, s’efface au profit d’un macronisme de gauche populiste avec notamment le renoncement à la réforme des retraites et la taxe sur les holdings, où la priorité n’est plus la réforme, mais la survie politique.
3. Une droite sans boussole
Cette contradiction place la droite dans une position intenable. En théorie, elle détient la clé du rapport de force. En pratique, elle apparaît impuissante. Au lieu de s’affirmer comme un contre-pouvoir, elle donne l’impression d’accompagner le pouvoir dans son renoncement. Le paradoxe est total : les Républicains disposent d’un levier institutionnel fort, le vote de censure, mais ne l’utilisent pas. Ils se contentent de protestations morales ou de critiques symboliques, sans acte politique. Ce refus d’assumer une ligne claire nourrit le soupçon d’une droite qui garde ses sièges plus qu’elle ne défend ses idées. Dans ce contexte, Laurent Wauquiez incarne la difficulté d’un parti déchiré. Il tente de maintenir l’équilibre entre l’aile institutionnelle, soucieuse de stabilité et de garder ses postes, et la base militante, tentée par un discours plus ferme. Mais ce calcul prudent, trop visible, donne le sentiment d’une droite hésitante, désorientée, prisonnière de ses ambiguïtés. Il est probable que Laurent Wauquiez incarne à jamais une droite prête à tous les reniements pour se maintenir. En face Bruno Retailleau apparaît comme ayant de vraies convictions. Cependant va t-il voter la censure ? Il est probable que non car il a participer au gouvernement Lecornu 1.
Les électeurs, eux, ne s’y trompent pas. Ils voient dans le soutien implicite au gouvernement Lecornu une nouvelle trahison — non pas seulement politique, mais morale. La droite, censée défendre la responsabilité et la liberté, cautionne désormais un exécutif porté par la dépense et la fiscalité.
Le dilemme de la droite est donc clair : choisir entre la peur et la fidélité. En refusant de trancher, elle risque de perdre sur tous les fronts : ses électeurs, sa cohérence, et son identité. Le macronisme social-démocrate a réussi ce que la gauche n’avait plus les moyens d’accomplir : neutraliser la droite républicaine en l’enfermant dans le confort du calcul. Mais cette stratégie du “ni rupture, ni courage” pourrait lui être fatale. Car une droite qui préfère ses sièges à ses convictions ne gouvernera plus jamais : elle sera seulement tolérée, comme une relique d’un ordre politique disparu.



