L'Italie a annoncé la suspension temporaire de l'accord de libre circulation Schengen avec l'Espagne, par voie aérienne et maritime, après l'entrée de quelque 60 000 migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc, confirme Euronews. La mesure a été confirmée par la première ministre italienne Giorgia Meloni et par le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani.
L'Italie n'ayant pas de frontière terrestre avec l'Espagne, aucun contrôle routier n'est concerné : la suspension touche uniquement les personnes voyageant en avion ou en bateau entre les deux pays. Le ministère italien de l'Intérieur précise qu'il s'agira de contrôles ciblés et sélectifs sur les ressortissants de pays tiers arrivant d'Espagne, pour vérifier leurs documents de voyage au sein de l'UE.
Les citoyens de l'Union ne sont pas concernés. Rome a par ailleurs annoncé un accord avec Paris pour renforcer les contrôles sur la frontière franco-italienne.
Une décision actée en deux temps
L'annonce est venue jeudi soir, le 30 juillet 2026, de Giorgia Meloni, Antonio Tajani et du vice-premier ministre Matteo Salvini. Elle a été formellement approuvée le lendemain matin lors d'une réunion au ministère de l'Intérieur présidée par le ministre Matteo Piantedosi, sur la base des évaluations du Comité pour l'analyse des migrations et la sécurité des frontières.
Giorgia Meloni a qualifié la mesure d'extraordinaire, adoptée pour sauvegarder la sécurité nationale et prévenir de possibles répercussions pour le pays, précisant qu'elle ne serait maintenue que pour le temps nécessaire, avec une attention particulière portée au tourisme estival. Tajani a défendu de son côté un choix nécessaire pour préserver la sécurité des citoyens et défendre les frontières européennes, une mesure selon lui prévue par les traités et devenue inévitable.
Il Governo ha deciso di sospendere temporaneamente il regime di libera circolazione previsto da Schengen nei collegamenti marittimi e aerei con la Spagna, reintroducendo i controlli di frontiera.
Si tratta di una misura straordinaria, adottata per tutelare la sicurezza nazionale… pic.twitter.com/bpszoG8soX
— Giorgia Meloni (@GiorgiaMeloni) July 31, 2026
Un afflux sans précédent à Ceuta
Les autorités locales de Ceuta évoquent environ 60 000 entrées depuis le Maroc en 24 heures ; le gouvernement central espagnol avance plutôt le chiffre de 50 000. Ceuta compte 85 000 habitants ordinaires. L'afflux représente près des deux tiers de sa population habituelle.
Le bilan humain a été revu plusieurs fois à la hausse au fil de la journée, de 34 à 57 morts confirmés selon El País et RTVE Noticias, parmi les personnes ayant tenté la traversée. Les retours volontaires vers le Maroc ont eux progressé heure après heure : le gouvernement espagnol avançait en dernière estimation le chiffre de 48 300 personnes, qualifiées de vaste majorité des arrivants.
Emmanuel Macron a salué la coopération en cours avec le Maroc, qui a déjà permis plus de 40 000 retours de Ceuta vers le Maroc, rappelant que Ceuta ne bénéficie pas de la liberté de circulation vers le reste de l'espace Schengen.
Madrid convoque l'ambassadeur d'Italie
Pedro Sánchez a répliqué sur X en citant des chiffres de Frontex selon lesquels l'Italie a enregistré davantage d'entrées irrégulières que l'Espagne entre 2021 et 2026. Le premier ministre espagnol a écrit que la solidarité et l'empathie sont facultatives, mais que le respect des traités européens et des faits ne l'est pas.
Son ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares a condamné l'appel de Tajani à suspendre l'accord Schengen et a convoqué l'ambassadeur d'Italie à Madrid pour obtenir des explications. Le ministère espagnol des Affaires étrangères a souligné, selon l'agence de presse italienne ANSA, que la crise à Ceuta « n'a rien à voir avec la régularisation des migrants approuvée par le gouvernement espagnol », l'attribuant plutôt à une interprétation d'un récent arrêt de la Cour suprême concernant les migrants entrés en nageant, une interprétation « exploitée par des mafias et des organisations criminelles ».
Sánchez a qualifié les franchissements de violation de l'intégrité territoriale espagnole, attribuée à des réseaux de trafiquants d'êtres humains. Il a annoncé la création d'un centre d'accueil temporaire pour l'enregistrement et l'expulsion accélérée des personnes sans droit de séjour, l'installation d'une ligne de bouées pour matérialiser la frontière et une coopération renforcée avec le Maroc.
Une Europe divisée
D'ici le 31 juillet 2026, plusieurs pays de l'Union se rapprochent de la position italienne. La Finlande, le Danemark et la République tchèque rejoignent l'appel à une suspension de l'Espagne de l'espace Schengen, la Pologne réclamant de son côté un renforcement des contrôles espagnols et la Suède formulant un avertissement conditionnel.
Les Pays-Bas se montrent également proches de cette ligne. La ministre finlandaise de l'Intérieur Mari Rantanen a estimé, dans un message publié sur X, que l'Espagne a totalement échoué à protéger la frontière extérieure de l'espace Schengen contre les incursions.
Le premier ministre slovaque Robert Fico a au contraire refusé l'exclusion de l'Espagne de Schengen, proposant l'envoi de policiers et d'équipements techniques.
Le président du Conseil européen António Costa a exprimé sa solidarité avec l'Espagne dans la situation actuelle d'immigration illégale à Ceuta, saluant les retours accélérés menés par Madrid. Le commissaire européen aux Affaires intérieures Magnus Brunner a précisé, toujours sur X, que le Code frontières Schengen contient des dispositions spéciales pour Ceuta et Melilla, où les contrôles restent en vigueur, excluant selon lui tout mouvement vers le continent européen.
La France a renforcé ses propres contrôles à sa frontière terrestre avec l'Espagne, avec quatre unités mobiles et des drones selon Macron, tout en proposant son soutien à Madrid.



