Le 24 avril 2025, Donald Trump a signé un décret présidentiel relançant une dynamique de prospection minière sous-marine à grande échelle. Sous couvert de sécurité économique et de souveraineté énergétique, la Maison Blanche mise sur l’extraction des matières premières des fonds océaniques pour générer des investissements massifs.
Extraction et croissance : un pari risqué pour relancer l’économie
D’après les projections officielles, cette nouvelle politique pourrait injecter 300 milliards de dollars (environ 280 milliards d’euros) dans l’économie américaine sur dix ans et créer plus de 100 000 emplois directs dans les secteurs de la géologie, de la logistique maritime, de l’ingénierie et du raffinage, relaye 20 Minutes.
Le décret précise que « la Nation doit accélérer le développement responsable des ressources minérales des fonds marins […] et garantir des chaînes d’approvisionnement sûres pour les secteurs de la défense, de l’énergie et des infrastructures ». Ces ambitions reposent sur l’exploitation de gisements riches en cobalt, nickel, cuivre, terres rares et titane – autant de composants essentiels à la transition énergétique mondiale et à l’industrie technologique.
Le document mentionne également la nécessité de relocaliser les capacités de traitement et de raffinage, aujourd’hui majoritairement concentrées en Chine. Cette relocalisation serait soutenue par des mécanismes de financement public, notamment via le Defense Production Act.
Le fond des mers comme levier de souveraineté industrielle
Cette offensive s’inscrit dans un projet plus large de réindustrialisation. Les États-Unis espèrent ainsi combler une partie de leur dépendance aux importations de matières premières critiques, en particulier celles utilisées dans les batteries électriques, les smartphones et les systèmes militaires.
Howard Lutnick, secrétaire au Commerce nommé par Trump, coordonne l’accélération des permis de prospection en vertu du Deep Seabed Hard Mineral Resources Act. L’objectif est double : faciliter les investissements privés et donner un avantage stratégique aux entreprises américaines dans la compétition mondiale pour l’accès aux minerais océaniques.
Parmi les zones ciblées : les nodules polymétalliques du Pacifique, les sulfures hydrothermaux de l’Atlantique et les croûtes cobaltifères des dorsales médio-océaniques. Certaines estimations évoquent un potentiel de plusieurs milliards de tonnes de matériaux exploitables.
Spéculation industrielle et capital-risque des abysses
Le marché de l’extraction minière en haute mer attire déjà des investisseurs de poids. L’entreprise canadienne The Metals Company (TMC), cotée au Nasdaq, a vu ses actions grimper de 40 % à l’annonce du décret. Elle prévoit d’installer des unités de traitement sur des navires battant pavillon américain, contournant ainsi l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM).
Des consortiums composés de fonds de capital-investissement, de constructeurs navals et de géants technologiques se forment pour capter cette future manne. Un haut responsable de l’administration Trump, relayé par The Hill, affirme : « Les États-Unis doivent être les premiers sur ce marché, sinon d’autres le feront à leur place. »
Les critiques ignorées du monde scientifique et financier
Les analystes économiques soulignent que l’évaluation des coûts environnementaux n’est pas intégrée dans les modèles économiques avancés par l’administration. Pourtant, la destruction d’habitats uniques, la dispersion de sédiments toxiques et la perte potentielle de ressources génétiques marines pourraient entraîner des dommages irrémédiables.
Jeff Watters, vice-président de l’ONG Ocean Conservancy, résume : « Le gouvernement ouvre la voie à d’autres pays pour faire de même, sans cadre commun, avec des conséquences négatives pour les océans dont nous dépendons. » En outre, les marchés financiers traditionnels restent prudents : les grandes banques d’investissement, comme Goldman Sachs ou JPMorgan, n’ont pas encore inclus l’extraction minière sous-marine dans leurs portefeuilles d’actifs verts, faute de normes ESG claires et de cadres de reporting.
Océans, métaux et mondialisation : une nouvelle géopolitique des matières premières
Le décret prévoit la création d’un mécanisme international de partage des bénéfices, destiné à séduire certains pays du Sud global et à concurrencer le modèle onusien de gouvernance des fonds marins. Ce positionnement frontal face à l’AIFM vise à établir une diplomatie des abysses, dans laquelle les partenariats bilatéraux remplaceraient les institutions multilatérales.
La Maison Blanche déclare vouloir « renforcer les partenariats avec les alliés pour contrer l’influence croissante de la Chine sur les ressources minérales sous-marines ». Une affirmation qui confirme que les grands fonds sont désormais au cœur des rivalités économiques mondiales.
Au-delà du coup d’éclat géopolitique, cette initiative redéfinit en profondeur l’économie bleue, en la faisant basculer dans un modèle extractiviste de haute intensité, aux antipodes des discours sur la durabilité. Les grands fonds, longtemps ignorés des modèles économiques, deviennent soudainement une frontière spéculative, comparable au pétrole de schiste dans les années 2010.


