Viande : le gouvernement appelle à en limiter la consommation

La viande est explicitement visée par la nouvelle Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC). Le gouvernement appelle à en limiter la consommation, ainsi que celle de la charcuterie, au nom de la santé publique, du climat et de la souveraineté alimentaire. Un signal politique clair, même sans mesure coercitive à ce stade.

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La consommation de viande est au cœur de la nouvelle stratégie alimentaire du gouvernement. © Pixabay

La publication officielle de la SNANC en février 2026 marque une nouvelle étape dans l’évolution des politiques publiques alimentaires. Inscrite dans le prolongement du Programme national nutrition santé (PNNS) et du Programme national pour l’alimentation (PNA), cette stratégie intègre explicitement l’objectif d’une évolution des régimes alimentaires des Français. Au cœur du document : une orientation claire vers la réduction de la consommation de viande, hors volaille, et de charcuterie, au profit des protéines végétales.

Viande : une consommation jugée excessive au regard des enjeux sanitaires et climatiques

La SNANC rappelle que les recommandations nutritionnelles publiées en 2019 « encouragent notamment (…) une consommation limitée de viande hors volaille et de charcuterie ». Ce rappel s’inscrit dans un contexte sanitaire lourd. En France, 3,4 millions de personnes sont prises en charge pour un cancer, 5,3 millions pour des maladies cardiovasculaires et 4,1 millions pour le diabète. L’obésité touche 17% des adultes et un tiers sont en surpoids. Les maladies chroniques liées à l’alimentation seraient responsables de 80% des décès prématurés par maladies non transmissibles.

Le gouvernement établit un lien direct entre ces données et l’évolution des régimes alimentaires au cours du XXe siècle, marquée par une augmentation des produits d’origine animale et des aliments transformés. L’objectif affiché n’est pas seulement de réduire certains excès, mais de transformer durablement les habitudes alimentaires.

L’argument environnemental est tout aussi central. Le document souligne que les émissions de gaz à effet de serre du système alimentaire représentent 37% des émissions mondiales d’origine humaine. En France, la production agricole génère 20% des émissions nationales, dont 55,6% sous forme de méthane, principalement issu de l’élevage. Surtout, « les produits d’origine animale (…) sont responsables de la majorité de l’empreinte carbone alimentaire (61%) ».

La SNANC précise par ailleurs que « la limitation de la consommation de viandes et de charcuterie (…) doit se faire en faveur de celle de protéines végétales dans une logique de rééquilibrage des sources de protéines dans les régimes alimentaires ». L’argument d’efficience est avancé : selon la FAO, citée dans le document, il faut en moyenne 7 kilocalories végétales pour produire 1 kilocalorie animale. La réduction de la viande est ainsi présentée comme un levier structurant de la trajectoire climatique française.

Un rééquilibrage vers les protéines végétales

Le terme utilisé par la SNANC est celui de « rééquilibrage ». Il ne s’agit pas d’une suppression, mais d’une évolution des apports protéiques. Cette inflexion est cohérente avec la Stratégie nationale bas carbone, qui identifie l’évolution des régimes alimentaires comme l’un des principaux leviers de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Elle est également présentée comme un enjeu de souveraineté. La France importe 63% de ses tourteaux protéiques, ces résidus riches en protéines — principalement du soja — utilisés pour nourrir les animaux d’élevage. Concrètement, près des deux tiers des protéines destinées à l’alimentation animale proviennent de l’étranger. Cette dépendance structurelle expose les filières aux fluctuations des marchés mondiaux, aux tensions commerciales et aux crises géopolitiques.

Dans cette perspective, agir sur la demande intérieure est considéré comme un levier : si la consommation de viande diminue, les besoins en alimentation animale diminuent également, ce qui réduit mécaniquement le recours aux importations. Le document souligne d’ailleurs que l’évolution des habitudes alimentaires « joue un rôle dans l’évolution de la souveraineté alimentaire de la France ». La stratégie précise toutefois que le maintien d’un élevage extensif reste compatible avec ces objectifs, notamment pour les services écosystémiques qu’il peut rendre en matière de biodiversité et de stockage du carbone.

Inégalités sociales et précarité alimentaire : un contexte sensible

L’appel à limiter la viande intervient dans un contexte économique tendu. La précarité alimentaire est passée de 12% à 16% des Français entre juillet et novembre 2022. Seuls 39% des plus de 15 ans déclarent manger tous les aliments qu’ils souhaitent, contre 50% en 2016. L’inflation alimentaire a atteint +12,1% en décembre 2022 et +7,2% en décembre 2023.

Le document insiste sur la nécessité de réduire les inégalités d’accès à une alimentation saine et durable. Les quartiers défavorisés concentrent davantage d’offres de restauration rapide et moins d’infrastructures favorisant l’activité physique. Dans les territoires ultramarins, les taux d’obésité et de diabète sont plus élevés qu’en Hexagone.

Les coûts économiques du système alimentaire sont également mis en avant. La FAO estime les « coûts cachés » du système alimentaire français à 177,5 milliards d’euros, dont 134,3 milliards liés aux maladies chroniques. Ces montants sont mobilisés pour justifier une transformation des comportements et des environnements alimentaires.

Un signal politique plus qu’une interdiction

La SNANC ne prévoit ni taxation spécifique ni interdiction. L’approche repose sur l’information, l’étiquetage, la restauration collective, l’éducation alimentaire et les projets alimentaires territoriaux (450 reconnus au 1er juillet 2025). Elle s’inscrit dans l’approche dite « One Health – une seule santé », visant à articuler santé humaine, animale et environnementale.

L’évolution des régimes alimentaires est qualifiée de « principal levier de réduction des émissions de GES ». Le cap est donc fixé, même si les modalités concrètes reposent essentiellement sur l’accompagnement et l’orientation des comportements plutôt que sur la contrainte réglementaire.

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