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Innovation : les catamarans à usage militaire





Le 16 Octobre 2013, par

Les navires de guerre multicoques sont une innovation récente. La formule présente pourtant bien des avantages en dépit d’une plus grande complexité de structure : meilleure stabilité à grande vitesse, tirant d’eau généralement plus faible, superficies des ponts plus importantes. Illustration en France dans le domaine amphibie.


L-Cat (crédit : CNIM)
L-Cat (crédit : CNIM)
Le catamaran est loin d’être une invention récente, même si les premières constructions occidentales de ce type de bâtiment ne remontent qu’à la fin du dix-neuvième siècle. Mais curieusement, les déclinaisons militaires de cette architecture sont plutôt rares. Hors quelques projets spéciaux des Etats-Unis comme le Sea Shadow, catamaran furtif de 50 mètres de long et de près de 600 tonnes, qui servit pendant les années 1980 à tester les technologies furtives sur l’eau, il n’y a que de très récentes constructions navales qui optent pour ce design particulier.

Quand la nécessité d’emport l’emporte sur la complexité

Le catamaran n’est pas un choix exempt de contraintes lourdes pour les fabricants. Les navires militaires en particulier ont des exigences spécifiques, notamment en termes de tenue à la mer par tous les temps : en situation de combat, les marines de guerre naviguent quelle que soit la météo. Or la présence de deux coques reliées par une partie centrale impose des contraintes mécaniques fortes pour les jonctions, qui doivent cumuler les qualités mécaniques et dynamiques. Elles doivent être souples pour absorber les chocs : par gros temps, les deux coques peuvent être dans une mer différente, générant des mouvements assez chaotiques. Elles doivent aussi être suffisamment rigides pour ne pas permettre de déformation du bâtiment. De ce fait, à tonnage égal, le prix d’achat d’un multicoques est généralement plus élevé que celui d’un monocoque, d’autant plus que certains équipements coûteux, comme les moteurs ou les pièces mécaniques de stabilisation et de direction, sont la plupart du temps doublés. Autres inconvénients du catamaran : étant très haut sur l’eau, il dispose d’une très forte prise au vent qui peut gêner les manœuvres portuaires, en plus de son encombrement supérieur à une coque de forme traditionnelle.

Naturellement, le catamaran dispose aussi de nombreux avantages techniques et pratiques. N’étant pas équipé d’un lest destiné à équilibrer une coque unique (il repose en équilibre sur ses deux coques), le catamaran dispose d’une structure plus légère et est virtuellement insubmersible, même si ce dernier point est discutable pour les catamarans à usages militaires. Du fait de ce poids réduit, les catamarans ont un tirant d’eau plus faible à tonnage équivalent, ce qui en fait des bâtiments de choix pour les opérations littorales ou amphibies.

Mais la raison principale du choix d’une coque de type catamaran est généralement la facilité d’aménagement de l’espace central. S’agissant d’un espace rectangulaire avec une forte empreinte de la surface au sol, il permet des conceptions plus équilibrées et plus stables que sur les monocoques, construits en hauteur à l’intérieur de la coque. Sur un navire militaire cela se traduit par une importante surface utile pouvant servir de plateforme d’appontage, comme sur les Littoral Combat Ship de l’US Navy de classe Independance (qui est même un trimaran), ou comme la classe Combattante de CMN (encore à l’état de projet). Elle peut également servir de plateforme de chargement, de manutention et de transport comme sur les chalands de débarquement de type L-CAT de la société CNIM (appelés EDA-R dans la Marine Nationale) : le vaste espace inter-coques sert de plateforme d’embarquement-débarquement, à partir des transports de chalands de débarquement (TCD de classe Foudre) ou des bâtiments de projection et de commandement (BPC de classe Mistral). Le choix de la configuration catamaran facilite de plus les manœuvres de chargement, en permettant de faire entrée et sortir les véhicules en marche avant, suivant le principe Roll-on/Roll-Off (Ro/Ro).

Les avantages en termes de vitesse et stabilité

Le L-CAT est surement le meilleur exemple de tout le parti qui peut être tiré de la structure d’un catamaran, car il dispose d’une caractéristique unique dans le monde des multicoques : la position de sa plateforme centrale est variable. En position de débarquement et d’embarquement, à terre ou à l’intérieur du radier submersible d’un TCD ou d’un BPC, la plateforme est en position basse. Cette configuration permet au L-CAT de se comporter comme un navire à fond plat, avec un tirant d’eau très faible. De la sorte, il peut évoluer et débarquer des matériels sur des plages avec très peu de fond et emporter une charge plus importante (jusqu’à 120 tonnes). Par contre, pendant les phases de transit entre le navire porteur et la côte, la plateforme est en position surélevée, ce qui permet au L-CAT d’atteindre une vitesse de pointe bien plus élevée : environ 20 nœuds à pleine charge, soit avec plus de 80 tonnes.

La configuration catamaran permet donc de tirer profit de l’autre caractéristique fondamentale des catamarans : la stabilité à grande vitesse. Cette stabilité permet d’éviter la mise en place de saisines sur les matériels embarqués (contrairement aux principes valables sur les hydroglisseurs), ce qui accélère encore le tempo opérationnel de la manœuvre amphibie. Cette rapidité de mise à terre est une donnée cruciale pour les militaires qui évaluent l’efficacité d’une manœuvre amphibie à la quantité d’hommes et de matériels délivrée en un point et en temps donnés. En utilisant de manière particulièrement innovante tous les avantages du catamaran, le L-CAT s’est avéré être, à travers plusieurs exercices interalliés, un instrument de premier plan sur le marché de l’amphibie. C’est pour cette raison qu’en dehors des hydroglisseurs, le catamaran est le seul concept aujourd’hui développé pour les matériels amphibies.

Classe Combattante (crédit : CMN)
Classe Combattante (crédit : CMN)


Grégoire Moreau
Journaliste et blogueur, je me suis fait avec le temps une spécialité des questions techniques et... En savoir plus sur cet auteur


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