Le 5 mai 2025, Ford Motor Company a retiré ses prévisions annuelles en invoquant l’instabilité commerciale provoquée par les nouveaux droits de douane annoncés par le président Donald Trump. L’annonce, survenue lors de la publication des résultats du premier trimestre 2025, traduit une réalité politique lourde de conséquences : les mesures protectionnistes de Washington plongent les industriels dans une incertitude stratégique totale. Ford en est aujourd’hui l’illustration la plus visible.
Trump réinstalle la barrière douanière, les entreprises s’ajustent à vue
Depuis janvier 2025, Donald Trump a réintroduit une série de droits de douane de 25 % sur les véhicules importés ainsi que sur la majorité des pièces détachées automobiles. Ces taxes visent à « protéger l’emploi américain », selon la rhétorique officielle, mais leur effet immédiat est un renchérissement massif des chaînes d’approvisionnement.
Ford, dont plus de 80 % des véhicules vendus aux États-Unis sont assemblés localement, n’échappe pas à la logique des marchés mondialisés. Ses composants, eux, franchissent souvent plusieurs frontières avant d’être intégrés. Le coût de cette politique ? 1,5 milliard de dollars de manque à gagner opérationnel en 2025, selon les déclarations de la directrice financière Sherry House le 5 mai, lors de la conférence investisseurs.
Une entreprise sonne l’alarme… et les autres ?
Ford n’est pas seul à souffrir, mais c’est le premier à retirer officiellement ses prévisions. La décision est forte : elle signale que la visibilité économique est désormais compromise par la géopolitique. « Nous ne sommes plus en mesure de proposer une guidance annuelle fiable », a expliqué Sherry House dans un communiqué repris par CNN Business.
Dans la même veine, General Motors a déjà prévenu ses actionnaires d’un risque de perte comprise entre 4 et 5 milliards de dollars, selon les estimations internes relayées par les analystes de CNN. L’effet domino pourrait toucher l’ensemble du secteur, dont les marges sont déjà comprimées par les investissements dans la transition électrique et la modernisation industrielle.
Ford perd de l’argent à cause de Trump
Ces mesures tarifaires doivent-elles être analysées comme un choix stratégique industriel ou comme un levier électoraliste ? Pour Ford, la réponse n’a guère d’importance : le coût est immédiat, réel, et mesurable. La perte nette au T1 est de 471 millions de dollars, soit une chute de 65 % par rapport à 2024, malgré un chiffre d’affaires qui reste élevé (40,7 milliards de dollars), comme l’indiquent les chiffres transmis par Ford.
Mais au-delà des comptes, c’est l’effet d’ambiance qui frappe. L’annonce de Trump a provoqué une accélération des ventes automobiles en avril 2025, les consommateurs américains anticipant une hausse des prix, selon Sherry House. Cette ruée révèle une peur de l’inflation, mais aussi une méfiance accrue vis-à-vis de la stabilité économique nationale.
Ford a tenté de contenir la pression en adaptant sa logistique, en réaffectant certains flux vers le Canada, et en lançant une campagne de remises baptisée « employee pricing ». Mais ces ajustements restent défensifs. Le PDG Jim Farley a déclaré sur CNN : « Nous ne pouvons garantir que cette offre se prolongera après le 4 juillet ».


