Le bras de fer entre la République tchèque et l’Union européenne s’intensifie autour du contrat nucléaire confié à l’entreprise sud-coréenne KHNP. Alors que la signature était prévue pour début mai, la Commission européenne a exigé sa suspension, invoquant un possible déséquilibre concurrentiel, rapporte Euractiv.
Bruxelles actionne le levier réglementaire contre l’accord nucléaire entre Prague et KHNP
Selon les informations d’Euractiv, Stéphane Séjourné, commissaire européen à la Stratégie industrielle et à la Prospérité, a adressé le 2 mai 2025 une lettre officielle au ministre tchèque de l’Industrie Lukáš Vlček. Il y « invite explicitement le ministre à ne pas signer l’accord » nucléaire avec Korea Hydro & Nuclear Power (KHNP), dans l’attente d’une décision de la Commission européenne sur la conformité de ce contrat avec le règlement sur les subventions étrangères. Cette lettre a été envoyée quatre jours avant qu’un tribunal régional de Brno ne prononce une suspension temporaire du contrat, à la suite d’un recours déposé par EDF, évincé de l’appel d’offres.
Le projet concerne deux réacteurs nucléaires à construire sur le site de la centrale de Dukovany, pour un montant d’environ 18,6 milliards de dollars. Euractiv indique que la Commission européenne a demandé des précisions à KHNP et à l’énergéticien public tchèque ČEZ, soupçonnant des « aides d’État étrangères » susceptibles d’avoir faussé la procédure. Cette intervention s’inscrit dans l’application du règlement FSR (Foreign Subsidies Regulation), entré en vigueur en 2023.
Prague contre-attaque et dénonce une interférence politique
Toujours selon Euractiv, le ministre Lukáš Vlček a confirmé avoir bien reçu la lettre du commissaire européen. Il a indiqué son intention d’y répondre sans pour autant remettre en cause l’équilibre du processus. Côté de ČEZ qui est en charge dudit projet, la réaction a été plus virulente. Daniel Beneš, président de l’entreprise, cité par l’agence Yonhap News le 13 mai 2025, a accusé les autorités françaises de chercher à bloquer toute réalisation du projet. Il affirme : « Les Français feront tout pour empêcher la construction d’une telle centrale. Ce qui les intéresse, ce n’est pas de gagner, c’est de ne pas construire une centrale ici, et c’est une nouvelle dramatique pour la République tchèque ».
La filiale EDU II, en charge du projet, a dénoncé dans une déclaration publique reprise par Euractiv les accusations de subventions illicites comme des « spéculations du soumissionnaire non retenu », visant directement EDF. Elle affirme que l’offre de KHNP était la plus solide sur le plan technique comme économique, et indique être prête à engager des actions en justice pour obtenir réparation si la signature du contrat devait être bloquée indûment par Bruxelles.


