Lagardère : Arnault sort, Bolloré se renforce dans l’édition

Un empire financier se redessine. Une sortie discrète de la famille Arnault, un transfert colossal. Ce retrait éclaire des rapports de force longtemps restés feutrés.

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Arnault
Crédit photo JDE | journaldeleconomie.fr

Le 12 juin 2025, Bernard Arnault, via sa holding Financière Agache, a cédé l’intégralité de sa participation dans le groupe Lagardère. Ce désengagement marque la fin d’un épisode stratégique entamé en 2020 et s’inscrit dans le cadre de l’offre publique d’achat (OPA) subsidiaire de Vivendi. Une transaction qui redéfinit les équilibres de pouvoir au sein du paysage médiatique français.

Arnault, un soutien de circonstance devenu spectateur du jeu Bolloré

En 2020, Bernard Arnault entre au capital de Lagardère pour soutenir Arnaud Lagardère, mis sous pression par le fonds activiste Amber Capital. À travers sa structure Financière Agache, le patron de LVMH acquiert 25 % de la holding Lagardère Capital & Management. Il s’agit alors d’une alliance de fidélité, motivée par la mémoire de Jean-Luc Lagardère.

Mais cinq ans plus tard, l’environnement a changé. Vivendi, bras financier de Vincent Bolloré, a initié en 2022 une OPA sur Lagardère SA. Le 12 juin 2025, la famille Arnault a vendu ses 7,97 % pour 271 millions d’euros, selon un avis de l’Autorité des marchés financiers consulté par Le Monde.

Bolloré consolide son emprise sur Lagardère

Avec cette acquisition, Vincent Bolloré contrôle désormais plus de 75 % du capital du groupe Lagardère, propriétaire de Hachette, Europe 1, Le Journal du dimanche et Le JDNews. Ce seuil confère à l’homme d’affaires breton la mainmise sur l’ensemble de l’architecture décisionnelle de l’entreprise.

Comme le précise L’Humanité le 12 juin 2025 : « Cette opération, d’un montant de 271 millions d’euros, laisse le milliardaire breton Vincent Bolloré seul maître à bord chez Lagardère ». Arnaud Lagardère, lui, a quitté le navire en 2024, cédant ses parts pour apaiser une dette jugée « colossale ». La Qatar Holding reste actionnaire à hauteur de 11,5 %, mais agit en investisseur passif.

Pourquoi Arnault se retire : arbitrage ou stratégie masquée ?

Derrière ce retrait se profilent plusieurs logiques économiques. D’une part, le contexte de l’OPA de Vivendi incitait les minoritaires à vendre. D’autre part, l’objectif initial d’Arnault — défendre Arnaud Lagardère contre une menace capitalistique — n’est plus d’actualité.

Ce désengagement lui permet aussi d’acter un repositionnement stratégique. Loin d’abandonner toute ambition médiatique, le patron de LVMH a en effet acquis fin 2024 le titre Paris Match pour 120 millions d’euros. Cette manœuvre témoigne d’un arbitrage ciblé en faveur de marques fortes plutôt qu’un investissement global dans un conglomérat.

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